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L’expérience de spiritualité chrétienne d’un ermite dans la cité

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L’«ermite» Bernard Bonvin réside dans les remparts d’Estavayer. © PFY
L’«ermite» Bernard Bonvin réside dans les remparts d’Estavayer. © PFY

Pascal Fleury, Zurich

Publié le 16.09.2017

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Publication » Le Frère dominicain Bernard Bonvin témoigne de sa spiritualité, qu’il conçoit comme un dialogue avec le Seigneur.

Aumônier des Sœurs dominicaines d’Estavayer-le-Lac, le Frère Bernard Bonvin publie ses réflexions sur la spiritualité chrétienne dans un ouvrage* aussi dense que lumineux. A 84 ans, cet ancien responsable du Centre catholique romand de formation permanente et curé de paroisse, auteur d’une dizaine d’ouvrages, est devenu, peu ou prou, ermite dans la cité. Rencontre.

Dans notre société toujours plus sécularisée, on n’a jamais autant parlé de spiritualité...

Bernard Bonvin: Nous assistons effectivement aujourd’hui au déploiement de nombreuses offres de spiritualité, en réaction au stress de la vie dans une culture de l’individualisme, de la compétition et du prêt-à-jeter. Ces spiritualités prennent de multiples formes: thérapeutiques, soucieuses d’égalité, de paix et de silence, ou encore centrées sur une donnée sociale particulière, alimentaire, écologique, voire féministe. Ces spiritualités laïques permettent de prendre du recul. Elles laissent aussi pressentir d’autres valeurs.

Vous ne repoussez pas cette vague de spiritualité laïque?

J’ai moi-même beaucoup reçu de la spiritualité orientale. Dans les années 1970, j’ai suivi des sessions zen qui m’ont aidé à entrer en silence, grâce au contrôle de la respiration. Aujourd’hui encore, lorsque je fais oraison, je commence par me «poser», c’est-à-dire contrôler ma position et mon souffle. Cela me permet d’être «présent au présent». Les Pères grecs et les mystiques médiévaux connaissaient aussi cette forme d’oraison ponctuée d’«inspirs» et d’«expirs». Comme le disait un religieux aux novices d’un couvent: il s’agit de faire silence en soi pour s’offrir à la silencieuse présence de Dieu.

Dans cette vaste offre spirituelle, quelle est la spécificité de la 
spiritualité chrétienne?

Sa spécificité, c’est le dialogue avec Dieu, cette relation «je - tu» qui s’établit dans la foi. La foi est toujours acceptation de médiations. Nous ne sommes pas face au vide dans ce dialogue, car il y a la parole de Dieu. Dieu s’est dit à travers Jésus de Nazareth. Il n’est plus là aujourd’hui, mais le sacrement de sa présence, c’est l’Eglise. Faire l’expérience de la spiritualité chrétienne, c’est se mettre en contact avec l’esprit du Seigneur, cet Esprit qui dans la Trinité est le lien d’amour entre le Père et le Fils. C’est un cadeau que nous fait le Père que de nous donner son amour.

La spiritualité chrétienne 
présuppose donc d’avoir la foi?

Tout le monde a des doutes. Le doute peut être positif s’il nous alerte sur le fait que nous n’avons pas la mainmise sur Dieu. Le philosophe Jules Lequier, au XIXe siècle, avait émis un très bon aphorisme: «Croire, c’est savoir qu’on croit, et non pas croire qu’on sait.»

La recherche chrétienne à travers les âges nous le confirme. Depuis les Pères de l’Eglise jusqu’à Mère Teresa, en passant par les moines cisterciens, la grande lignée des mystiques dominicains rhénans – Maître Eckhart, Jean Tauler ou Henri Suso – ou encore l’école carme avec saint Jean-de-la-Croix et Thérèse d’Avila, tous les grands chercheurs de Dieu ont connu leur nuit de la foi. Nous ne dominons jamais l’objet de la foi. Le penseur Blaise Pascal parlait de ce «Dieu caché», impossible à saisir. La foi chrétienne peut nous posséder, mais nous, nous ne la possédons pas. La foi chrétienne, c’est se remettre à Dieu et lui faire confiance. Cela, dans la grâce de l’Esprit.

Propos recueillis par 
Pascal Fleury

* Bernard Bonvin, Une expérience de spiritualité chrétienne – La joie de croire, Editions Saint-Augustin, 2017. L’auteur dédicacera son ouvrage le mercredi 
20 septembre, dès 18 h, au Centre Sainte-Ursule à Fribourg.

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