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A la tête d’un EMS pour chevaux

Agé de 38 ans, le fils Florian Fünfschilling a repris le domaine en 2017. Sa maman Daisy est responsable des soins et son papa Urs officie comme conseiller. © Alain Wicht/La Liberté
Agé de 38 ans, le fils Florian Fünfschilling a repris le domaine en 2017. Sa maman Daisy est responsable des soins et son papa Urs officie comme conseiller. © Alain Wicht/La Liberté
A la tête d’un EMS pour chevaux © Alain Wicht/La Liberté
A la tête d’un EMS pour chevaux © Alain Wicht/La Liberté
A la tête d’un EMS pour chevaux © Alain Wicht/La Liberté
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20.11.2018

Fermes de la Molière » En 40 ans, le domaine de la famille Fünfschilling, à Murist, est passé des poulains aux vieux chevaux

Chez la famille Fünfschilling, à Murist, les pensionnaires du domaine chevalin La Molière ont chaque jour leur rituel: la sortie au parc le matin et la rentrée aux box le soir. «Nous les laissons dehors le plus longtemps possible. Tout dépend des conditions météorologiques», indique Daisy Fünfschilling en se dirigeant vers les écuries. La sexagénaire, accompagnée de son mari Urs, ferme la marche. Devant, le fils Florian surveille les chevaux. «Durant la journée, nous leur offrons du repos avec les copains dans des grands parcs, au lieu d’être confinés dans des box. C’est un peu un retour aux sources», explique le patron des lieux, qui accueille cinquante chevaux dont une trentaine de retraités.

Le Broyard de 38 ans a repris les rênes du vaste domaine Les Fermes de la Molière l’année passée afin que cet héritage reste en mains familiales. Sa sœur Fabienne, quant à elle, donne des coups de main. Les parents ont déniché ce véritable havre de paix de 33 ha, entouré de forêt et niché au pied de la tour de la Molière, il y a quarante ans. A l’époque, le jeune couple bâlois cherche un domaine agricole pour s’y établir. «J’ai une formation d’ingénieur agronome, et j’avais la possibilité de reprendre l’entreprise pour laquelle je travaillais. Mais j’ai préféré me salir les mains», rigole Urs Fünfschilling. Aucune opportunité ne se profile dans le canton de Bâle. Son oncle et son frère Jean-Jacques cherchent aussi une ferme. De fil en aiguille, le premier trouve son bonheur à Châbles, le second à Lully, et Urs atterrit, avec son épouse Daisy, à Murist.

Des bâtiments vétustes

Il y avait sept bâtiments vétustes répartis sur deux exploitations agricoles. Le couple achète le tout. «La taille du domaine ne m’a pas fait peur, car mon père, qui était agriculteur, gérait 40 ha», précise le retraité de 72 ans. Les nouveaux propriétaires rénovent beaucoup eux-mêmes et démarrent avec trois chevaux, 200 porcs et la production de céréales. Cinq ans plus tard, les agriculteurs renoncent au cochon, car la Confédération subventionne l’arrêt de l’engraissement.

Comme il y a également une surproduction de lait en Suisse, Daisy et Urs Fünfschilling décident de miser sur l’élevage de jeunes étalons. «A l’époque, nous étions parmi les précurseurs dans ce domaine. Nous les accueillions lorsqu’ils étaient sevrés, à six mois, jusqu’à leurs trois ans. Notre clientèle provenait essentiellement de Suisse alémanique. Il s’agissait pour la plupart de copains de saut», se remémore Daisy Fünfschilling. Le couple, déjà très actif dans le monde de l’hippisme, se fait un nom en Suisse. Il s’implique également dans la promotion de l’élevage du demi-sang sur les plans cantonal et fédéral.

Petit à petit, les agriculteurs diminuent leur production de céréales et la commercialisation d’arbustes. Ils se concentrent sur les chevaux et accueillent, en plus des poulains, des hôtes en convalescence ou des pensionnaires dont les propriétaires sont en vacances. C’est à cette époque que la perception du cheval commence à évoluer. Il n’est plus vu exclusivement comme un animal de sport ou de loisirs mais véritablement comme un compagnon de vie. Les premiers retraités arrivent à Murist à la fin des années 1990. «Autrefois, lorsque le cheval ne pouvait plus être monté, il finissait à la boucherie. Aujourd’hui, il termine sa vie dignement dans les prés», explique Daisy Fünfschilling en ajoutant qu’actuellement, le plus vieux pensionnaire, Rusty, est âgé de plus de 30 ans. Il est arrivé chez eux il y a 16 ans.

S’adapter aux demandes

Face à cette évolution, le parc chevalin de la Molière se trouve une nouvelle vocation. Il arrête complètement l’élevage de jeunes étalons il y a cinq ans pour se consacrer essentiellement aux retraités. «Nous sommes une maison de retraite de luxe – 30% plus cher que le prix standard. Car nous proposons un service adapté à l’animal et à l’exigence du propriétaire avec des soins et une alimentation spécifiques. Nos grands espaces verts sont aussi un plus. Les chevaux sont groupés selon les affinités et leur caractère», relève Florian Fünfschilling. La clientèle a également évolué, puisqu’elle est constituée aujourd’hui de 95% de femmes. Elle provient pour la plupart de Suisse romande et plus spécialement de l’Arc lémanique. Sur le plan éthique, n’est-il pas choquant de dépenser des milliers de francs pendant plusieurs années pour que le cheval termine sa vie dans un pré? «C’est une question à poser au propriétaire. Pour ma part, je ne trouve pas cela exagéré», répond Daisy Fünfschilling.

Comme beaucoup d’autres agriculteurs, les Broyards ont continué à diversifier leurs activités. Ils louent des logements et des box sur leur domaine. Ils ont également ouvert un gîte rural. Même si les maisons de retraite pour les chevaux sont peu répandues en Suisse romande – à l’exception du Jura –, les défis restent nombreux. «Il faut continuellement s’adapter à l’exigence de la clientèle. Mais le premier défi sera d’avoir quelqu’un à mes côtés pour remplacer ma maman, qui s’occupe des soins. En quarante ans, elle a acquis des connaissances précieuses», indique Florian Fünfschilling. Car il sait bien que sa mère, âgée de 66 ans, ne pourra pas le seconder éternellement.

 

En chiffres

Les fermes de la molière

1 manège couvert

2 employés dont un collaborateur à 100% et une palefrenière à 50%

7 bâtiments

30 box individuels

33 hectares de terrain dont 24 ha de pâturage

50 chevaux dont une trentaine de retraités

50 parcs. Les plus grands font plus de 20 000 m2

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