La Liberté

La grandissante solitude du fumeur de clopes

Fumer est mauvais pour la santé et la sociabilité. © Louis Rossier
Fumer est mauvais pour la santé et la sociabilité. © Louis Rossier
29.08.2017

C’est ringard! »   Espèce en déclin, les jeunes fumeurs ne sont plus les rois de la cour d’école. Mieux, de multiples pressions s’escriment à les débarrasser de leur mauvaise habitude.

En 2001, le tabagisme concernait 39,5% des 15-24 ans. Aujourd’hui, nous ne serions plus qu’un quart, selon le Monitorage suisse des addictions. C’est compréhensible: on n’a plus le droit de fumer dans les bars, le prix du paquet se compare avec celui, absurde, d’une canette de bière à Lausanne, et l’haleine enfumée a perdu en attractivité auprès du sexe opposé, si j’en crois mon budget chewing-gum mensuel. Elle est loin, la belle époque où on pouvait se prendre pour Humphrey Bogart, la classe en moins, en misant sur la sensualité d’une cigarette pour approcher une Lauren Bacall locale à la sortie du bistrot.

Il fait pas bon être jeune fumeur aujourd’hui – être un vieux fumeur, évidemment, ça n’a jamais fait envie à personne, mais on se garde d’y songer en tirant sur sa première clope. Le plus dur n’est pas la lente destruction de notre santé, que des avertissements morbides rappellent à notre mémoire sur chaque paquet, rythmant nos journées comme un métronome funèbre. Non, le pire, c’est ce rejet à demi avoué de la part du reste de la population, rejet dont nous souffrons comme toute minorité. Or, est-ce notre faute si, à table, ceux qui ne fument pas exercent une attraction magnétique sur la fumée de nos Gauloises? Ce phénomène physique qui innocente les fumeurs est scientifiquement prouvé, je l’ai lu dans une étude publiée par Philipp Morris International.

Frères humains en bonne santé qui ne buvez ni ne fumez, prenez-nous en sympathie. Vous n’imaginez pas la solitude du fumeur relégué au balcon, exposé aux bourrasques et à la pluie, qui regarde à travers la vitre ses amis rire à l’intérieur, sans remarquer son absence. Vous n’imaginez pas sa détresse lorsqu’une sèche entre les lèvres, il s’écorche les doigts sur son briquet Denner, refusant de croire qu’il ne renferme plus une goutte d’essence. Et la honte lorsque ce même fumeur doit ensuite aller de passant en passant, pour quémander du feu, essuyant, en plus de leur refus muet, le regard méprisant que les braves gens jettent indifféremment sur tous ceux qui suivent une autre route qu’eux. Il y a de quoi songer à arrêter de fumer, c’est dire si c’est grave.

Louis Rossier

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