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Qualifiés, et pourtant

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Publié le 22.11.2021

Bien que formés, de nombreux migrants peinent à trouver un travail ici

Nastasia Jeanneret

Emploi » Samir*, 28 ans, est arrivé en Suisse en janvier 2017. Après trois ans de collège et cinq ans d’études en droit à l’Université de Pristina, au Kosovo, il a décidé d’émigrer en Suisse: «J’ai quitté mon pays pour le travail. Là-bas, c’est très difficile d’entrer au tribunal à cause de la corruption.»

Depuis son arrivée, il cherche activement à faire reconnaître son diplôme afin d’obtenir du travail dans son domaine de compétence. «J’ai essayé de faire une reconnaissance avec swissuniversities, mais c’était compliqué. On m’a finalement retourné un document, qui n’est pas tout à fait un diplôme mais une attestation de niveau bachelor.»

«Le travail que je fais ne m’intéresse pas du tout. Si en Suisse je ne peux être ni avocat, ni juge, j’aimerais pouvoir être conseiller, taxateur ou encore travailler dans l’administration publique.»
Samir

Malgré ses nombreuses démarches auprès de différentes institutions, il regrette de ne pas avoir reçu de conseils sur ce qu’il pouvait faire avec cette équivalence et ses compétences: «Je suis allé chez un conseiller en orientation. Il m’a dit qu’il ne s’occupait pas de ça. Pareil à la commune et dans tous les bureaux où j’ai présenté mon dossier. Je suis perdu, je ne sais plus à qui m’adresser.»

«Fâchés, déçus, frustrés»

Audrey Molliet est étudiante à la Haute Ecole de travail social et travaille chez Caritas Fribourg comme assistante sociale en formation. Elle explique avoir reçu des personnes migrantes ayant terminé une formation supérieure dans leur pays d’origine, qui souffrent du manque de reconnaissance de leurs compétences professionnelles en Suisse. «Il m’est arrivé de voir d’anciens universitaires qui n’arrivaient pas à faire reconnaître leur diplôme. Ils étaient fâchés, déçus et frustrés. C’est dur d’avoir eu un poste de cadre dans son pays et d’avoir le sentiment qu’ici, même pour des postes moins qualifiés, on ne les veut pas.»

«C’est dur d’avoir eu un poste de cadre dans son pays et d’avoir le sentiment qu’ici, même pour des postes moins qualifiés, on ne les veut pas.»
Audrey Molliet

Elle souligne la dimension parfois arbitraire du décrochage d’emploi: «La manière de se présenter, la maîtrise de la langue ou l’intégration sociale sont des éléments décisifs. Mais il y a également beaucoup d’aspects sur lesquels l’individu n’a aucune prise. C’est un peu la chance d’être au bon endroit au bon moment.»

Aussi, elle regrette de ne pas toujours savoir où orienter les demandeurs d’emploi: «En Suisse, il existe peu de mesures d’insertion en dehors de celles prévues par l’assurance-chômage. De plus, il est complexe de faire reconnaître des formations effectuées à l’étranger.»

Compétences variées

Aujourd’hui, Samir travaille dans une entreprise d’installation d’eau: «Le travail que je fais ne m’intéresse pas du tout. Si en Suisse je ne peux être ni avocat, ni juge, j’aimerais pouvoir être conseiller, taxateur ou encore travailler dans l’administration publique. Je pourrais faire plein de choses plus proches de mon domaine de compétences.»

Cette souffrance est telle qu’il pense parfois à abandonner: «Peut-être qu’un jour je retournerai au Kosovo. Je ne peux pas travailler dans le bâtiment alors que j’ai étudié toutes ces années dans mon domaine», déplore-t-il.

*Prénom d’emprunt

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