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Gare à l’éloge du patriarcat!

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14.01.2021

Face aux propos de M. Lebrun (5.1, «Aujourd’hui l’autorité blesse l’œil»), le constat d’un individualisme exacerbé est inévitable. Celui de nos besoins sans cesse insatisfaits et de notre tendance à se délecter de plaisirs égocentriques quotidiens est sans équivoque. Mais de là, à faire l’éloge sous-jacent d’un patriarcat en voie de disparition, il y a une limite à ne pas franchir.

Au-delà d’une généralisation piégeuse et d’une teinte morose d’un «c’était mieux avant», on assiste à l’apologie d’un père qui aurait été à une époque le seul garant (en étroite conspiration avec certains pontes chrétiens) capable de transmettre la limite aux enfants, les valeurs morales, bref à éduquer. Sans cette figure patriarcale hiérarchique, on assisterait à une déliquescence des normes sociales et du respect chez les jeunes.

Certes, certaines figures d’autorité souffrent de légitimité. Mais ne serait-ce pas la conséquence d’un amalgame séculaire entre autorité et autoritarisme? Au fil des luttes et des émancipations sociales, les mœurs s’adaptent et chacun revendique ses droits. Quelle autorité peut alors se targuer de légitimité si elle prône le bâton ou la carotte?

Les parents et éducateurs d’aujourd’hui (ils existaient déjà!) ne sont pas plus fragiles qu’avant. Cependant, à défaut d’user d’une position omnisciente et hiérarchique, le parent tente avec courage, maladresse et humilité la voie moins sécure d’une pédagogie bienveillante et démocratique.

Eduquer aux «limites» et au respect est essentiel. Mais cela ne nécessite pas une figure paternaliste d’antan, qui à l’image d’un monarque déchu s’accroche à son royaume en perdition.

Andrei Rudakov,

écuvillens

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