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Les Eglises africaines s’inquiètent de la «médicalisation» de l’excision

Les groupes internationaux de défense des droits de l’homme, les Eglises et des militants multiplient les campagnes contre les mutilations génitales féminines (MGF). © DR
Les groupes internationaux de défense des droits de l’homme, les Eglises et des militants multiplient les campagnes contre les mutilations génitales féminines (MGF). © DR
23.01.2015

Afrique de l'Est • Les dirigeants religieux kenyans font campagne contre l’intégration de la pratique des mutilations génitales des femmes (MGF) dans les hôpitaux. Cette «médicalisation», qui part du désir d’améliorer les conditions dans lesquelles sont infligées les mutilations ne résout pas le problème de fond. Trop de jeunes filles en sont encore les victimes en Afrique et au Moyen-Orient.

Fredrick Nzwili, RNS/Protestinter

Les groupes internationaux de défense des droits de l’homme, les Eglises et des militants multiplient les campagnes contre les mutilations génitales féminines (MGF), alors qu’une nouvelle pratique est apparue: l’admission des jeunes filles dans les hôpitaux pour y subir les mutilations. Dans ce qui est désigné comme étant la «médicalisation» de la MGF, des médecins, des infirmières et même d’autres professionnels de la santé pratiquent des mutilations à la demande des familles.

Une pratique que le révérend Richard Nyangoto dénonce: «pour de l’argent, ils pratiquent des avortements et des mutilations dans les hôpitaux et ailleurs». Il est prêtre catholique dans le comté de Kisii, une région du sud-ouest où les mutilations génitales féminines sont largement pratiquées. «Le faire à l’hôpital ne rend pas la chose plus juste», a rajouté Richard Nyangoto, «c’est mal!».

Différents «prestataires de soins» pratiquent maintenant près de 18% des mutilations génitales, selon l’Organisation mondiale de la Santé qui a enregistré une hausse des chiffres. Le recours croissant aux hôpitaux est motivé par le désir d’améliorer l’hygiène et d’éviter les infections, comme l’explique Grâce Uwizeye, la responsable du programme MGF à Equality Now, une organisation mondiale de défense des droits des femmes.

Les campagnes contre l’excision n’ont pas le succès escompté

Cette pratique se perpétue à cause d’une combinaison de facteurs religieux, culturels et sociaux. Dans de nombreuses communautés, l’ablation partielle de l’appareil génital féminin externe fait partie d’un rite de passage du statut d’enfant à celui de femme. Les exciseuses traditionnelles ont été souvent accusées d’utiliser des outils sans qu’ils soient stérilisés. Les excisions entraînent des douleurs sévères et des hémorragies, des états de choc, une difficulté à uriner, des infections et même la mort.

En 2014, un père égyptien et un médecin ont été acquittés du meurtre d’une jeune fille, Soheir al-Batea, qui est morte sur la table d’opération alors qu’on lui faisait subir une mutilation génitale. Au Kenya, on compte au moins trois décès directement attribués aux MGF en 2014. Parmi les victimes, Raima Ntagusa qui a saigné à mort après avoir subi l’ablation dans le comté de Kajiado, au sud de Nairobi. Elle avait 13 ans. Dans le comté de West Pokot, Alivina Noel âgée de 16 ans a saigné à mort en donnant la vie à son premier enfant parce que son corps n’avait pas guéri depuis l’excision.

Pas de mariage sans mutilation des organes génitaux externes

Dans certains cas, les jeunes filles se soumettent volontairement aux mutilations génitales, pour se conformer aux exigences familiales et communautaires. Beaucoup d’entre elles savent qu’elles ne trouveront pas à se marier à moins qu’elles ne subissent les mutilations génitales. La pratique des MGF a causé pas mal de frictions entre les chrétiens et les cultures africaines indigènes, rappellent les dirigeants d’Eglise. Judith Nyaata, coordinatrice du projet MGF à l’Eglise évangélique luthérienne du Kenya témoigne: «les communautés prétendent que c’est difficile d’arrêter, parce que la pratique est profondément enracinée». La responsable de projet travaille au sein de la population Pokot du Kenya, où la circoncision est considérée comme faisant partie intégrante du mariage. Les femmes qui ont subi le rite s’échangent contre plus de vaches dans le cadre du contrat de mariage.

Pendant le temps de la mutilation génitale, les jeunes femmes sont isolées et on leur apprend ce que devra être leur vie d’épouse et de mère. A la fin de ce processus, elles retournent dans la société lors d’une grande célébration. «La pratique inclut un enseignement conséquent sur la vie et il est accompagné de nombreuses célébrations et de fêtes», explique Judith Nyaata, il est donc difficile pour les communautés de l’abandonner».

Protéger et dissuader

Plusieurs gouvernements africains ont mis en place de nouvelles lois qui interdisent les MGF, ainsi que des stratégies visant à protéger les jeunes filles de cette pratique néfaste. Plus de 20 pays africains ont de telles lois dans leurs constitutions. Mais depuis 1997, où la pression pour que cesse cette pratique a commencé à augmenter, peu de progrès ont été accomplis.

Le taux des mutilations dans les pays africains sont restées stables ou n’ont que légèrement diminué selon l’OMS, qui estime à plus de 125 millions le nombre de jeunes filles et de femmes qui ont subi une mutilation génitale sous une forme ou une autre, dans 29 pays en Afrique ou au Moyen-Orient. «Je pense que nous avons besoin de plus encore de stratégies et de plus mesures dissuasives», a déclaré le pasteur Adama Faye, l’un des dirigeants de l’Eglise luthérienne au Sénégal, où l’excision est pratiquée.

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