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La montagne avant la noce

Le métier de Robin Lenzser ne l’empêche pas de mener des sorties privées, comme ici sur l’Aiguille du Chardonnet, en Haute-Savoie. © Robin Lenzser
Le métier de Robin Lenzser ne l’empêche pas de mener des sorties privées, comme ici sur l’Aiguille du Chardonnet, en Haute-Savoie. © Robin Lenzser
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19.02.2019

Le guide Robin Lenzser est le plus jeune de sa profession. Il dit sa passion

Louis Rossier

Vocation » «Quand le client te fait comprendre que ça fait 40 ans qu’il skie à Verbier, ça te met une certaine pression…» A 24 ans, Robin Lenzser est le plus jeune guide de montagne de Suisse. Il a passé son brevet fédéral en automne. L’aboutissement d’une passion qui le consume depuis l’enfance: «Mes parents ont toujours aimé la montagne, ils faisaient de la raquette et de la via ferrata.» Ce sont eux qui l’inscrivent au Club alpin de Monthey alors qu’il n’est âgé que de 11 ans. «L’idée de devenir guide m’est venue au fil des sorties, au contact des guides.»

La méfiance de certains à l’endroit de son jeune âge ne l’empêche pas de mener deux à trois sorties par semaine pour son premier hiver: «Ce qui manque en termes d’expérience, on le rattrape en énergie», estime le Valaisan. Sa formation, étalée sur trois ans, est du reste sévère: plus de la moitié des aspirants sont éliminés dès les premiers modules. Robin Lenzser a été amené à toucher à tous les aspects du métier, y compris la périlleuse escalade de paroi de glace. «Ce que j’aime le moins», grimace-t-il.

Une relève timide

Pour lui, la joie du métier est double: dans le rapport à la montagne, et dans celui aux clients. Lorsqu’on lui demande si les guides de montagne ne sont pas tous muets, il rigole: «C’est le mythe du guide de fond de vallée.» A son choix, Robin Lenzser préfère entretenir des relations plus chaleureuses avec ceux qu’il accompagne sur les cimes, bien qu’il n’ait pas encore le luxe de pouvoir trier sa clientèle. «On prend ce qui vient lorsqu’on commence», soupire-t-il. Il exerce encore en parallèle le métier de laborantin en chimie, mais espère l’abandonner à terme pour se consacrer entièrement à sa passion.

Les guides à plein-temps sont en fait minoritaires. Pierre Mathey, secrétaire général de l’Association suisse des guides de montagne (ASGM), estime leur proportion entre 25 et 30%. Est-ce qu’il voit d’un mauvais œil la concurrence amenée par les jeunes guides? «Pas du tout, balaie-t-il. La recherche d’une relève est au contraire une priorité pour notre association.» Environ 20 à 25 nouveaux guides achèvent leur formation chaque année, «mais nous préférerions nous situer entre 25 et 30», confie Pierre Mathey.

Pour expliquer la timidité des vocations, le vétéran pointe du doigt une évolution des habitudes: «La société a tendance à vouloir tout contrôler. Or, en montagne, il y a toujours une part d’imprévisibilité.» Le cadre légal qui entoure la profession au niveau fédéral depuis 2010 en serait le symptôme. Selon Pierre Mathey, les villages sont également moins isolés qu’autrefois: les différences avec la plaine s’estompent et les distractions se multiplient. Elles n’ont pas découragé Robin Lenszer: «Ah, c’est sûr, il y a des soirs où tu préfères faire la fête, reconnaît le Valaisan. Mais même quand j’étais ado, la montagne était ma priorité.»

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