La Liberté

Moscou montre sa défiance vis-à-vis de Poutine

10.09.2019

Elections en Russie » Les élections locales et régionales de dimanche ont confirmé une défiance envers le parti présidentiel, après un été de manifestations durement réprimées.

Le parti Russie unie, au pouvoir, a subi de lourdes pertes dimanche aux élections du Parlement de Moscou. S’ils contrôlent encore le Parlement moscovite, les députés pro-Kremlin, avec 25 sièges sur 45, perdent près d’un tiers de leurs élus par rapport à la mandature précédente.

En 2014, les candidats du parti présidentiel Russie unie et leurs alliés avaient remporté 38 sièges. Dans un mouvement de protestation inédit depuis 2012, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Moscou à un rythme quasi hebdomadaire depuis mi-juillet, à l’appel de l’opposition, furieuse de voir ses candidats écartés de ce scrutin.

L’opposant Alexeï Navalny, dont tous les alliés ont été exclus des élections, avait appelé les électeurs à «voter intelligemment» en soutenant les mieux placés pour battre les candidats du Kremlin. Rien ne dit que son message a été suivi, dans un contexte de grogne sociale liée à la montée de la pauvreté et une impopulaire réforme des retraites, mais les candidats soutenus par les autorités ont perdu dans 20 des 45 districts de la capitale russe. Avec 13 députés, contre cinq auparavant, les candidats communistes sont les grands gagnants de l’élection.

Deux autres partis entrent au Parlement moscovite: les libéraux de Iabloko, qui remportent trois sièges et pourront en plus compter sur une indépendante qu’ils soutenaient, et le parti Russie juste, considéré comme faisant partie de l’opposition «tolérée» par le Kremlin, qui gagne trois députés.

Le taux de participation est toutefois resté très bas à Moscou à 21,77%, à peine plus que lors de la précédente élection locale en 2014. Face à la chute de la popularité de Russie unie, les autorités avaient pourtant pris soin de ne présenter aucun candidat sous cette bannière, tentant d’aller chercher des personnalités issues de la société civile.

Pour la plupart non autorisées, les manifestations de l’été ont donné lieu à près de 2700 interpellations à Moscou, du jamais-vu depuis la vague de protestations de 2011-2012 qui avait précédé le retour de Poutine à la présidence après un mandat de premier ministre. Hier, la haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a demandé l’ouverture d’enquêtes sur le «recours excessif» à la force par la police russe.

Pratiquement toutes les figures de l’opposition ont reçu de courtes peines de prison et cinq manifestants ont écopé de lourdes peines pour «violences» envers les forces de l’ordre, allant jusqu’à quatre ans de prison. En tout, plus de 5000 élections avaient lieu dans le pays dimanche, les Russes devant élire 16 gouverneurs régionaux et les parlementaires locaux de 13 régions, dont la Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014.

A Saint-Pétersbourg, où la campagne avait été très controversée, le gouverneur par intérim soutenu par le Kremlin Alexandre Beglov s’est fait réélire dès le premier tour. Ailleurs en Russie, la majorité des gouverneurs soutenus par Russie unie ont été réélus.

ATS/AFP

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