La Liberté

Saut à l’élastique: arrête de réfléchir, et saute!

Quelques instants avant le grand saut…  © DR
Quelques instants avant le grand saut… © DR


26.09.2017

J’ai testé pour vous »   En Valais, Bungy Niouc propose le saut à l’élastique depuis un pont suspendu. Au programme, 160 mètres de chute libre!

J’englobe du regard la vallée de Niouc, dans le val d’Anniviers, en Valais. Il fait gris. Les nuages plongent les environs dans la brume. Je ne ressens rien. J’agis tel un automate. Un instructeur m’habille de harnais, afin de soulager mon dos de l’impact à venir. Il m’invite à m’asseoir pour m’expliquer ce qu’il va se passer.

Je vais sauter. Une chute libre de 160 mètres, avant que l’élastique ne me rattrape, pour un rebond de 30 mètres. Une fois immobile, je devrai tirer sur la corde noire, là, pour me retrouver en position assise. Il m’enverra ensuite une bouée, que je crocherai pour remonter.

Une main rassurante se pose sur mon épaule. Cette jeune fille sait qu’après moi, c’est elle qui y passe. Le moniteur nous réunit pour une photo. J’offre mon plus beau faux sourire. Il demande ensuite si je suis prêt. Je réponds que oui. Il m’approche du vide. Je m’accroche à la rambarde, et sans le vouloir, jette un coup d’œil en bas.

Je suis pris d’un violent tournis. Je sens que ça ne va pas le faire, que je ne vais pas oser. La voix de l’instructeur continue posément: «Lâche quand tu es prêt. Puis je compte jusqu’à 5.» Quand je suis prêt? La bonne blague, je ne serai jamais prêt! J’inspire lentement. Je déteste me voir comme ça, si fragile. Dans un élan de colère, je m’oblige à lâcher la barre. Je n’étais pas prêt. Tant pis. J’entends l’autre qui décompte, 5,4,3,2,1…

Au zéro, je me laisse tomber. Je n’ai pas réfléchi. Et là, le sol se rapproche. Le vent siffle dans mes oreilles. Je suis muet, perdu. C’est la fin. Quand soudain, on me retient par les jambes. Le sang remonte dans mon crâne. Subitement éveillé, je me mets à hurler. C’est magnifique, cette sensation, ce… je retombe. Cette fois, je crie à chaque rebond. Lorsque enfin je ne bouge plus, je m’encourage moi-même et tire sur une corde pour m’asseoir. La bouée arrive. C’est à peine si j’arrive à bouger ma main pour la saisir. On me remonte comme ça, recroquevillé sur moi-même. On me hisse sur le pont. Je tremble comme une feuille. J’éclate de rire, à la fois nerveux et heureux. Et c’est stupidement que je réponds, lorsqu’on me demande si ça va: «On recommence?»

Leonardo Gomez

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