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Une comète dans l’été indien

Après l’aventure Young Gods, Al Comet, devenu Mahadev Cometo, s’ouvre à de nouveaux horizons musicaux avec son sitar. © DR
Après l’aventure Young Gods, Al Comet, devenu Mahadev Cometo, s’ouvre à de nouveaux horizons musicaux avec son sitar. © DR
10.08.2014

Alain Monod. Revenu d’Inde en Mahadev Cometo, le musicien fribourgeois se sépare des Young Gods et présente ses nouveaux projets. Apaisé, le vieux punk n’a rien perdu de sa verve.

Thierry Raboud

Il aurait dû être pilote, comme son père. Il a essayé d’ailleurs, l’armée n’a pas voulu de lui. «Mais je suis beaucoup plus doué en tant que pilote qu’en tant que musicien», rigole aujourd’hui Alain Monod. On peine à le croire, tant son parcours en Al Comet avec les Young Gods a semblé riche, abouti. Laissant les jeunes dieux poursuivre leurs orages sidéraux, lui s’est tourné vers des ciels plus apaisés où il vole comme s’il n’avait jamais fait que cela. Parti six mois en Inde apprendre le sitar, il est revenu transfiguré en Mahadev Cometo, rebaptisé «grand dieu» par ses amis indiens, fulgurant à travers de nouvelles galaxies. Le vieux punk désabusé s’est rasséréné, médite chaque matin, s’essaie à des tempos plus lents. Mais il n’a rien perdu de sa verve sur les bords du Gange. Interview.

Comment êtes-vous venu à la musique?

Al Comet: J’ai commencé la musique à six ans, avec du piano classique et de la guitare. J’étais fan d’Hendrix. On faisait des reprises, et à Fribourg, les gens m’appelaient Jimmy! Mais j’ai assez vite compris qu’il ne servait à rien de copier, que je serais toujours moins bon que lui, mon maître absolu. J’ai donc voulu m’inspirer de la quintessence de ce personnage, qui avait compris les défauts de la nouvelle technologie de la guitare électrique et a su en tirer profit. Après avoir abandonné ma carrière de pilote, les premiers samplers arrivaient sur le marché et j’ai voulu y appliquer la même démarche, cherchant les défauts du système pour jouer avec.

Avec le succès que l’on sait auprès des Young Gods… Pourquoi quitter le groupe aujourd’hui?

En apprenant à jouer du sitar en Inde, j’ai réalisé qu’en vingt ans, j’étais devenu un musicien digital. En revenant, j’ai eu envie d’avancer sur une autre voie. On s’est vu dernièrement avec Franz (Treichler, ndlr), et on a décidé qu’on allait poursuivre nos carrières chacun de notre côté. Comme si ce temps-là était passé. On est tous d’accord avec ça, il n’y a ni malaise, ni regrets. Au contraire, plutôt de la fierté, un grand respect de la chance qu’on a eue. Pour ma part, durant les dernières tournées avec les Gods, je me demandais comment faire pour freiner toute cette vitesse, cette énergie. Je crois que j’ai pu trouver autre chose.

En pratiquant le yoga?

Pour jouer du sitar, il faut être assis en tailleur. J’ai eu des problèmes de circulation dans une jambe, et mon gourou indien, Rabindra Narayan Goswami, m’a dit de faire du yoga. A plus de cinquante balais, je n’y croyais pas trop… Mais je m’y suis mis. J’en fais aujourd’hui une heure par jour, chaque matin. C’est une forme de synchronisation avec soi-même. Combiné à la méditation, cela m’amène à une tranquillité, une compréhension des choses totalement neuve. Je me demande d’ailleurs pourquoi ce n’est pas obligatoire à l’école!

Qu’avez-vous rapporté de l’Inde musicale?

Le jeu du sitar, que je travaille avec de l’électronique, mais aussi les rythmes très complexes associés au râga. Sur cette base, j’ai recréé, avec l’aide de Vincent Hänni, une rythmique futuriste, sur laquelle j’applique les règles de la musique indienne. Je propose cela en concert avec Bertrand Siffert aux samples, soutenu par des projections psychédéliques de Jean-Louis Gafner, qui propose une extraordinaire improvisation visuelle.

Des concerts plus méditatifs qu’à votre habitude…

Dans cette musique, j’arrive à trouver un calme, une sérénité. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas puissant, beaucoup de spectateurs disent percevoir une intensité qu’ils trouvaient aussi dans les Young Gods. Toute ma carrière avec les Gods a été très énergique, très speed. Le mur du son à plein jus, je connais. Mais les compositions plus lentes, c’est plus difficile, il faut une certaine maturité, qui vient peut-être avec l’âge…

Le sitar vous ouvre-t-il à d’autres genres de projets?

C’est clair que ce projet ne marche pas avec mon carnet d’adresses habituel, constitué des salles de rock de toute l’Europe que l’on a écumées avec les Gods. Mais on me propose d’autres choses, c’est très excitant! Je joue notamment dans un étonnant projet intitulé «Mich Gerber All Star Jam Band», qui rassemble le contrebassiste Mich Gerber mais aussi Wolfgang Zwiauer et Andi Pupato. Un projet basé sur l’improvisation libre, que je pratiquais très peu avant.

»Sinon, l’on m’a demandé de venir jouer pour trois concerts au Boom Festival au Portugal, l’un des plus grands festivals techno d’Europe. C’est une consécration! Je vais notamment jouer deux heures en solo pour un set méditatif.

Vous prévoyez de retourner jouer en Inde. Quel accueil attendez-vous pour votre musique?

Je prépare une tournée à la fin de l’année entre le Népal et l’Inde, pour laquelle je suis encore en recherche de financement. J’aimerais beaucoup retourner jouer là-bas, pour remercier ces Indiens qui m’ont ouvert de nouvelles portes. Ils m’ont clairement remis dans mes godasses. Quant à mes concerts, je suis sûr que ça va casser la baraque! Là-bas, il n’y a jamais eu de type blanc, européen, blond, aux yeux bleus, jouant du sitar. C’est du jamais vu! Le pays s’ouvre aux influences musicales européennes, et je crois que mon projet va plaire car je joue mes compositions en m’appropriant leur instrument traditionnel, sans pour autant vouloir égaler Ravi Shankar…

> Mahadev Cometo, Made in India, Ed. Truce, 265 pp.

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