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Anaïs Nin: « La vie seule ne peut satisfaire l'imagination. »

Léonie Bischoff nous offre un magnifique portrait d'une Anaïs Nin fantasque et sapiophile. © Dargaud
Léonie Bischoff nous offre un magnifique portrait d'une Anaïs Nin fantasque et sapiophile. © Dargaud
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13.01.2021

L’article en ligne – BD » Anaïs Nin est une romancière et diariste qui a fait de sa vie son oeuvre.

Sheena Blezinger

Ce roman graphique nous plonge en 1930 dans la vie d'Anaïs Nin, une jeune écrivaine perdue dans son cheminement artistique, étouffée par sa vie bourgeoise et sa condition de femme du début du 20ème siècle. Cette année, Anaïs fait la connaissance de Henry Miller, lui aussi écrivain, qui va devenir son amant et l'accompagner dans son parcours d'autrice. Elle aura plusieurs relations extra-conjugales au cours de sa vie, avec des hommes et des femmes. Et c'est à travers ces relations qu'elle va s'émanciper, se découvrir et trouver sa créativité. Ce qu'elle vit et ce qu'elle en raconte deviendra son oeuvre. Elle consigne sa vie dans un journal depuis l'âge de 11 ans, quand son père, Joaquin Nin, quitte sa famille. Ce journal a été publié, après la mort d'Anaïs en 1977, ainsi que certaines de ses correspondances avec ses amants et amantes. Elle a écrit également plusieurs romans inspirés des relations qu'elle a entretenues.
 

Le titre, sur la mer des mensonges, fait référence à plusieurs aspects de la vie d'Anaïs Nin. Tout d'abord, elle ment à son mari, Hugo Guiler, afin de protéger ses aventures extra-conjugales mais également afin de le protéger lui. Elle se fait un devoir de ne pas le faire souffrir. Son mari représente son attache à la réalité, son ancrage. Elle l'aime pour sa solidité, sa bonté, sa tendresse. « J'ai besoin d'aimer Henry pour mieux aimer Hugo. » dit-elle. Anaïs ment également à la société ; ou plutôt, la société lui impose de mentir. En effet, dans la France de 1930, il n'est pas acceptable pour une femme d'avoir une sexualité, une sensualité, affichée. Elle doit donc maintenir une image de femme innocente et pudique face au monde qui lui impose ce masque. Tandis que, dans l'intimité, elle se révèle être une femme libre qui assume sa sexualité et ses désirs. Le seul endroit où son érotisme émerge est dans son journal et dans ses livres.

La beauté des images de ce roman graphique est époustouflante. Dès la première page, on se voit submergé par une immense vague qui nous entraîne vers la suite du livre. Le dessin est très doux, très léger, parfois presque évanescent. L'illustratrice, Léonie Bischoff, réussi superbement à créer différentes ambiances, tantôt sombres et lourdes, tantôt sublimes de légèreté. On se trouve transporté d'un chapitre à l'autre, d'une émotion à l'autre avec beaucoup de subtilité.

L'histoire de cette artiste, de cette femme, questionne les concepts de couple et d'amour. Le couple, et la monogamie qui va avec dans notre culture occidentale, est une notion très figée, presque intouchable. Anaïs Nin aime plusieurs personnes à la fois, de différentes manières et elle s'autorise à vivre ces amours. Elle questionne également la place des femmes dans la société ; ou la place qu'on leur laisse. Anaïs n'aura de cesse de dire qu'elle veut écrire comme une femme, que toute sa vie des hommes ont voulu la corriger pour qu'elle écrive comme eux, heureusement sans succès. Aujourd'hui, il existe un prix littéraire à son nom ; prix qui récompense une oeuvre qui se démarque par sa sensibilité singulière, son audace et son originalité. Cette histoire ne donne qu'une envie : creuser plus avant et en apprendre d'avantage sur cette femme, sa vie et son oeuvre.

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