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Et si l’on écrivait enfin en français ?

Avec le français, on n’est jamais trop prudent : autant vérifier l’orthographe d’un mot et revoir son accord des participes passés dès qu’on a un doute. © Lise Schaller
Avec le français, on n’est jamais trop prudent : autant vérifier l’orthographe d’un mot et revoir son accord des participes passés dès qu’on a un doute. © Lise Schaller
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28.10.2019

L’article en ligne – Opinion » L’orthographe est un problème pour bien des francophones. Notre chroniqueuse nous livre ses réflexions sur ce sujet parfois tabou.

Lise Schaller

Une langue, ça vit. Indéniablement. De tout temps des érudits s’en plaignent mais il semble qu’on ne puisse rien y faire. Et quand le parlé commence à trop différer de l’écrit, il faut adapter l’écrit.  Quitte à me mettre une grande partie des amoureux de la langue française à dos, j’affirmerai que les réformes de l’orthographe drastiques sont une preuve de bon sens et ne devraient plus faire l’objet de débats aussi enflammés. Ce qui doit être réformé ou non, par contre, doit être mis sur la table.

Celui qui opte pour une orthographe prescriptive verra vite ses attentes déçues, comme ce maître d’école inconnu au bataillon qui écrivait, au IIIème ou IVème siècle après J.-C., dans l’Appendix Probi : « auctor, non autor. columna, non colomna.»

De la même manière, on peut lire aujourd’hui, sous la rubrique « Dire, ne pas dire » du site web de l’Académie française, les recommandations des quarante « immortels » quant aux néologismes peu recommandables ou à l’emploi fautif d’un mot. Et selon l’Académie, il y en a un tas, de ces emplois fautifs.

Eloignons-nous un instant du sujet de l’orthographe. Il serait par exemple préférable d’éviter l’usage familier c’est selon. Même si les immortels le qualifient « tic de langage », ils ne peuvent que concéder, à la fin de l’article, que cette tournure ne « sera pas condamnée ». C’est qu’on ne peut rien faire contre l’usage.

L’emploi de conséquent pour dire important ou gros a été, lui, jugé plus crûment de « barbarisme ». Pour justifier la condamnation de cet emploi – pourtant en usage depuis plus de 150 ans – l’Académie nous indique que conséquent est issu du verbe latin sequi, qui veut dire suivre et que son emploi dans le sens d’important n’est donc pas justifié. Et alors ? Le locuteur lambda n’a cure de l’étymologie si elle ne saute pas aux yeux. De plus, pas besoin d’être linguiste pour comprendre que les glissements sémantiques – les changements de sens – sont chose courante. Si l’on suivait la logique de l’Académie, on ne devrait donc employer « oiseau » qu’au sens de « petit oiseau » (oiseau < oisel < aucellus < avicellus, « petit oiseau ») et « oie » qu’au sens général d’ « oiseau » (oie < oe < auca < avis, « oiseau »), au nom de l’étymologie. Ça serait du joli.

Le français est une langue vivante. Personne n’osera affirmer le contraire. Il semble cependant que son orthographe soit figée depuis trop longtemps; ainsi, clé a gagné son entrée dans le dictionnaire aux côtés de l’orthographe clef (issu du latin clavis, clé) mais cerf – le pauvre ! – n’a pas encore laissé tomber son f. Ce genre d’orthographes dépassées donne lieu à des commentaires plutôt amusants dans les dictionnaires, tels que, pour notre cerf : « f ne se prononce pas ». Dans ces circonstances, il n’est pas du tout étonnant que la plupart des francophones écrivent comme leurs pieds. 

En passant, la cohabitation pacifique de clef et clé est la preuve qu’une nouvelle orthographe peut être introduite sans pour autant qu’on doive supprimer l’ancienne. L’usage décidera, au fil des prochaines générations, si l’ancienne version doit être abolie.

En parlant d’inconséquence, le mot autrice, pourtant employé jusqu’au début du XXème siècle, n’a pas encore retrouvé, après son abolition, son entrée dans tous les dictionnaires. L’Académie se justifie en arguant qu’elle « n’a pas pour vocation de recenser la pluralité des usages en train de naître ou de se former, mais de dire le « bon usage » dès lors qu’il est établi et consacré ». Ah bon ? Pourquoi trouve-t’on alors encore dans le dictionnaire des mots abandonnés tels que sagette ? Allez savoir.

Dans le même ordre d’idées, je me mettrai la plupart des francophones cultivés sur le dos en haussant le drapeau de l’abolition de l’accent circonflexe. « Et l’étymologie ? », lancera l’opposition. Derrière cette justification, j’entends plutôt « pédantisme conservateur ». Ecrivez donc, conscients des racines latines, altre et non autre ; Caesar et non César. Ou écrivez en proto-indo-européen. Ça sera sans moi.

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