La Liberté

«A 21 heures, tous les soirs, je sonne ma cloche»

René Prêtre a pris la plume aujourd'hui. (KEYSTONE/Gaetan Bally) © KEYSTONE
René Prêtre a pris la plume aujourd'hui. (KEYSTONE/Gaetan Bally) © KEYSTONE
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26.03.2020

La pandémie de coronavirus les prive de contacts avec l’extérieur, par mesure de sécurité. La Liberté n'abandonne toutefois pas les aînés. Aujourd'hui, c'est le chirurgien René Prêtre qui prend la plume.

René Prêtre

Chers aînés, vous serez sûrement un peu surpris de me lire, moi un spécialiste de l’enfance. Mais je sais que vous appréciez mon travail, parce qu’il touche le cœur des enfants, enfants qui pourraient être vos petits-enfants, eux que vous chérissez tant.

Il y a deux semaines, les directions de nos hôpitaux nous exhortaient à reporter toute opération non urgente pour être en mesure d’affronter l’épidémie déferlant sur nous. Cette réduction des programmes opératoires n’allait pas toucher toutes les spécialités de la même manière. On imagine bien, d’un côté, la chirurgie esthétique à l’arrêt complet alors que d’un autre – les interventions sur les artères coronaires, par exemple – on ne s’attend qu’à un léger fléchissement d’activité. Et mon équipe dans tout cela, où se situe-t-elle? Eh bien, nous n’avons pas encore constaté de relâchement, même si celui-ci nous est annoncé. Ainsi donc, rien que la semaine dernière, nous avons opéré chaque jour un enfant (dont trois nouveau-nés) et réalisé une transplantation cardiaque chez un adolescent. Cette semaine, deux autres nouveau-nés viennent bousculer le programme établi.

« Applaudissez nos soldats qui, au front, se battent avec tant de bravoure »

René Prêtre

Ni mon équipe ni moi-même ne sommes en première ligne pour accueillir et soigner les victimes de ce satané virus. Ce n’est donc pas nous qui méritons votre admiration, mais eux, ces appelés des tranchées: ces infirmières et infirmiers, ces médecins bien sûr, mais aussi toutes ces personnes qui gravitent autour de ces malades. Ce sont eux qui, quotidiennement, s’aventurent dans ce chaudron viral, non sans se demander, parfois, s’ils ne sont pas en train de sacrifier une part de leur santé. Leur courage et leur dévouement ont des élans héroïques, chevaleresques. Ils rejoignent ceux de ces braves des temps anciens qui combattaient ces épidémies – comme les vagues de typhus –, lesquelles emportaient, à chaque coup de faux, leur part de soignants.

Nous savons que vous aimeriez bien nous aider. Vous n’avez pourtant que ce confinement et peut-être vos prières à nous offrir. Mais offrez-les-nous! L’un et l’autre nous aident, l’un et l’autre nous sont importants. Et peut-être encore ce dernier geste de reconnaissance: à 21 h, applaudissez nos soldats qui, au front, se battent avec tant de bravoure. Moi, je le fais avec une grosse cloche d’alpage. Elle a été fondue à mon nom par le papa d’un enfant à qui j’avais réparé le cœur. J’ai longtemps pensé qu’elle n’aurait qu’une valeur décorative, jusqu’à aujourd’hui où, tous les soirs, elle résonne de son grave carillon sur mon quartier.


» Cette opération de solidarité est lancée de concert avec d’autres quotidiens régionaux de Suisse romande: Le Quotidien Jurassien dans le Jura, Arcinfo à Neuchâtel, Le Journal du Jura (Berne francophone) et Le Nouvelliste, en Valais. La Côte, basée à Nyon, et le magazine Générations se sont également joints au mouvement.

Mais la solidarité ne se confine évidemment pas aux seules rédactions. C’est pourquoi nous vous lançons un appel, à vous, chers lecteurs: écrivez vous aussi votre lettre à nos aînés et faites-nous la parvenir par courriel à l’adresse suivante: redaction@laliberte.ch. Nous publierons les plus belles dans nos prochaines éditions.

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