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Un métier prédéfini?

Les métiers genrés sont difficiles à intégrer pour les jeunes du genre opposé

Marusca Frossard, mécanicienne de formation, en plein travail. © Héloïse Hess
Marusca Frossard, mécanicienne de formation, en plein travail. © Héloïse Hess

Clem Chuat

Publié le 06.08.2022

Temps de lecture estimé : 3 minutes

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Société » Dans les métiers de la technique, on retrouve tendanciellement une majorité d’hommes et, dans l’éducation, une majorité de femmes. Ces métiers font partie de ce qu’on nomme les «métiers genrés».

Selon Sylvie Villa, fondatrice de la structure LYVA, qui a pour but d’aider les jeunes filles à découvrir les métiers masculins, ces distinctions viennent du contexte social dans lequel nous vivons: «Dès tout petit, on entend que les garçons sont doués en maths et que les filles le sont moins. On félicite même une jeune pour la propreté de son graphique dans ses exercices, mais un jeune pour la justesse de ses calculs. Les différences sont alimentées tout au long des formations. Les jeunes se conforment souvent à ces classifications», constate Sylvie Villa.

Les personnes qui sont du genre minoritaire dans ces métiers peuvent rencontrer certaines difficultés ou facilités. «Les hommes sont très recherchés dans les garderies, cela amène du changement», confie Arthur Desplan, 22 ans, assistant socio-éducatif. Il ajoute que l’intégration dans les équipes est facile: ayant toujours été le seul homme, il avait parfois l’impression d’être une sorte d’attraction. Il déplore toutefois que ce sont souvent les hommes qui finissent par prendre le rôle de directeurs dans les garderies.

Un caractère bien trempé

«Ces distinctions viennent du contexte social dans lequel nous vivons»
Sylvie Villa

Pour les femmes exerçant un métier masculin, d’autres problèmes se présentent: «Il faut avoir un caractère bien trempé, sinon on se fait marcher sur les pieds», explique Marusca Frossard, 22 ans. Cette mécanicienne avoue aussi avoir eu des difficultés à trouver une place d’apprentissage: «Les patrons ont peur d’engager des filles dans une équipe principalement masculine.» Dans son expérience, Marusca a bien été intégrée dans l’équipe: «Je suis vite devenue la chouchou», confie-t-elle.

Les avis sont partagés lorsqu’un jeune se lance dans un métier où son genre est minoritaire. Les commentaires négatifs et décourageants sont fréquents. Des mots comme: «Une fille n’a pas sa place dans un atelier de mécanique, elle n’a pas assez de force. De plus, tu n’oseras pas te salir les mains», sont parvenus aux oreilles de Marusca. Ces remarques viennent des proches, mais aussi de clients. De son côté, Arthur a senti que certains parents étaient refroidis à l’idée de laisser leurs enfants à un homme.

Pour lutter contre les préjugés de genre dans les métiers, il faudrait «montrer des exemples tangibles, car l’humain agit par mimétisme», estime Sylvie Villa. Cette professeure en ingénierie à la HES-SO a mis sur pied la structure LYVA, afin d’aider notamment les femmes à intégrer les métiers de la technique. Mais la solution parfaite n’existe pas: «Après 20 ans, j’ai toujours écho des mêmes difficultés de la part des jeunes filles», conclut-elle.

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