La Liberté

Bayer souffre du revers de Monsanto

14.08.2018

Bourse » Le titre de l’allemand Bayer a chuté hier en bourse après la condamnation de Monsanto.

Violemment attaqué en bourse hier, l’allemand Bayer souffre de la condamnation infligée aux Etats-Unis au géant des semences Monsanto, que le groupe pharmaceutique vient d’acquérir au prix fort et au risque d’une cascade d’ennuis judiciaires. Le titre Bayer dégringolait à la mi-journée de plus de 12% à la Bourse de Francfort, à 81,79 euros, et voyait plus de 11 milliards d’euros de sa capitalisation partir en fumée.

Un tribunal de San Francisco a condamné vendredi Monsanto à payer 289 millions de dollars (287 millions de francs) d’indemnités pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide au glyphosate, à l’origine du cancer de Dwayne Johnson, un jardinier américain. Le groupe américain a immédiatement annoncé son intention de faire appel, et Bayer, qui a bouclé début juin le rachat de Monsanto pour 63 milliards de dollars, a défendu samedi l’innocuité du glyphosate, estimant que d’autres tribunaux pourraient «aboutir à des conclusions différentes».

Mais cette déclaration n’a nullement rassuré les investisseurs, inquiets de l’impact sur les comptes de Bayer des milliers de procédures visant Monsanto aux Etats-Unis, à des degrés divers d’avancement. «Si chaque procès perdu coûte un quart de milliard de dollars, il n’en faut pas beaucoup pour que ça devienne assez cher», souligne auprès de l’AFP Michael Leacock, analyste chez MainFirst.

Selon lui, la facture «pourrait facilement atteindre 10 milliards de dollars» pour le nouveau mastodonte de l’agrochimie, en intégrant de possibles accords à l’amiable avec un grand nombre de requérants. La banque Berenberg parvient elle à un chiffre inférieur de moitié, soit 5 milliards de dollars, sur la foi de litiges passés impliquant le laboratoire Merck, pour son anti-inflammatoire Vioxx, et même Bayer, attaqué pour son anticholestérol Baycol.

Outre le risque juridique direct, le nouvel ensemble doit affronter l’incertitude sur l’avenir commercial de ce produit vedette, vendu depuis 1976 sous la marque Roundup. «Si les consommateurs le considèrent comme dangereux, il y a un risque pour les ventes à long terme», estime M. Leacock. Dans ce contexte, selon ce dernier, il est «fort probable» que les investisseurs gardent une vision «très sombre» du mariage Bayer-Monsanto et infligent au titre du groupe allemand «une décote substantielle par rapport à ses pairs».

Bayer, qui a poursuivi Monsanto de ses assiduités au point de relever trois fois son offre, mise sur la nécessité de produire plus sur des surfaces restreintes, donc sur une agriculture toujours plus intensive. Mais ce pari à long terme ne pourra s’imposer que «lorsque l’ensemble des litiges seront réglés», avertit l’analyste de MainFirst. ATS

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