La Liberté

Une foire d’empoigne sur l’Europe

Le débat télévisé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’a pas réconcilié les deux candidats

Le face-à-face entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen a accordé une large place à la politique européenne et au conflit en Ukraine. © Keystone
Le face-à-face entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen a accordé une large place à la politique européenne et au conflit en Ukraine. © Keystone
Publié le 21.04.2022

Temps de lecture estimé : 5 minutes

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Présidentielle » Diffusé sur le service public comme sur des canaux privés, le débat télévisé entre les deux candidats opposés lors du 2e tour de la présidentielle française était très attendu. Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont écharpés hier soir notamment sur le sujet européen. Le président sortant accuse son adversaire de «mentir sur la marchandise» tandis que la candidate de l’extrême droite considère n’avoir «jamais vu les dirigeants français défendre les intérêts des Français» dans l’UE.

«L’Europe, c’est pas tout ou rien, ce n’est pas «on prend tout et on ne dit rien ou alors on ne prend rien», a entamé Mme Le Pen, en disant «souhaiter rester dans l’Union européenne», mais «profondément la modifier pour faire émerger une «alliance européenne des nations».

«Il y a toute une série de politiques de l’Union européenne avec lesquelles je suis en désaccord», a poursuivi celle qui concourt pour la troisième fois à l’élection présidentielle, en citant «la multiplication des accords de libre-échange où l’on vend des voitures allemandes, en sacrifiant des éleveurs à la concurrence des poulets du Brésil ou du bœuf du Canada», en référence au projet d’accord de libre-échange avec le marché américain.

«Bande à part»

«Quel poulet du Brésil?», a demandé Emmanuel Macron, rappelant qu’il s’était «opposé» à l’accord de l’UE avec le Mercosur car «quand, nous, on demande à nos agriculteurs des choses, on demande la même chose en face».

«Ce que vous décrivez, ça ressemble à une bande à part», a insisté le président en exercice, en accusant Marine Le Pen de «mentir sur la marchandise». «L’Europe est une copropriété, on ne peut pas décider seul de ripoliner la façade. Vouloir changer tout seul un club, c’est faire bande à part», a-t-il insisté. «Vous proposez une alliance avec la Russie, c’est toujours dans votre programme, c’est étonnant», a-t-il encore dit.

Il fallait s’y attendre: la Russie et son président Vladimir Poutine ont été maintes fois mentionnés lors du débat. Emmanuel Macron a accusé Marine Le Pen de «dépendre du pouvoir russe» et «de Monsieur Poutine» pour avoir «contracté un prêt auprès d’une banque russe».

«Vous parlez à votre banquier quand vous parlez de la Russie, c’est ça le problème Madame Le Pen», a déclaré le président candidat au cours d’un échange tendu consacré à la guerre en Ukraine. «Monsieur Macron, c’est faux et c’est assez malhonnête», a réagi Mme Le Pen. «Je suis une femme absolument et totalement libre.»

Prêt russe à rembourser

Le candidat a estimé que ce n’était «pas un hasard si, il y a cinq ans, la Russie était intervenue dans la campagne» de la présidentielle à son détriment. «Vous avez toujours été ambiguë sur le sujet parce que vous n’êtes pas dans une situation de puissance à puissance, que vous ne pouvez pas défendre correctement sur ce sujet les intérêts de la France parce que vos intérêts sont liés à des gens proches du pouvoir russe», a-t-il ajouté en s’adressant à son adversaire pour le second tour de dimanche.

La candidate avait été reçue en grande pompe par Vladimir Poutine pendant la campagne de 2017 et son parti continue de rembourser un prêt de 9 millions d’euros auprès d’un créancier lié à d’anciens militaires russes. «C’est long à rembourser et nous remboursons sous le contrôle de la Commission nationale des comptes de campagne», qui «est extrêmement sévère et rigoureuse», a précisé Mme Le Pen.

Critiques sur la Crimée

Emmanuel Macron l’a également critiquée pour avoir été «l’une des premières responsables politiques européennes, dès 2014, à reconnaître le résultat de l’annexion de la Crimée» par la Russie. «La Crimée n’a pas dû vous poser énormément de problèmes non plus puisque vous avez reçu Monsieur Poutine en grande pompe à Versailles» puis «à Brégançon sur votre lieu de vacances», a répondu Marine Le Pen.

A quatre jours du second tour, les sondages donnent invariablement l’avantage au président sortant, avec 54 à 56,5% des intentions de vote contre 43,5 à 46% pour Marine Le Pen. Soit un écart de 8 à 12 points. Les deux candidats divergent sur l’Ukraine, les relations avec la Russie, comme quasiment tout le reste: des retraites à l’écologie en passant par le port du voile, les libertés publiques et les institutions, le pouvoir d’achat et l’UE. ATS/AFP

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