La Liberté

L’Union européenne durcit le ton face aux migrants économiques

Luxembourg • Les Vingt-Huit ont fait front commun hier sur le renvoi systématique des migrants économiques vers leurs pays d’origine.
Publié le 09.10.2015

Temps de lecture estimé : 3 minutes

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Ceux qui «n’ont pas besoin d’une protection internationale doivent retourner dans leurs pays d’origine», a résumé hier le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, maître d’œuvre d’une réunion des ministres de l’Intérieur dans le Grand-Duché.

Les Européens s’apprêtent par ailleurs à mettre en œuvre une mesure de solidarité qui les a pourtant profondément divisés. Ils doivent transférer ce matin 20 réfugiés érythréens d’Italie en Suède, les premiers sur 160 000 qui pourront bénéficier d’un programme de répartition inédit dans l’UE.

Mais il y a «l’autre face de la médaille», a souligné le commissaire européen à l’Immigration, Dimitris Avramopoulos. Les 28 ont en effet promis hier de muscler leur «politique des retours» des clandestins, migrants économiques africains ou pakistanais venus chercher une vie meilleure en Europe.

Appel de Sommaruga

Dans la soirée, les ministres de l’Intérieur ont été rejoints par leurs collègues des Affaires étrangères ainsi que par des délégations turque, jordanienne, libanaise et de pays des Balkans.

L’UE s’est engagée à aider davantage les pays de transit des Balkans occidentaux et les voisins de la Syrie, frappés par l’exode de réfugiés vers l’Europe, tout en leur demandant des contreparties. Les Européens attendent notamment «des Balkans qu’ils contribuent à stabiliser la situation» et qu’ils jouent un rôle de «frein au mouvement» des réfugiés, a expliqué Jean Asselborn.

«Cette crise des réfugiés va durer un certain nombre d’années», a prévenu Jean-Claude Juncker, depuis Passau, dans le sud de l’Allemagne, où il visitait un centre d’accueil.

La Suisse a pris part à ce sommet en sa qualité de membre du système Dublin. «Ceux qui ont besoin de protection doivent l’obtenir», a plaidé Simonetta Sommaruga. Et les pays d’origine des requérants déboutés doivent être incités à les reprendre par exemple via un soutien accru en aide au développement, domaine dans lequel la Suisse peut se targuer de «bonnes expériences», marquées par une relation «équitable», a ajouté la présidente de la Confédération.

Par ailleurs, la conseillère fédérale bernoise a souligné l’importance des «hot spots». Ces centres d’accueil constituent selon elle «une condition sine qua non pour la répartition des migrants».

Réprimer les abuseurs

En 2014, seuls 39% des migrants illégaux faisant l’objet d’une obligation de quitter l’UE ont réellement quitté le territoire européen. «Nous pouvons accepter et soutenir les gens qui ont besoin d’une protection (les réfugiés, ndlr) seulement si ceux qui n’en ont pas besoin ne viennent pas ou sont renvoyés rapidement», a estimé le ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière.

«Il faut réprimer ceux qui abusent de notre système d’a-sile», a martelé de son côté la ministre de l’Intérieur britannique Theresa May.

Schengen menacé

Les ministres ont par ailleurs réaffirmé leur volonté de reprendre d’urgence la maîtrise des frontières extérieures de l’UE, apparues comme perméables au point de conduire plusieurs Etats de l’espace Schengen à rétablir des contrôles à leurs frontières nationales.

«Si l’on ne parvient pas à rendre plus efficace le contrôle des frontières extérieures, il y a un risque énorme que Schengen ne survive pas», a lancé M. Asselborn. Il se rendra aujourd’hui en Italie puis en Grèce avec M. Avramopoulos.

Liste de pays «sûrs»

C’est à partir de ces centres que doit être opéré le premier «tri» entre les arrivants dont la vie n’est pas menacée dans leurs pays et ceux qui peuvent prétendre au statut de réfugiés. Parmi ces derniers, Syriens, Irakiens et Erythréens arrivés en Italie et en Grèce pourront ensuite être envoyés dans d’autres pays de l’UE.

Selon M. Asselborn, «tous les Etats membres sont d’accord pour établir une liste commune» de pays «sûrs», qui permettrait de renvoyer plus rapidement certains migrants vers leur pays d’origine. Mais l’adoption d’une telle liste achoppe en raison de désaccords sur la Turquie, qui pourrait finalement ne pas y figurer, selon des sources concordantes citées par l’AFP. ats/afp

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