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Les charmes du cliché instantané

Par leur format et leurs couleurs, les films Impossible rappellent les bons vieux Polaroid.
Par leur format et leurs couleurs, les films Impossible rappellent les bons vieux Polaroid.
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29.12.2014

Polaroid • Un temps menacée par le développement du numérique, la photographie instantanée gagne à nouveau des adeptes. Parce qu’elle est tangible et si imprévisible.

Aude-May Lepasteur

On la croyait condamnée par l’invention de la photographie numérique, en voie de disparition suite à la décision en 2008 de la firme américaine Polaroid de l’abandonner. Menacée par l’invention du cliché numérique, la photographie instantanée garde cependant de nombreux adeptes, et séduit même un nouveau public. Justement parce qu’elle n’est pas numérique.

«Si vous demandez à quelqu’un la dernière fois qu’il a tenu une photo dans sa main, il ne s’en souviendra pas.» Bertrand Joehr, passionné d’images instantanées, en est convaincu: à l’heure du tout numérique, ce qui plaît le plus, c’est l’objet, l’image imprimée devenue si rare. Afin de promouvoir la photographie instantanée, le Fribourgeois a créé Rent a pola, une entreprise auprès de laquelle il est possible de louer des appareils photo ancienne et nouvelle générations.

Presque impossible

Les 300 millions d’appareils vendus par l’entreprise Polaroid n’ont pas disparu du jour au lendemain. Sortis des caves et greniers, ils ont réapparu dans les brocantes ou sur internet. C’est dans un Emmaüs que Juliette Coustillac, de Fribourg, a trouvé son Polaroid 636 Close-up. «J’aime le côté authentique de l’objet, la photographie qui s’imprime tout de suite, unique.»

Unique. Alors que les photographies numériques sont infiniment reproductibles, pas question de faire des doubles des traditionnels instantanés. «Et on ne peut jamais prévoir exactement le résultat», abonde Stéphane Winter, enseignant à l’Ecole supérieure d’arts appliqués de Vevey. «Il y a un aspect très spontané.» Une part d’inconnu renforcée par le fait que les anciens films, que l’on peut encore parfois trouver sur le marché de l’occasion, commencent à se dégrader. Le Lausannois en sait quelque chose, lui qui en possède un stock important. «Même entreposés dans des conditions idéales, ils commencent à vieillir. J’ai donc décidé de tous les utiliser, mais ça va me prendre du temps.»

Il existe toutefois une alternative aux vieux films de la marque Polaroid. Impossible Project, une compagnie austro-hollandaise qui a racheté le fonds Polaroid, s’est mise à développer des films instantanés. En novembre 2014, Impossible annonçait avoir produit pour la première fois en une année un million de films. Ce sont ces derniers que Juliette Coustillac utilise. «Le développement de la photo est long (ndlr: 20 à 30 minutes), et parfois la qualité mauvaise, mais c’est tout ce qu’on trouve.»

Il faut dire que la compagnie n’a pas pu reprendre les formules chimiques de l’entreprise Polaroid. Résultat, elle tâtonne depuis plusieurs années, pour des rendus plus ou moins satisfaisants. Bertrand Joehr n’est lui non plus pas tout à fait convaincu: «J’attends avec impatience qu’Impossible fasse l’impossible.» Pour l’heure, il conseille plutôt à ses clients des appareils de nouvelle génération.

Car Fuji et Polaroid n’ont pas tardé à réinventer la photographie instantanée, cherchant à séduire des jeunes adultes pour qui l’image à bord blanc a un goût de madeleine de Proust. Au XXIe siècle, malgré leurs photos de tailles réduites, les nouveaux appareils comme l’Instax mini ou le Pic-300 convainquent plus facilement que leurs ancêtres.

Plus fiable et plus rapide

«C’est qu’ils sont plus fiables et le développement est plus rapide», relève Bertrand Joehr. Un argument important, si l’on en croit Tania Kohler, célébrante de mariage laïc basée à Fribourg. «Ce genre d’appareil est idéal dans les fêtes et les mariages, où l’on apprécie d’avoir immédiatement une photo prête à coller, dans un livre d’or par exemple.»

Moins coûteuses que les films Impossible (environ 3 fr. la photo), les photographies instantanées modernes n’en restent pas moins chères (entre 1 fr. 30 et 1 fr. 60), raison pour laquelle Tania Kohler ne les utiliserait pas au quotidien: «Pour moi, cela reste un appareil spécial, pour des événements particuliers.»

*****

Vienne en huit clichés

Le Polaroid revit aussi à Vienne, où une petite société, PolaWalk, fondée par Thomas Preyer et Gilbert Lechner, deux Viennois amoureux de cet appareil vintage, proposent des «Polawalk» dans la capitale autrichienne. Deux circuits en priorité: historique ou «urban». Gilbert et Thomas travaillent avec Impossible Project. Les amis de la balade, du tourisme et de la photo instantanée reçoivent en prêt un Polaroid, dont on avait déjà oublié l’encombrement à l’heure des petits formats digitaux.

Courte séance d’apprentissage de la manipulation de l’appareil, et surtout du traitement de la pellicule impressionnée. D’une main, on retourne l’appareil à peine le sujet immortalisé, et de l’autre, on glisse un cache sous la photo et on enfourne le tout presto dans une poche plate ou son sac à main. Maladresse et fou rire garantis.

Gilbert ou Thomas guident la petite équipe dans les rues de la ville et l’orientent discrètement vers les éléments les plus susceptibles d’être immortalisés avec succès: enseignes, sculptures, détails de porche, etc. Et comme il n’y a que huit photos disponibles, on oublie vite le réflexe de mitrailler autorisé par la technique digitale.

La prestation de Polawalk porte sur le prêt de l’appareil, les instructions, la remise d’une boîte de 8 clichés (on peut en acheter plus), couleur ou noir-blanc selon la météo du jour, et l’accompagnement. On s’amuse beaucoup, même si le résultat photographique n’est pas à la hauteur de nos espérances. (Coût de la balade, 60 fr., ou plus si on prend la journée). CDB

> www.polawalk.com

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