La Liberté

A contre-courant

A contre-courant
A contre-courant
18.09.2019

Gilbert Casasus

Opinion » Cet article ne va pas faire plaisir à tout le monde. D’ailleurs, il n’a pas été écrit pour plaire. A l’heure où tout art de la séduction est immédiatement suspecté de harcèlement, un nouveau mainstream intellectuel s’installe subrepticement dans une pensée occidentale, où une pudibonderie renaissante se dilue à petites doses dans un sentiment moralisateur de culpabilité, de repentance et d’autoflagellation. Pris pour cible de toutes parts, l’ennemi de prédilection ne serait aujourd’hui autre que l’eurocentrisme, comparé à une nouvelle forme éhontée de néocolonialisme.

Cela peut se concevoir, sauf que c’est faux. Non que l’histoire de l’Europe soit sans failles et que son passé fasciste ou nazi puisse un jour être absous. Mais que l’on se garde bien de désigner les coupables là où ils ne sont pas. A ne s’en prendre qu’à soi-même, on oublie les combats menés jadis au nom de l’émancipation. Aujourd’hui, remplacée par quelques comportements plus petits-bourgeois que libérateurs, celle-ci se cantonne dans la dénonciation de gestes certes inacceptables, mais placardés avec plus de véhémence que ne l’est la condamnation des sévices ou mutilations corporelles et sexuelles infligées à des centaines de milliers de femmes à travers le monde. Prise au piège d’un dialogue des cultures, souvent plus hypocrite que vertueux, l’Europe manque alors de courage pour afficher son dégoût face au sort que certains Etats ou certaines communautés réservent à la gent féminine.

A la seule évocation de cette critique, on entend déjà mugir les soldats de la lutte anti-islamophobe. Se drapant d’un costume antiraciste pour défendre leur religion, ce qui est légitime, ils accusent alors les Européens de souiller le monde musulman, ce qui en revanche est totalement inexact. Parce que héritière des Lumières qu’elle a vu naître sur son sol, l’Europe ne saurait succomber à une nouvelle attitude culturelle, où le seul droit de réprouver des pratiques religieuses entraînerait immédiatement des représailles ou autres attaques infondées aux conséquences des plus tragiques. Concept pour le moins ambigu, l’islamophobie ne sert trop souvent que de paravent idéologique pour dénaturer l’essence même des libertés que les sociétés européennes accordent à toutes les personnes qui croient ou ne croient pas.

Perçu comme l’expression d’une domination sur le reste du monde, l’eurocentrisme n’a pas encore su se défaire de la mauvaise image de marque qui, aussi par sa propre faute, lui colle toujours à la peau. Que l’Europe ait été coupable, nul, Européens en tête, ne saurait le contester. Mais à ne vouloir que trop la mettre sur le banc des accusés, le risque d’une singulière et dangereuse réécriture de l’histoire pourrait encourager les pires dérives auxquelles les dévots de la pensée antieuropéenne auraient également très largement contribué. Car, même si cela peut surprendre, il est aujourd’hui beaucoup plus facile, voire plus désinvolte, d’être contre l’Europe que pour elle.

Articles les plus lus
Abonnez-vous pour 9.-/mois
Abonnez-vous pour 9.-/mois
Suivez-nous sur insta

L’actu de votre région aussi sur @lalibfribourg

Dans la même rubrique
La Liberté - Bd de Pérolles 42 / 1700 Fribourg
Tél: +41 26 426 44 11 / Fax: +41 26 426 44 00