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Stagiaire à l’HFR en temps de crise sanitaire, elle raconte

«Le stage, c’était prévu. Le virus, non», déclare notre chroniqueuse. © Margot Knechtle
«Le stage, c’était prévu. Le virus, non», déclare notre chroniqueuse. © Margot Knechtle
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11.05.2020

Santé » Dans le cadre de ses études, Margot Knechtle effectue un stage de huit semaines aux urgences de l’HFR à Tavel. Du jour au lendemain, le coronavirus a transformé son quotidien. Elle raconte

«Au début, c’est comme d’habitude: les gens se cassent la figure, se sentent fatigués et malades ou ont des gros bobos. Alors on les soigne et ils repartent à la maison. Mais voilà que le virus débarque, le fameux, celui dont le nom nous faisait lever les yeux au ciel, tellement on en entendait parler.

Un jour, un homme entre: il a des douleurs au thorax, de la toux et de la fièvre. Je le vois souffrir, suer, gémir pendant qu’on le manipule de tous les côtés. Une prise de sang à gauche, la tension à droite et le frottis dans la bouche. En tant que stagiaire, je me mets en retrait pour laisser mes collègues faire leur travail. Je lis le nom et la date de naissance sur le bracelet du patient et me dis qu’il n’est pas assez vieux pour être aussi malade.

Quand je lis son nom à nouveau, c’est dans le journal: emporté par le Covid-19.

Les semaines se suivent, les urgences se vident. A croire que les gens n’osent plus franchir les portes d’un hôpital. Alors nous, on attend, on papote entre nous ou avec les civilistes, on nettoie, on observe, on range. Viennent enfin quelques patients. La peur des hôpitaux se dissiperait-elle? Au fur et à mesure des semaines, de plus en plus de nouvelles têtes apparaissent: des fumeurs se plaignent d’une toux plus fréquente, un homme tremble tant il craint avoir attrapé le virus, tandis qu’une vieille dame, même mal en point, garde son humour et sa bonne humeur, et ça nous redonne de l’énergie. Quand la morosité nous entoure toute la journée, un sourire et un merci peuvent vite nous réchauffer le cœur.

Nous, on s’enferme et on s’expose au virus, parce que c’est notre travail. Et il y a les autres, ceux qui s’exposent parce que «c’est qu’une grosse grippe, ça ne va pas m’empêcher d’aller voir mes amis. Le confinement, c’est pour les faibles.» Eux, ils me font pleurer, ils me mettent en colère. Je me lève le matin de mauvais poil, j’arrive au travail la mine triste et grimaçante. Heureusement, il y a la petite dame qui, quand je m’excuse de lui faire mal au moment de piquer, me dit: «Mais bon, il faut bien que ça fasse mal parfois!» Margot Knechtle

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