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Des violences inédites à Beyrouth

La police a sorti les canons à eau et recouru aux balles en caoutchouc pour disperser les manifestants à Beyrouth. © Keystone
La police a sorti les canons à eau et recouru aux balles en caoutchouc pour disperser les manifestants à Beyrouth. © Keystone
20.01.2020

Des affrontements d’une rare intensité entre manifestants et policiers ont fait 520 blessés ce week-end

Liban » Pour le deuxième soir consécutif, aux cris de «révolution, révolution», des manifestants ont jeté hier à Beyrouth des pierres et des pétards sur le barrage policier bloquant l’avenue menant au parlement. La police a répliqué en activant un canon à eau et en tirant des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants antigouvernementaux. La Croix-Rouge libanaise a fait état de 145 blessés.

Ces heurts surviennent après une soirée de violence comme n’en avait pas connu la capitale libanaise depuis le début de la contestation. Ils ont fait au moins 377 blessés dans les deux camps samedi, selon des bilans de la Croix-Rouge libanaise et de la défense civile. Le centre-ville s’était rapidement retrouvé enveloppé par la fumée des gaz lacrymogènes. Les forces de l’ordre ont tiré des balles en caoutchouc et eu recours aux canons à eau.

Trois mois de colère

«Il n’y avait aucune justification pour le recours brutal à la force par la police antiémeute contre des manifestants largement pacifiques», a estimé Human Rights Watch (HRW). Accusant les policiers d’avoir «tiré des balles en caoutchouc dans les yeux», Michael Page, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient, a appelé les autorités à «mettre fin à cette culture de l’impunité pour les abus policiers».

Selon un Comité des avocats pour la défense des manifestants, une quarantaine de manifestants ont été interpellés samedi avant d’être relâchés. «La majorité» ont été victimes de «violences excessives», certains affichant des blessures «à la tête, au visage, ou aux organes génitaux». Sur Twitter, les forces de sécurité intérieure ont appelé les manifestants à préserver le caractère «pacifique» du rassemblement et à ne pas «attaquer» la police. Face à cette escalade, le président Michel Aoun a convoqué pour aujourd’hui «une réunion de sécurité» en présence des ministres de la Défense et de l’Intérieur, a annoncé l’agence officielle ANI.

En trois mois de contestation, la colère n’a fait que grandir chez les manifestants qui fustigent l’inertie des dirigeants: la crise économique s’aggrave avec des licenciements en masse, des restrictions bancaires drastiques et une forte dépréciation de la livre libanaise face au dollar.

«Révolutionnaires libres nous allons poursuivre la voie», ont scandé ce week-end sous la pluie les contestataires, brandissant des drapeaux libanais. «On en a marre des hommes politiques», s’insurge Mazen, manifestant de 34 ans. Ils nous prouvent qu’ils ne changent pas, qu’ils n’écoutent pas, qu’ils n’apportent rien.»

Changer de dirigeants

Les manifestants réclament un gouvernement d’indépendants et de technocrates alors que la classe dirigeante est quasi inchangée depuis des décennies, mais aussi une amélioration des services publics quasiment absents – graves pénuries d’eau et d’électricité –, et la fin du chômage et de la corruption.

Après la démission fin octobre du premier ministre Saad Hariri, sous la pression de la rue, Hassan Diab a été désigné pour le remplacer le 19 décembre mais ce dernier n’a toujours pas formé son gouvernement. Les partis politiques poursuivent en effet des tractations interminables pour tenter de garantir leur représentation au sein de la future équipe. ATS/AFP

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