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Jouer, perdre et tout casser

Le matériel a toujours été la première victime du «ragequit». © Pierre Gumy
Le matériel a toujours été la première victime du «ragequit». © Pierre Gumy
01.04.2016

Numérique • Cette manie est bien connue des mauvais perdants: gueuler un coup et quitter la partie sous la colère. Dans le monde du jeu vidéo, le «ragequit» a très mauvaise réputation.

Pierre Gumy

Le constat est alarmant. Le nombre de claviers finissant fracassés contre un écran d’ordinateur connaît une hausse significative. Une statistique qui est intimement liée au jeu vidéo. Et elle ne va pas sans rappeler la période sombre qu’ont connue en 1995 les Monopoly. Souvenez-vous; des plateaux de jeu malmenés finissaient retournés et piétinés au sol par des mauvais perdants colériques sous le regard hébété des autres joueurs aux parcs immobiliers florissants. Un phénomène venu du fond des âges et qui entre aujourd’hui dans le monde du numérique sous le nom de «ragequit». Un mot anglais désignant le départ subit d’un joueur, pris de rage.

Les noms d’oiseaux fusent et la manette vole à travers la pièce. Bien souvent, la colère passée, le joueur penaud retrouve rapidement sa place au fond de son fauteuil pour tenter à nouveau sa chance. Mais, lors de jeu en équipe sur internet, le «ragequit» est particulièrement mal vu. «Si le joueur matraque son écran de rage pour faire comprendre à l’équipe adverse sa frustration, cela ne met aucunement fin à la partie. Seul résultat, ceux qui restent doivent aller au bout d’un match en infériorité numérique. Ça pénalise l’équipe entière et enlève tout intérêt à la partie», assure d’un ton grave Sébastien*, joueur passionné qui ne connaît que trop bien les dérives comportementales en ligne. Il continue sans quitter son écran des yeux: «Les développeurs de jeu ont donc eu la bonne idée de mettre un système de sanctions pour les joueurs quittant une partie en cours.»

«Sébastien, viens manger.» La voix venant du bas de l’escalier met notre joueur dans l’embarras. Il est au milieu d’une partie et commence à grogner: «Maman! Pas maintenant, je joue!» «Mets sur pause, Sébastien!» Soupir d’exaspération. «Je ne peux pas mettre internet en pause, maman!» «Descends maintenant ou je fais sauter les plombs!» Impuissant, Sébastien quitte la pièce, furieux contre sa mère et le reste du monde. Peu après, son équipe perd la partie et dénonce Sébastien aux administrateurs pour avoir abandonné son poste. Verdict: deux mois de bannissement sans pouvoir jouer à son jeu préféré. Face a une telle injustice, une seule envie: tout casser!

*Intervenant fictif

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