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Les chroniques d'une vie exceptionnelle

«Adieu Kharkov» raconte la vie d'une vedette de cinéma des années 1960. © DR
«Adieu Kharkov» raconte la vie d'une vedette de cinéma des années 1960. © DR
05.10.2015

L'article en ligne - Critique BD • Klavdia Troubnikova est une jeune femme qui a soif d’indépendance. «Adieu Kharkov» relate son destin hors du commun et sa quête de liberté. 

Audrey Molliet

Richesse, émancipation et luxe de pouvoir vivre comme elle le souhaite… tels sont les rêves de la jeune Klavdia Troubnikova, une Russe d’Ukraine originaire de Kharkov. Cette femme, dont la vie ressemble à un roman d’aventure, n’est autre que Marie-Hélène Demongeot, actrice de cinéma, vedette des années 1960. Sa vie mouvementée est rapportée dans la bande dessinée, sortie récemment chez Dupuis, «Adieu Kharkov».

Cet ouvrage a vu le jour à travers une force créatrice 100% féminine. Les deux dessinatrices, Claire Bouilhac  et Catel, ont mis – avec talent – en images le récit des péripéties de Klavdia. Elles tirent leur inspiration des livres écrits par Mylène, la fille de Marie-Hélène Demongeot, qui avait fait la promesse à sa mère de coucher ses souvenirs sur le papier. Ces chroniques agitées de l’enfance et de la jeunesse de Klavdia Troubnikova sont douces amères et souvent poignantes. Elles expliquent comment une jeune fille avec de l’espoir et du romantisme plein la tête est devenue une femme amère qui pense qu’il faut profiter des hommes tant qu’on est encore belle.

Privée d’éducation par sa mère, qui était jalouse de sa beauté, dotée d’un père absentéiste qui s’éclipse parfois pendant des semaines entières, Klavdia n'a pas une enfance radieuse. La révolution bolchévique n’améliore en rien son sort. Ballotée par l’histoire, la famille Troubnikov doit se serrer les coudes pour y faire face. Klavdia s’échappe de l’atmosphère familiale étouffante en mariant un libraire, Boris. Vite lassée, même après la naissance de leur fils Lochka, elle s’enfuit avec sa sœur, Sis, à Shangaï. Libre, enfin ! Du moins, le croit-elle. Mariée ensuite à Fred Demongeot, un Français et le père de Marie-Hélène, Klavdia termine ses jours en France aux côtés de sa fille Mylène qui recueille les anecdotes de sa vie mouvementée.

Ces histoires, entremêlées avec des épisodes de la vie de Mylène (ou Micha, comme l’appelle sa mère), et mises en images par les talentueuses Bouilhac et Catel forment un ouvrage phare de la bande dessinée actuelle. Le découpage du scénario et sa transposition vers le dessin sont exécutés à la perfection. La patte des dessinatrices est très stylisée. Elle attire tout de suite l’œil rend bien l’action racontée. La coloration elle aussi est réussie, alternant entre teintes vives et pastelles. On regrette toutefois le remplissage parfois uniforme, notamment des cheveux, qui enlève un peu de leur dynamisme aux dessins.

Mais dans l’ensemble, «Adieu Kharkov» est une véritable œuvre d’art qui se lit d’une traite, malgré l’importance du volume. Le lecteur est captivé par l’histoire tourbillonnante de Klavdia et son œil ravi par les talentueux dessins de Catel et Bouilhac. Un «must-have», assurément.

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