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Mille ans de pèlerinages à Einsiedeln

Le Musée national suisse met en lumière les trésors historiques de la célèbre abbaye bénédictine

Saint Meinrad est le ­fondateur 
du premier ­ermitage 
vers 860. © Musée national suisse
Saint Meinrad est le ­fondateur 
du premier ­ermitage 
vers 860. © Musée national suisse
Les ­couronnes de la Vierge et de l’Enfant Jésus ont été réalisées vers 1850/60. © Musée national suisse
Les ­couronnes de la Vierge et de l’Enfant Jésus ont été réalisées vers 1850/60. © Musée national suisse
Une copie de 
la Vierge d’Einsiedeln, dont l'originale a été sculptée par Joseph Kälin vers 1700/25. © PFY
Une copie de 
la Vierge d’Einsiedeln, dont l'originale a été sculptée par Joseph Kälin vers 1700/25. © PFY

Pascal Fleury, Zurich

Publié le 16.09.2017

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Exposition »   A force d’entendre parler de Compostelle, Fatima, Lourdes, Rome ou Jérusalem, on en oublierait que la Suisse abrite l’un des sites de pèlerinages les plus anciens et les plus prestigieux de la planète: Einsiedeln. Dès aujourd’hui et pour quatre mois, le Musée national suisse, à Zurich, consacre une très riche exposition à l’histoire millénaire de cette abbaye bénédictine et de ses pèlerins.

Pour la première fois de son histoire, le monastère a accepté de sortir de ses murs quelque 350 objets de collection datant du IXe au XXe siècle. Leur témoignage «ouvre véritablement un monde», se réjouit la commissaire de l’exposition Christine Keller. Ils racontent l’histoire de ce haut lieu de pèlerinage, qui a connu de nombreux moments fastes, mais aussi de graves crises, comme sa fermeture durant la Révolution française. Ils mettent aussi en lumière le culte marial, et éclairent finalement tout un pan d’histoire politique et religieuse de la Suisse.

Meinrad, saint fondateur

Tout commence au IXe siècle, lorsque Meinrad, un moine bénédictin, s’installe dans la «Forêt obscure», au sud du lac de Zurich. Il érige un ermitage et une chapelle et a pour fidèles compagnons deux corbeaux apprivoisés. Selon la légende, il est assassiné en 861 par deux brigands. Meinrad sera canonisé en 1039. Après sa disparition, d’autres ascètes, comme le noble Bennon, reprennent le flambeau.

Une communauté religieuse est constituée. Elle adopte la règle de saint Benoît et édifie le premier monastère en 934. Le duc de Souabe Hermann Ier et son épouse Regilinde, abbesse laïque du couvent féminin zurichois dédié à Félix et Regula, comptent parmi les premiers fondateurs de l’abbaye.

Au Xe siècle, le monastère est soutenu, tant politiquement que spirituellement, par la dynastie ottonienne, principalement par le futur empereur Otton Ier. Des documents impériaux, présentés dans le cadre de l’exposition, témoignent de ces liens étroits et du premier âge d’or du monastère.

Son succès comme lieu de pèlerinage, l’abbaye d’Einsiedeln le doit à la «dédicace miraculeuse», une bulle papale attribuée à Léon VIII. Selon ce parchemin, qui est en réalité un faux, le Christ lui-même aurait consacré la nouvelle chapelle érigée à l’endroit de l’ermitage de Meinrad, durant la nuit du 14 septembre 948. Ainsi élevé au rang des sanctuaires choisis par Dieu, Einsiedeln devient un lieu de grâce, toujours plus fréquenté. En 1466, par exemple, 130 000 personnes se pressent à la célébration de la «dédicace miraculeuse».

Vierge noire vénérée

Depuis le XIIe siècle, les pèlerins viennent prier la Vierge Marie dans la chapelle du sanctuaire. La sculpture actuelle est l’œuvre d’un artiste inconnu du XVe s. La mère du Christ est mise en scène à la façon baroque, debout, Jésus dans les bras. Mère et enfant sont vêtus d’une cape richement brodée, dont l’abbaye possède aujourd’hui 35 modèles aux couleurs de l’année liturgique. Dix-huit d’entre eux sont exposés au musée. La Vierge arbore aussi un sceptre et de riches bijoux témoignant de la générosité des pèlerins.

Comme dans d’autres lieux de pèlerinage (Montserrat, Czestochowa, etc.), la Vierge a la peau noire, une référence au Cantique des cantiques qui dit «Je suis noire, mais je suis belle». De nombreux ex-voto, images peintes, figurines en cire, cœurs en argent ou lettres pieuses attestent de la grande reconnaissance des pèlerins, qui remercient Marie d’avoir exaucé leurs vœux.

Aujourd’hui, Einsiedeln accueille plus d’un demi-million de pèlerins par an, qui marchent sur les pas d’illustres visiteurs, comme Nicolas de Flue, Pierre Canisius ou le pape Jean-Paul II, mais aussi Goethe, Mendelssohn, Napoléon III, Soljenitsyne, Thatcher, Bush senior ou le dalaï-lama. «Nous recevons des visiteurs du monde entier, de toutes cultures, couches sociales et religions», affirme l’abbé d’Einsiedeln, Urban Federer. De nombreux pèlerinages africains, vietnamiens, sri-lankais, philippins, indiens ou encore celui des gens du voyage de Suisse, y sont organisés. Pas étonnant, avec pareille vitalité, que l’abbaye ait d’abord hésité, lorsqu’on lui a proposé… d’entrer au musée!

L’abbaye d’Einsiedeln – 1000 ans de pèlerinages, exposition du 16 septembre 2017 au 21 janvier 2018, Musée national suisse à Zurich.

Rens.: www.nationalmuseum.ch

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