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Gardons les distances!

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22.05.2020

Gilbert Casasus

Opinion » Parbleu, voilà la chronique d’un foutu réactionnaire, d’un conservateur pur jus! Exact, ce billet est une réaction au vécu, un plaidoyer pour conserver ce qui fut. Plus encore, un réquisitoire contre l’enseignement à distance duquel il faudrait s’éloigner le plus rapidement possible. Appel à instaurer des gestes barrières contre la contagion d’une pédagogie infantilisante, ces quelques lignes ne sont rien d’autre qu’une mise en garde contre une forme d’asservissement intellectuel, où l’élève et l’étudiant, réduits au simple rôle d’apprenants, n’auraient plus qu’à suivre les instructions données par leurs ordinateurs.

Solution de remplacement pour parer au plus pressé, l’éducation à distance n’est qu’une pièce de rechange. Instrument de compensation dans l’attente de récupérer sa propre force de travail et de pensée, elle pourrait néanmoins disséminer son venin idéologique dans ce qui ne saurait être le meilleur des mondes. Pas neutre pour un sou, elle modifie considérablement le rapport dialectique entre l’homme et la machine au profit de cette dernière. Elle devient alors un appareil de soumission académique, où l’expression culturelle serait encadrée par des réseaux technologiques et informatiques.

En aucun cas ne s’agit-il ici de verser dans un passéisme de mauvais aloi. Expérience à l’appui, l’enseignement traditionnel est beaucoup plus progressiste que ne l’est celui à distance. Il est plus personnel, plus affectif, bref plus humain. Il laisse la place au raisonnement, à la connaissance, mais aussi au doute.

Son évaluation s’en bat l’œil des QCM, des questionnaires où il faut mettre une croix au chiffre neuf pour énumérer le nombre des symphonies de Beethoven ou au chiffre sept pour trouver le bon compte de nos conseillers fédéraux. Au cœur même de l’opposition entre les approches quantitatives et qualitatives, la querelle entre ces deux formes d’enseignement n’est pas à prendre à la légère. Elle exercera une influence considérable sur nos modes de vie, car, tôt ou tard, il faudra choisir entre l’oppression numérique et l’esprit critique.

Perceptibles dès aujourd’hui, les cours à distance nourrissent deux types de dangers. Le premier plus socio-économique, le second plus philosophique et politique. Alors que quelques âmes mal nées profiteront de la crise économique pour inciter l’Etat à substituer aux professeurs quelques plateformes internet, certains férus de la surveillance électronique se délecteront à épier de manière insidieuse le travail du corps enseignant. Constamment branché à toutes sortes de connexions, il devra se conformer à des logiques qui porteront atteinte à sa déontologie professionnelle. Pire encore, c’est sa propre liberté qui sera menacée. C’est en se soumettant que l’humanité s’affaiblit, c’est en se libérant qu’elle se grandit. De cet adage, en rien réactionnaire, ni conservateur, retenons la seule leçon qui vaille, à savoir celle de garder nos distances de tout mauvais enseignement!

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