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Joe Biden, l’espoir d’un retour au vert

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30.11.2020

Le futur président a un programme climatique très ambitieux. Mais il lui faudra la majorité au Sénat

Aude Massiot

Etats-Unis » Comme des millions d’habitants des Etats-Unis ces derniers jours, les défenseurs de l’environnement américains ont soufflé de soulagement à l’annonce des résultats de leur présidentielle et de la victoire de Joe Biden. Au cours des quatre dernières années, la bataille politique pour protéger la nature s’est principalement jouée dans les tribunaux.

Les ONG environnementalistes se sont évertuées à attaquer toutes les décisions prises par l’administration Trump pour détricoter les régulations existantes. Et il y en a eu pléthore: 125, d’après un décompte du Washington Post, allant de l’annulation de limites d’émissions de polluants par les véhicules à la fin de restrictions sur le rejet de déchets industriels, en passant par une réinterprétation de la protection des oiseaux migrateurs.

L’épée de Damoclès du changement climatique se fait de plus en plus pesante outre-Atlantique. Sécheresse, tempêtes, cyclones, incendies, le pays a subi, depuis le début de l’année, 16 catastrophes liées au climat provoquant des pertes économiques supérieures à 1 milliard de dollars chacune. Surtout, elles ont coûté la vie à 188 personnes. La crise climatique s’ajoute donc à la liste des trois dossiers majeurs auxquels doit s’atteler très rapidement le démocrate Joe Biden: l’épidémie de Covid-19, le racisme systémique et l’effondrement économique.

1. Peut-il annuler les actions de Trump?

Les quatre années de mandat présidentiel ne seront pas de trop pour réussir à rétablir les régulations environnementales démantelées par son prédécesseur. «Le président élu Biden va déjà pouvoir accomplir beaucoup avec ses pouvoirs présidentiels et ceux de ses agences fédérales, assure Rachel Cleetus, directrice du programme Climat et Energie de l’ONG Union of Concerned Scientists. Par ce biais, il pourra engager des politiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et renforcer la résilience climatique des projets gouvernementaux.»

2. Quel est son programme?

Poussé par l’aile la plus à gauche de son parti, Joe Biden a présenté un des programmes environnementaux les plus ambitieux jamais portés par un démocrate à la Maison-Blanche. Son «Plan pour une révolution de l’énergie propre et pour une justice environnementale» s’engage ainsi à mobiliser 1700 milliards de dollars de financements fédéraux sur les dix prochaines années. Financements qui permettraient ensuite de lever environ 5000 milliards de dollars issus du secteur privé et d’investissements des Etats et locaux. Son but affiché est d’atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre en 2050. Les Etats-Unis rejoindraient alors l’Union européenne, la Chine, le Japon et la Corée du Sud dans cet objectif. Au cours des derniers mois, Joe Biden a aussi annoncé qu’il n’accorderait plus de nouveaux permis pétroliers et gaziers sur les terres fédérales. Une avancée considérable pour ce pays accro au gaz de schiste, mais dont des pans entiers de l’industrie commencent à s’effondrer sous le coup de la crise économique.

3. Comment réintégrer l’accord de Paris?

Par un hasard de calendrier, le 4 novembre, lendemain des élections américaines, a marqué aussi la sortie officielle des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Depuis l’annonce de cette sortie par Donald Trump, le 1er juin 2017, il aura fallu trois ans pour que le processus devienne officiel. Mais il faudra bien moins longtemps pour entrer de nouveau dans l’accord. La nouvelle administration n’a qu’à envoyer une lettre à la Convention de l’ONU sur le changement climatique, et sous trente jours, le pays sera réintégré. Que ce soit Obama ou Trump, les prédécesseurs de Biden se sont passés de l’aval du Congrès pour agir sur le sujet.

4. Son programme est-il réalisable?

C’est la grande question. Biden pourra-t-il tenir ses promesses si les démocrates n’ont pas la majorité au Sénat? Le rapport de force dans la chambre est suspendu à l’issue de deux élections en Géorgie dont le «second tour» est prévu le 5 janvier. Même si l’administration est en mesure de faire passer beaucoup de mesures sans passer par la voie parlementaire, «si on veut que les législations mises en place soient politiquement durables, nous avons besoin qu’elles soient issues d’un accord bipartisan, souligne Rachel Cleetus. Nous espérons une meilleure dynamique sur ces sujets dans ce nouveau Congrès, mais cela reste à voir quand on voit à quel point il a été difficile de s’accorder sur un plan d’aide sur la pandémie.»

© Libération

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