La Liberté

Souvenirs, souvenirs à Fribourg

Ce sont 9000 personnes qui ont assisté au concert de Johnny ­Hallyday à ­Forum ­Fribourg en 2003. © Alain Wicht-­archives
Ce sont 9000 personnes qui ont assisté au concert de Johnny ­Hallyday à ­Forum ­Fribourg en 2003. © Alain Wicht-­archives
07.12.2017

Le chanteur français a allumé le feu deux fois dans la cité des Zaehringen, aux Augustins et à Forum

Tamara Bongard

Hommage »   Samedi 27 mai 1978, un hélicoptère vrombit en Basse-Ville de Fribourg. L’engin parti d’Epagny, piloté par Ernest Dévaud, s’approche de la patinoire des Augustins. A son bord, l’idole des jeunes et des moins jeunes, Johnny Hallyday. Près de 5000 personnes sont là pour l’écouter, sans compter les centaines de curieux massés sur le pont de Zaehringen pour «assister à cette arrivée insolite», comme l’écrivait alors La Liberté.

«Il était un peu en retard», se souvient Jean-Théo Aeby, collecteur de moments de vie si fribourgeois. Qui évoque encore la foule se ruant vers la scène pour y voir le rocker, heureusement sans dommage.

«Fribourg, je reviendrai»

«Nous avions envie de faire venir une vedette à Fribourg», raconte Michel Perriard, un des organisateurs de cet événement exceptionnel. «On ne pouvait trouver mieux que Johnny.» A l’époque, il n’y a pas 36 possibilités pour accueillir un tel show, c’est la patinoire qui est choisie. Contact est pris avec un imprésario de l’artiste basé à Genève. Le cachet est de 55 000 francs, et le spectacle durera une heure. «Quelques jours avant le con­cert, nous avons fait venir l’hélico pour faire un essai. Le pilote voulait se rendre compte des lieux», explique l’ancien batteur d’Arlette Zola, qui a aussi accompagné Alain Morisod. «Johnny a trouvé cette arrivée en hélicoptère géniale», note Michel Perriard, qui a aussi mis sur pied quelque temps plus tard un concert de Sylvie Vartan, à Payerne.

Il faudra attendre 2003 pour que Johnny soit de retour dans la cité des Zaehringen, à Forum Fribourg, cette fois-ci. A nouveau, il fait patienter ses fans – 9000 personnes. Pas grave. Le show attisé par Que je t’aime, Gabrielle et Quelque chose de Tennessee est somptueux. Il promet même: «Fribourg, je reviendrai.» Promesse qu’il a tenue en 2007.

«Johnny était notre porte-bonheur», confie Michael Drieberg, organisateur depuis trente ans des concerts helvétiques de l’artiste, dont cette date à Forum Fribourg. La dernière escale suisse du rocker a eu lieu à l’Arena de Genève en juin de cette année. Avec Jacques Dutronc et Eddy Mitchell, il y a joué l’une des touchantes Vieilles canailles.

«C’est un souvenir émouvant. Il venait de rendre public son cancer», raconte le directeur de Live Music Production. Il se souvient d’un homme affaibli, mais qui voulait donner un show pour ses fans, qu’il respectait par-dessus tout. «En sortant de scène, il avait deux préoccupations, savoir si le public avait aimé le concert et quelle nouveauté il pourrait amener à l’avenir.

NB: Dans une version précédente de cet article, il n'était pas fait mention du concert de 2007. Nos excuses.


 

Réactions

Isabelle Chassot

Directrice de l’office fédéral de la culture

«J’ai assisté à trois de ses concerts: à Forum Fribourg, au Stade de Genève et à Paris. On a tous chanté au moins un refrain de lui et aimé au moins une de ses chansons. J’aime ses titres écrits par Michel Berger. Si je ne devais en retenir qu’un, ce serait Quelque chose de TennesseeMG

 

Dominique Rime

Fondateur des Francomanias

«Je n’ai rien d’original à dire. J’ai appris sa disparition en me réveillant à 4 h du mat’ hier. Je me suis levé pour fumer une clope et écouter Je te promets et Quelque chose de Tennessee, puis je me suis recouché. C’est un monument de la chanson qui s’éteint, ça fait bizarre.» IC

 

Jean-Bernard Barras

DJ plus connu sous le nom de «The JB»

«On me le réclame toujours, les jeunes aussi bien que les plus âgés. Ce type est devenu un monstre sacré. C’est le Johnny des années soixante qui me restera. Celui qui côtoyait Jimmy Page et les Small Faces, qui enregistrait à Londres avec le Studio Olympic Sound.» IC

 

Olivier Singy

artiste CHeyrois et interprète de chansons de johnny depuis 20 ans

«J’ai encore de la peine à réaliser. On disait de lui qu’il était un lion. Hélas, les lions meurent aussi. On va continuer à faire vivre et à défendre l’œuvre de cet interprète hors pair qui avait une rock’n’roll attitude incroyable et qui aimait et respectait son public.» IC

 

Pierre Mauron

Député et président du groupe ­socialiste au Grand Conseil

«L’envie pour les coups de blues, Allumer le feu pour la fête ou Requiem pour un fou pour la passion… Ses chansons couvrent toutes les humeurs et toutes les phases de la vie. Il va laisser un grand vide. C’était un homme entier. Des fois je me dis qu’il aurait pu être Gruérien.» IC

 


 

Quand Johnny Hallyday résidait à Gstaad

Johnny Hallyday a fait davantage que passer en Suisse à l’occasion de concerts. Il y a résidé, dans le chalet qu’il avait acquis à Gstaad.

Au cours de sa vie tumultueuse, Johnny Hallyday a aussi résidé dans les paisibles montagnes helvètes. Plus ou moins paisibles, en réalité, car il a choisi la station huppée bernoise de Gstaad. Et à moitié résident, puisqu’il ne passait officiellement que six mois et un jour par an dans son chalet acquis en 2006, baptisé Jade, du prénom de l’une de ses filles. Soit le minimum pour être considéré comme résident de la commune et imposé selon ses avantageuses conditions. Un épisode qui lui avait valu d’être taxé d’exilé fiscal en France. Il avait déjà tenté peu avant de se faire naturaliser Belge, comme son père, avant d’abandonner la procédure longue et dont l’issue était incertaine. Mais le mal était fait: on l’avait alors soupçonné de vouloir ainsi s’établir à Monaco, clément avec ses contribuables, sauf s’ils sont Français, en vertu d’une convention d’imposition entre les deux Etats.

En plus de mettre le feu aux poudres dans l’Hexagone, l’épisode bernois de Johnny a pris une tournure politique en Suisse, donnant lieu à d’âpres débats sous la Coupole au sujet des forfaits fiscaux dont bénéficient les étrangers fortunés dans certaines communes. Des confrères de la RTS pistent la famille Hallyday pendant deux ans sur les réseaux sociaux, révélant ainsi qu’elle n’aurait en réalité passé qu’une quinzaine de jours à Gstaad. Johnny Hallyday quitte la station et s’installe définitivement à Los Angeles début 2013.

Il ne s’agissait là que de l’une de ses nombreuses maladresses financières, qui font qu’aujourd’hui, le rocker, aux 110 millions d’albums vendus, ne lègue pas une fortune colossale à ses héritiers. Menant un train de vie fastueux, fait de villas de luxe, motos et voitures de sport, jet privé, généreux avec ses proches, Johnny Hallyday paie cher la crise du disque au début des années 2000. Il affronte ensuite de graves ennuis de santé en 2009, qui le tiennent éloigné de la scène et grèvent son budget. Car c’est bien de ses concerts que la bête Johnny tirait ses seize millions d’euros de revenus en 2016, demeurant sur le podium des chanteurs les mieux payés de l’Hexagone.

Rachel Richterich


 

Un inconnu hors du monde francophone

«Françoise Hardy oui, Jacques Dutronc oui, Brassens oui, mais Johnny Hallyday? Non, lui n’a pas réussi à franchir la barrière linguistique. Son nom est peut-être connu de quelques-uns, mais pas ses chansons.» C’est ainsi qu’Eric Facon, journaliste et critique musical de la radio alémanique SRF, résume la quasi-ignorance des germanophones vis-à-vis du chanteur décédé. Hier, la nouvelle n’a été traitée que vers la fin du journal télévisé de SRF. Pas un mot sur le site de la radio privée Energy. Sur le site du journal allemand Welt.de, un lecteur demande: «Je n’ai jamais entendu parler de ce monsieur, est-ce que c’est une lacune dans mon éducation?»

Eric Facon rappelle que le chanteur avait pourtant tenté de percer en Allemagne avec quelques titres interprétés en allemand, comme «Ja, der Elefant, Oui, l’éléphant, absolument incompréhensible». Sur les raisons de l’insuccès de la star dans l’espace germanophone, il avance: «C’est quoi ça?, c’est ce que beaucoup de gens se sont demandé, au long des décennies. Pourquoi écouter Hey Joe en français? Beaucoup l’ont toujours trouvé pompeux, confondant émotion et hystérie.»

Mais Johnny avait quand même des fans, même s’ils sont nettement moins nombreux dans les pays non francophones. Hier, les commentaires de tristesse tombaient au compte-gouttes sur les sites de médias allemands, comme celui-ci, en français presque correct: «Ton voix reste toujours dans mon cœur.» Ariane Gigon

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