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Ce virus qui nous rapproche

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28.03.2020

Lettre à nos aînés

Chère Madame, cher Monsieur, permettez-moi tout d’abord de me présenter. Ce n’est pas parce qu’on ne peut plus se serrer la main qu’il faut oublier la politesse. Je m’appelle Thierry Jobin et je suis le directeur artistique du Festival international de films de Fribourg qu’on appelle aussi le FIFF. L’une de nos spécialités, au FIFF, c’est de proposer des projections aux EMS. Et j’ai toujours été stupéfait de constater que certains résidents n’étaient jamais allés au cinéma auparavant. Leur vie ne le leur a pas permis. Ou alors le divertissement n’était pas leur priorité. C’est peut-être votre cas.

Passionné par le cinéma depuis mon enfance, j’ai construit ma vie sur le loisir. J’en ai fait ma profession. J’ai 51 ans et donc la chance d’appartenir à une génération qui a pu, notamment grâce à vos sacrifices, faire de ses hobbies son métier. Avec, il faut bien le dire, une certaine part d’insouciance et d’égoïsme: pourquoi, alors que j’étais si ému de discuter avec celles et ceux d’entre vous qui avaient rendu visite au festival, n’ai-je jamais vraiment consacré du temps à venir vous voir et à vous écouter?

Et voilà que ce virus est arrivé. Il a donc fallu que nous soyons tous confinés pour que, et pour la première fois, je m’adresse à vous. J’en suis un peu honteux et sincèrement désolé. Et je sais que je ne suis pas seul dans ce cas: nous vous savons confinés plus que d’autres. Nous vous savons privés de visites. Nous vous savons face à des infirmières et infirmiers en tenue de protection sans sourire visible. Nous vous savons regardés de travers si vous avez la chance de pouvoir mettre un pied à l’extérieur.

Dans quelques semaines, quelques mois sans doute, tout rentrera dans l’ordre. Mais souhaitons que ce virus, qui a tant séparé les générations, laisse mieux qu’un écho de solidarité. Après le confinement, retrouvons ce que notre monde avait oublié: être ensemble, les uns contre les autres. Pas contre, mais tout contre, pour ne pas laisser les choses reprendre bêtement comme avant. Ce virus qui nous rapproche en nous éloignant est une occasion unique de repenser notre rapport à la nature et au climat, à la consommation et à l’emploi, au déséquilibre des richesses et à la nourriture, au travail et aux loisirs. Et nous aimerions tant entendre ce que vous avez à en dire. Aidez-nous à redémarrer. Ecrivez, enregistrez votre voix, témoignez: ça faisait longtemps que les générations qui vous succèdent ne vous écoutaient plus. Cette fois, promis, nous allons tendre l’oreille.

Avec mes salutations les plus respectueuses, et filiales.

Thierry Jobin Directeur artistique du FIFF

Rubrique lancée de concert par La Liberté, Arcinfo, Le Quotidien jurassien, Le Journal du Jura et Le Nouvelliste. Pour vos lettres à nos aînés: redaction@laliberte.ch


» Cette opération de solidarité est lancée de concert avec d’autres quotidiens régionaux de Suisse romande: Le Quotidien Jurassien dans le Jura, Arcinfo à Neuchâtel, Le Journal du Jura (Berne francophone) et Le Nouvelliste, en Valais. La Côte, basée à Nyon, et le magazine Générations se sont également joints au mouvement.

Mais la solidarité ne se confine évidemment pas aux seules rédactions. C’est pourquoi nous vous lançons un appel, à vous, chers lecteurs: écrivez vous aussi votre lettre à nos aînés et faites-nous la parvenir par courriel à l’adresse suivante: redaction@laliberte.ch. Nous publierons les plus belles dans nos prochaines éditions.

Les lettres précédentes:

» La lettre de Serge Gumy
» La lettre de René Prêtre
» La lettre d’Anne-Claude Demierre

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