La Liberté

Invisible dysorthographie

Philip Vuitel, 15 ans, est dysorthographique. Un handicap invisible qui
complique sa scolarité ainsi que ses choix professionnels. Témoignage.

Grâce à différents logiciels, écrire des textes devient plus simple pour les dysorthographiques. ©Héloïse Hess
Grâce à différents logiciels, écrire des textes devient plus simple pour les dysorthographiques. ©Héloïse Hess

Miriam Gfeller

Publié le 08.04.2023

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Langage» «La dysorthographie, tout comme la dyslexie, est un trouble spécifique de l’apprentissage qui touche au code du langage écrit», explique Mathilde Goumaz, directrice du programme Dys chez Proactif à Vevey et formatrice d’adultes spécialisée dans ce domaine. «Lié à la mise en place de l’orthographe, il prend sa source dans un fonctionnement neurologique inné différent de celui des normo-apprenants.» Les difficultés rencontrées lors de l’écriture ne viennent donc pas d’un manque de volonté de la part des personnes atteintes, mais bien d’un handicap. C’est ce que Philip Vuitel, dyslexique et dysorthographique de 15 ans, aimerait que les gens comprennent.

«Il est possible d’apprendre à maîtriser des outils et un lexique qui suffisent pour faire des études supérieures.»
Mathilde Goumaz

Son parcours scolaire a été marqué par des mauvaises notes et des ratures, qui ne reflètent pas sa capacité à comprendre les cours. «Je n’arrive pas toujours à écrire ce que mon cerveau pense, en primaire j’étais toujours à la ramasse alors que pour les autres c’était facile», se confie-t-il.

Un jeu de hasard

«Dans ma tête, c’est un peu comme une roulette de bingo qui tourne et qui s’arrête sur une orthographe au hasard. Eau, au, o. Dans un texte où il y a plusieurs fois le même mot, je ne remarque pas toujours que je l’écris différemment», commente Philip. L’orthographe étant majoritairement arbitraire, il est difficile de s’appuyer sur la logique pour faire face à ces erreurs. Sans soutien et sans connaissance des outils qui existent, certains jeunes commencent leur formation professionnelle en écrivant phonétiquement. «C’est dommage, car il existe des solutions. Il est possible d’apprendre à maîtriser des outils et un lexique qui suffisent pour faire des études supérieures», s’attriste Mathilde Goumaz.

«Je me sentais moins seul, être avec d’autres dys me rendait moins différent»
Philip Vuitel

Les mesures de compensation des désavantages mises en place dans les établissements sont positives, mais parfois peu applicables en réalité. Philip en bénéficie depuis ses premières années scolaires. Actuellement, il a droit à un ordinateur pour les cours dans lesquels cela peut l’aider. «C’est pratique, je m’épuise et me décourage moins», explique-t-il. Des logiciels comme Lexibar, Antidote ou la dictée vocale lui permettent de corriger ses erreurs et de se concentrer sur le contenu des textes. L’année passée, ils étaient plusieurs élèves à y avoir droit, ce qu’il appréciait. «Je me sentais moins seul, être avec d’autres dys me rendait moins différent», avoue Philip.

Aujourd’hui en dernière année du CO, son avenir professionnel le questionne. Sa difficulté à s’exprimer par écrit lui ferme des portes. Mathilde Goumaz connaît bien cette situation, qu’elle rencontre souvent: «Les jeunes en souffrent, alors qu’on pourrait faire autrement. Ils sont capables de faire autre chose que ce à quoi ils sont cantonnés à faire à cause de l’école.» Elle finit sur une note positive: «Même si c’est plus difficile, choisir son métier reste possible. Des soutiens sont disponibles.» 

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