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Aime-toi et la vie te le rendra

Dans la série «Girls», Lena Dunham a choisi de montrer les filles telles qu'elles sont. Une manière de lutter contre le modèle unique de la beauté. © DR
Dans la série «Girls», Lena Dunham a choisi de montrer les filles telles qu'elles sont. Une manière de lutter contre le modèle unique de la beauté. © DR
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03.05.2016

Article en ligne -Web • Difficile d’accepter son corps quand il n’est pas «dans la norme». Pour dénoncer le modèle unique de la beauté et les souffrances qu’il engendre, des initiatives en tous genres fleurissent sur le net. Répertoire.

Marielle Savoy

S’aimer tel que l’on est : la chose n’est pas aisée. Que celui qui n’a jamais eu un petit coup de mou face à son miroir se dénonce. Car il est bien sûr difficile d’accepter ses défauts. «Mais comment ça, défauts?», diront certains. Ces militants d’un nouveau genre tiennent à le rappeler : nos caractéristiques englobées sous ce mot ne le sont que parce qu’elles contreviennent à une norme. Une norme bien clichée et pesante: une femme doit être fine, avoir des longs cheveux, des gros seins et une peau parfaitement lisse. Un homme doit être grand, musclé et avoir la mâchoire un peu carrée. Depuis quelques temps, les détracteurs du modèle unique de beauté se font de plus en plus présents, notamment sur internet. A coup d’actions en tous genres, ils tentent de rappeler que nos différences ne font pas de nous des parias et que chacun peut rayonner à sa manière, à condition de s’accepter.

Les people féministes

Il y a d’abord ces personnalités qui profitent de leur notoriété pour s’insurger contre les modèles imposés par la société. La reine, dans le domaine, c’est Lena Dunham. La réalisatrice américaine de la série Girls, qui est aussi actrice et auteur, a choisi de montrer sur petit écran la vie réaliste de filles comme tout le monde. Pas question de gommer leurs maladresses, et encore moins leurs défauts physiques! Elle le rappelle aussi dans son livre «Guide à l'usage des filles d'aujourd'hui»: les vraies nana ont de la cellulite et une tête de zombie le matin, et c’est tant mieux. Dans un genre un peu différent, la comédienne et humoriste Amy Schumer s’insurge régulièrement contre les «étiquettes inutiles réservées aux femmes», que ce soit dans des interviews ou sur sa chaîne youtube.

Mais plus récemment, c’est l’illustratrice Diglee qui a fait parler d’elle en postant sur son blog un long billet, dans lequel elle explique comment elle en est venue à refuser le contrat d’un éditeur parce qu’il voulait impérativement qu’elle amaigrisse un personnage féminin pourtant décrit comme «tout en formes» par son auteur : «Mon rôle, en tant qu’illustratrice, c’est aussi d’injecter ma vision des choses, d’amener quelque chose de moi dans un dessin qui m’est demandé. Si l’auteure précise qu’elle est « tout en formes », c’est que cela doit apparaître, cela doit se voir. Et cela ne passe pas que par une belle paire de seins (tout le monde  n’a pas le coach sportif de Scarlett dans la vie)», a notamment rétorqué Diglee dans sa réponse cinglante au fameux éditeur. Pour permettre à la communauté des internautes de partager des expériences du  même type, l’illustratrice a d’ailleurs imaginé un hashtag: #TuPeuxJusteChanger. Il fait référence à tous ceux qui lui ont demandé un jour : « Tu peux juste lui raboter un peu la hanche ? Elle est trop marquée» ou encore «Tu peux juste la rendre plus féminine ?»

Les anonymes militantes...

Bien que le problème du modèle unique de beauté ne concerne pas que la gent féminine, ce sont la plupart du temps des femmes qui s’expriment à ce sujet sur Internet. Récemment, une mannequin qui s'entendait régulièrement reprocher d'être trop grosse a publié une vidéo qui a provoqué un véritable buzz sur la toile. Les images montrent son corps longiligne, vêtu d’un simple maillot de bain, tandis que la voix off précise que c’est justement ce corps qui est rejeté par l’industrie de la mode. La Suédoise en a profité pour encourager chaque personne à s’aimer et à ne jamais se laisser influencer par le jugement des autres.

Au Québec, une certaine Vanessa Lamy a aussi fait parler d’elle en publiant sur Internet une image d’elle sur le modèle «avant/après». Mais au lieu de montrer un corps amaigri par un régime et sculpté par des séances de sport, la photo «après» montre la jeune femme plus en chair que sur le premier cliché. «Je te souhaite à toi aussi de comprendre que, pour t'aimer, il ne suffit pas de suivre un régime. Accepte toi tel que tu es, avant de commencer à vouloir t'améliorer, sinon la vie va te ramener tout ce dont tu croyais t'être débarrassé», a-t-elle notamment écrit sous la publication.

... et autres projets

Différentes campagnes ont  également eu pour objectif, ces derniers mois, de montrer la diversité des corps et de lutter contre l’idéal véhiculé par les médias. Ainsi, toujours au Québec, une agence de communication a choisi cette thématique pour lancer une campagne de publicité pour un concours organisé par un organisme visant à prévenir et diminuer les problèmes liés au poids et à l’image corporelle dans la population. Résultat : une vidéo très parlante et un hashtag : #tournelapage (sur le diktat de la beauté).

Autre initiative, celle de la photographe américaine Jade Beall, qui a fait une série de clichés de corps de femmes après la grossesse. Son intention était de lutter contre les images retouchées et de montrer la réalité pour encourager les mamans à s’assumer telles qu’elles sont. Dans le même genre, le projet La Sainte Fresque, initié par le site Mademoizelle, propose aux femmes de poster des photos de leurs seins, en tout anonymat. Elles peuvent ensuite se rendre dans la galerie qui recense toutes ces poitrines immortalisées. La page d'accueil de La Sainte Fresque explique qu'il s'agit de voir enfin de vrais seins, trop rares à la tv et dans les magazines, histoire d'arrêter de complexer sur les siens. On mentionnera finalement le dernier calendrier Pirelli, qui a choisi de laisser tomber les canons de beauté dénudés au profit de femmes différentes. Au programme : le corps musclé et baraque de la tenniswoman Serena Williams, celui de la plus si jeune Yoko Ono ou encore celui d’Amy Schumer, justement: des femmes bien dans leur peau, pourtant loin de correspondre au fameux «modèle unique»

Alors comme le résume bien une certaine Navie dans une lettre à son corps publiée elle aussi sur le site Mademoizelle, pourquoi ne pas commencer tout de suite à dire «je t'aime» à notre corps, pour pouvoir un jour peut-être nous le dire à nous-même?

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