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Tristan Scherwey: «Je suis très fier d’être Fribourgeois!»

Tristan Scherwey: un Ours féroce sur la glace et un petit ours en peluche dans la vie… © Alain Wicht/La Liberté
Tristan Scherwey: un Ours féroce sur la glace et un petit ours en peluche dans la vie… © Alain Wicht/La Liberté
14.10.2013

L'invité du lundi • Le numéro 10 du SCB ne manquera pas d’être sifflé à Saint-Léonard, mardi soir, où le HC Fribourg-Gottéron retrouvera Berne. Mais notre «ennemi public numéro un», une fois de plus, fera avec…

Pascal Bertschy

Jouer contre lui, merci! L’ailier de Berne est si vif, si fort, qu’il vous ferait vite découvrir ce que c’est que d’être heurté par un tank. Et quel fantastique joueur d’équipe! On connaît onze entraîneurs, en LNA, qui rêveraient de l’avoir avec eux. Mais, bien sûr, vous trouverez aussi des milliers de Fribourgeois pour maudire ce «traître»…

Tristan Scherwey, 22 ans, l’a un peu cherché. En avril dernier, en fêtant le nouveau titre bernois, l’attaquant du SCB avait insulté les Fribourgeois («Fils de p…, Gottéron!»). Drôle d’idée, venant d’un garçon lui-même Fribourgeois et par ailleurs si adorable dans la vie. Allez, six mois après la tempête, la parole est à la «bête noire»!

- Tristan, de quoi se remet-on le plus vite? D’un titre de champion ou d’une affaire comme celle que tu as provoquée en avril?

L’affaire, même si je n’ai pas vraiment eu l’occasion de m’excuser, je l’ai vite enterrée! Un titre, lui, ne s’oublie jamais.

- Insulter les Fribourgeois quand on l’est soi-même, cela revient à cracher en l’air, non?

Oui, c’était stupide. Je n’aurais jamais pensé que ça créerait une histoire comme ça! Et contrairement à ce qui a été dit, rien à voir avec l’alcool! Je n’avais bu qu’une bière lorsque j’ai rejoint les fans qui m’attendaient. Une fois devant eux, j’ai fait ma sortie sans réfléchir ni volonté de blesser. Au milieu des fans et des chants, dans l’euphorie du titre, j’avais encore la tête à notre rivalité avec Fribourg – qui est bonne et doit rester, selon moi. Bref je regrette et si c’était à refaire, je ne le referais pas.

- Mais te voilà ennemi public numéro un…

Les Fribourgeois l’ont mal pris et c’est normal. S’ils me sifflent à chaque match, c’est le jeu et je peux vivre avec ça. Ceux qui me connaissent savent qui je suis. J’adore Fribourg et suis fier de dire que je suis Fribourgeois. Oui, bien que très heureux avec Berne, je suis très fier d’être Fribourgeois! Et si j’ai tourné cette page, c’est aussi grâce à Gottéron. Après l’affaire, le club m’a demandé d’aller entraîner un samedi matin ses tout petits. Ils avaient cinq ou six ans et ce fut un plaisir pour tout le monde. Les entraîneurs m’ont remercié d’être venu et, de mon côté, j’ai pu faire quelque chose de pas mal pour ma conscience.

- Le drôle, c’est que tu habites à Fribourg…

On a pété ma boîte aux lettres et j’ai reçu des insultes sur Facebook. Ce qui n’était pas drôle, c’étaient les menaces contre ma famille. Certains jeunes m’ont aussi regardé de travers, en ville, mais sans venir vers moi. Dommage, car je suis ouvert à la discussion et nous aurions pu parler…

- Lorsque tu laisses un adversaire sur le carreau, comme ce fut le cas avec John Gobbi et Beni Plüss, qu’est-ce que tu fais après?

Tout dépend de la situation. Si je sais que j’ai été correct, je reste froid. Le hockey n’est pas une promenade de santé et, sur la glace, tu dois être prêt à risquer beaucoup. La dureté fait partie du jeu et moi, pour mériter ma place, je dois remplir mon rôle – mettre de l’énergie, finir mes mises en échec. Mais dans le cas de Beni, même si j’avais les bras bien en bas au moment de ma charge, je lui ai écrit un message après. Sa réponse a été correcte et je crois qu’il ne m’en a pas forcément voulu.

- Au SCB, c’est qui le plus grand loustic?

Avant, c’était Caryl Neuenschwander. Mais il est parti jouer àLausanne…

- Et maintenant, c’est toi?

Oui, possible que j’occupe la première place! Ce matin après l’entraînement, par exemple, Vermin a trouvé dans son casier son jeans enroulé dans de la toile isolante et tout de suite, il m’a cherché partout: «C’est toi qui as fait ça, hein!» Et le jour où Travis Roche se demandera enfin pourquoi son déodorant est toujours vide, pareil, je serai le premier soupçonné!

- Comment se fait-il que Scherwey le guerrier soit, dans la vie, d’une telle gentillesse?

Ma personnalité vient de mes parents. A mon frère et à moi, notre maman disait toujours:«C’est bien!» Mon père était plus dur, ce qui était peut-être une bonne chose. Il faisait la tête quand on perdait, mais était aussi le premier à dire bravo quand on jouait bien. Ce côté dur, je le mets donc dans le hockey. Là, je suis dans mon monde et je fais tout pour que mon équipe gagne. Pour le côté doux, il y a la vie où j’aime bien rendre service. A part les gens compliqués, j’aime tout le monde.

- Pourquoi as-tu quitté Gottéron en 2007?

Chez les juniors à Fribourg, avec Killian Mottet et quelques autres, nous formions un bon groupe. Toujours ensemble! Notre entraîneur, Rudolf Raemy, savait nous prendre. C’est lui qui m’a tout appris en hockey. Il était vraiment dur, ce qui m’a fait du bien. Mais, si j’étais resté, je ne pense pas qu’on m’aurait donné ma chance en première équipe. A Fribourg, mon image de voyou jouait contre moi…

- Ah bon, un voyou, mais de quelle sorte?

Oh! le petit voyou toujours un peu à la limite. Pas fort pour faire de bonnes notes à l’école, mais très bon dans les lancers de gommes ou pour dessiner à l’encre sur le pantalon du prof! J’ai fait plein de crasses, et pas seulement à l’école. Mais le plus dommage, tu sais ce que c’est? Perdre la plupart des copains d’enfance. On grandit et, un jour, la vie nous éloigne. Toi, tu fais du hockey, tu gagnes des titres. Et deux ou trois ans après, lorsque tu tombes sur un copain, c’est la première question qu’il te pose:«Tu gagnes combien?» Je ne sais pas si c’est de la jalousie, mais c’est dommage. Avant d’être des joueurs de hockey, nous sommes d’abord des personnes.

- L’argent, tu l’économises ou tu le claques?

J’économise tout ce que je peux. Mais, petit déjà, je mettais tout dans la tirelire!Nos parents, qui auraient donné leur dernière pièce de cinq francs pour mon frère et moi, nous ont appris la valeur de l’argent et le sens du sacrifice. Attention, économe ne veut pas dire râteau!Moi, j’aime bien payer des verres. C’est juste que je vis simplement et n’ai pas besoin d’aller chaque jour dans les meilleurs restaurants. Avec une saucisse à rôtir à la Migros de Pérolles ou un menu à onze francs au buffet de la PostFinance, je suis déjà heureux.

- Sans le hockey, que serais-tu devenu?

Aucune idée! J’avais le hockey, c’est tout, et j’ai très vite tout misé sur ça. Mais, honnêtement, jamais je n’ai pensé que j’aurais un jour ma chance!Or, merci à elle, la chance est quand même venue…

*****

Tristan Scherwey droit au but

> Une qualité qu’il pense avoir: «J’aime bien aider les gens qui en ont besoin.»

> Un défaut qu’il est sûr d’avoir: «C’est peu original, mais c’est vrai, je déteste perdre!»

> Une gourmandise: «La fondue chinoise.»

> La boisson qui le rend meilleur: «L’eau.»

> Une ville qu’il adore: «Fribourg.»

> Un pays où il pourrait vivre: «L’Espagne.»

> Sa musique du moment: «La house.»

> Ce qu’il regarde à la télé: «Les séries.»

> Quelqu’un qu’il admire: «Gölä, artiste à la personnalité et aux chansons magnifiques.»

> Une belle femme: «Ma copine.»

> Ses champions modèles: «Caryl Neuenschwander, qui jouait avec Fribourg-Gottéron quand j’étais junior du club, et Ari Sulander, le gardien finlandais de Zurich.»

> L’adversaire qu’il a horreur d’affronter: «Non, il n’y en a aucun. En revanche, j’adore jouer contre Davos. Avec cette équipe, le jeu est toujours rapide, toujours très dur…»

> Il ne partirait surtout pas en vacances avec: «Il y a des gens qui m’énervent, notamment en politique, mais est-ce que je les déteste? Non, je me dis toujours que ces gens-là ont leurs raisons et je ne veux pas les juger.»

> Un sport où il serait nul: «Le cheval.»

> Ce qu’un coach lui a dit de pire: «Non, je ne vois pas. Si tu fais un mauvais match, le coach te le dira et c’est normal. Les critiques des entraîneurs n’ont rien de personnel…»

> Et ce qu’un coach lui a dit de plus beau: «Ce qui m’a le plus touché n’est pas venu d’un entraîneur, mais d’un grand fan du SCB.Lors d’une séance d’autographes, cet homme était venu me dire qu’il était papa depuis peu et qu’il avait prénommé son fils Tristan.»

> Ce qui pourrait le mettre hors de lui: «Bah! c’est si on attaquait ma famille…»

> Ce qui l’effraie le plus: «Les araignées.»

> Son grand rêve: «Construire une maison, un jour, et avoir une belle famille.»

*****

BIO EXPRESS

Touché par la glace à 4 ans…

> Naissance le 7 mai 1991, à Fribourg.

> Enfance à Wünnewil puis à Courtepin avec un papa représentant et une maman comptable (aujourd’hui séparés). Sans oublier un frère, Cyrille (qui joue, lui, à Bâle).

> Habite à Fribourg et est célibataire.

> Joue au hockey depuis l’âge de 4 ans et a fait ses classes dans le mouvement junior deFribourg-Gottéron.

> A rejoint en 2007 le CP Berne, avec lequel il a débuté en ligue A en 2009 et fêté deux titres de champion suisse (2010, 2013).

> A côté de son job de hockeyeur professionnel, a suivi pendant quatre ans les cours de l’Ecole Feusi à Berne et vient d’obtenir son diplôme d’employé de commerce.

> Aime passer du temps avec sa famille et dans la nature.

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