La Liberté

L’étrange hallali du Conseil d’Etat

28.07.2018

Louis Ruffieux

Devoir estival: la lecture des audits sur la comptabilité de l’Hôpital fribourgeois et les salaires accordés aux nouveaux collaborateurs. Le diptyque a été chapeauté par l’Inspection des finances. Les différences d’appréciation de ces deux études sont telles, entre le Conseil d’Etat et le conseil d’administration de l’HFR, qu’une plongée à la source s’impose, sans en attendre un effet rafraîchissant… Ce qui douche surtout le journaliste habitué au reproche d’exagération adressé par les politiques à «la presse», c’est l’inversion des rôles sur ce dossier-là. Le président du gouvernement ferait un bon titreur dans un canard obligé de survendre ses sujets pour se vendre.

La gestion financière de l’HFR relève-t-elle du «chaos», comme l’a dit Georges Godel? L’audit montre l’extrême complexité comptable d’un hôpital déployé sur cinq sites, dont la comptabilité analytique comprend 388 comptes, 581 centres de coûts, 600 étapes de répartition et 360 clefs de répartition… On est donc loin du carnet du lait. L’HFR a obtenu une certification pour la tenue de sa comptabilité analytique. Mais l’Inspection des finances le coiffe d’un bonnet d’âne pour l’usage qu’il en fait, ou plutôt pour l’impossibilité de l’utiliser comme boussole de gestion.

La septantaine de recommandations faites à l’HFR, la plupart d’ordre technique, vise à affiner et à améliorer les flux d’information, les procédures de suivi et de contrôle. Quant à l’analyse des salaires initiaux accordés, elle relève «plusieurs cas» où, dans des fonctions administratives et techniques, l’Hôpital s’est montré plus généreux que ne l’aurait été l’Etat (en 2016 et 2017, l’HFR a engagé 834 collaborateurs, hors apprentis et stagiaires). L’application des recommandations débouchera sans doute sur quelques économies, mais bien éloignées du déficit de l’HFR – 22 mio au budget 2018.

Le dégât d’image, lui, n’est pas chiffrable. Dans tout autre domaine relevant de sa surveillance ou responsabilité, le Conseil d’Etat aurait certes déploré les grosses lacunes mises au jour par les audits, mais en les contextualisant et en jouant l’apaisement. L’HFR n’a pas bénéficié de cette pondération. Alors qu’il doit se battre pour «rapatrier» les hospitalisations extracantonales, le voilà abattu par ce cuisant désaveu gouvernemental, amplifié par les mégaphones des partis politiques qui ont suivi le chef de meute sans prendre la peine d’un regard critique sur l’étrangeté de l’hallali. Pourquoi tant de hargne envers l’hôpital public?

Car enfin, en montrant du doigt le conseil d’administration de l’HFR, le Conseil d’Etat ne s’accuse-t-il pas lui-même, lui qui a confirmé voilà moins d’un an les administrateurs aujourd’hui visés? Et quand son président se dit «choqué» par l’ampleur des problèmes constatés au sein de la plus importante institution publique du canton, le citoyen doit-il s’inquiéter de ce qui pourrait se passer ailleurs, à la barbe de l’Exécutif? D’autant plus qu’à l’HFR, ce dernier est représenté par la directrice de la Santé qui a, c’est vrai, publiquement avoué son impuissance à faire bouger les lignes au sein de l’organe faîtier. Mais n’a-t-elle pas davantage été écoutée au Conseil d’Etat ces dernières années? Malaise.

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