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Un ministre menacé en Belgique

La Belgique redoute d’être «gangrenée» par la narcomafia après la tentative d’enlèvement d’un ministre

Quatre Néerlandais ont été arrêtés jeudi dernier, soupçonnés d’avoir voulu enlever le ministre de la Justice belge Vincent Van Quickenborne. © Keystone
Quatre Néerlandais ont été arrêtés jeudi dernier, soupçonnés d’avoir voulu enlever le ministre de la Justice belge Vincent Van Quickenborne. © Keystone
Publié le 27.09.2022

Temps de lecture estimé : 3 minutes

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Criminalité » Ciblé par un projet d’enlèvement la semaine dernière, le ministre belge de la Justice Vincent Van Quickenborne a pointé du doigt «la mafia de la drogue», sur fond de hausse de la criminalité liée au trafic de cocaïne qui inquiète autorités politiques et judiciaires.

Hier, le Parquet fédéral belge se montrait discret sur les motivations des quatre suspects néerlandais interpellés aux Pays-Bas et réclamés par la Belgique, dans le cadre d’une enquête confiée à un juge d’instruction de Courtrai (nord-ouest). «On a des pistes privilégiées mais encore beaucoup de travail pour les étayer. L’enquête démarre», a indiqué à l’AFP un porte-parole.

Quatre suspects arrêtés

Aucun des quatre suspects n’a accepté hier sa remise à la Belgique et «une décision doit être prise d’ici 60 jours» par un tribunal d’Amsterdam, a précisé de son côté le Parquet néerlandais.

Réduits pour l’instant à des hypothèses, les enquêteurs belges ont été devancés par la communication du ministre. Le responsable libéral flamand a expliqué samedi soir par visioconférence à ses administrés de Courtrai – à l’occasion d’une fête locale – avoir été la cible d’«un projet d’enlèvement» déjoué deux jours plus tôt.

Une arme automatique et «deux petits bidons» d’essence venaient d’être découverts à l’intérieur d’une voiture devant son domicile, selon une source judiciaire.

La Belgique, «narco-Etat»?

M. Van Quickenborne, dont la famille a été mise en sécurité, a mis en cause le «crime organisé» via les réseaux sociaux, puis plus directement «la mafia de la drogue».

Ses propos font écho à une série de déclarations récentes d’élus ou de hauts responsables belges. «C’est un problème national, ce qui se passe à Anvers nous concerne tous. Le danger plane sur nous que la Belgique soit qualifiée de «narco-Etat», avertissait le 15 septembre le procureur général de Bruxelles, Johan Delmulle, évoquant aussi un risque de «gangrène».

L’ampleur du défi

«Avec Sky ECC, nous avons pu mettre des chiffres sur l’ampleur du défi (…) La criminalité organisée s’étend à toutes les régions du pays», relevait à ses côtés le premier ministre Alexander De Croo.

Il faisait allusion au «craquage» d’une messagerie cryptée très utilisée par les narcotrafiquants, opération qui a permis depuis 18 mois un millier d’arrestations.

MM. De Croo et Delmulle s’exprimaient devant les bourgmestres des grandes villes de Belgique, exceptionnellement réunis avec les ministres concernés – dont M. Van Quickenborne – afin d’élaborer un «plan XXL» de lutte contre la criminalité liée à la drogue.

Le contexte: un été marqué par une recrudescence de la violence à Anvers, principale porte d’entrée de la cocaïne en Europe, où les gangs rivaux mènent des luttes de territoire, ou s’intimident les uns les autres, à coups de lancers de grenades explosives sur des façades de commerces et d’habitations.

Economie parallèle

En 2021, une quantité record de 89,5 tonnes de cocaïne a été saisie dans le port, pour une valeur marchande d’environ 13 milliards d’euros.

Les autorités craignent que ces sommes astronomiques encouragent une économie parallèle, avec de la corruption d’agents (douaniers, policiers, dockers etc) et des entreprises utilisées comme «sociétés écrans» pour blanchir l’argent sale.

Selon Michaël Dantinne, professeur de criminologie à l’Université de Liège, projeter d’enlever un ministre démontre que certains trafiquants sont prêts à aller plus loin encore dans la violence pour afficher leur «détermination».

«Ils s’adressent à des cibles potentielles de corruption avec ce message: «Regardez ce qu’on est capable de faire», «vous devez travailler avec nous, pas avec nos concurrents», analyse cet expert.

Letizia Paoli, de l’Université de Louvain (KU Leuven), émet l’hypothèse d’une «vengeance» à l’égard d’un ministre qui a musclé la coopération judiciaire avec l’émirat de Dubai pour obtenir l’extradition de barons de la drogue belges qui y ont trouvé refuge.

«Certains risquent d’être transférés et ne supportent pas l’idée de passer le reste de leur vie en prison. Ils n’ont plus rien à perdre et veulent monter des attaques très spectaculaires», estime cette criminologue italienne. ats/afp

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