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Des propos qui ne passent plus

Une action militante a réuni des membres de plusieurs collectifs, hier à midi devant les locaux de la rédaction de La Liberté © Alain Wicht
Une action militante a réuni des membres de plusieurs collectifs, hier à midi devant les locaux de la rédaction de La Liberté © Alain Wicht
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13.04.2021

La publication d’une lettre de lecteur a engendré une action féministe devant les locaux de La Liberté

Marc-Roland Zoellig

Société » Une vingtaine de personnes militant au sein de plusieurs collectifs féministes ont organisé, mardi à midi, une action de protestation après la publication la veille, dans les colonnes de votre journal, d’une lettre de lecteur. Les propos tenus par l’auteur de ce courrier, qui se réjouissait de pouvoir contempler des jeunes filles court-vêtues à la faveur du retour du printemps, ont choqué une importante frange du lectorat, principalement féminine, qui s’est largement exprimée sur les réseaux sociaux.

Dénonçant une justification des violences sexuelles et déplorant la publication d’un texte «portant atteinte à la dignité de l’ensemble des femmes», les collectifs réunis devant le siège de La Liberté ont exigé que le journal ne fasse «plus usage de discours discriminants envers un groupe socialement minorisé» et reconnaisse que la publication de ce courrier de lecteur était une erreur.

«Tellement l’habitude»

«Certains de mes collègues avaient un peu de mal à comprendre le problème, je leur ai dit d’essayer d’imaginer leur réaction si une femme avait écrit ce texte en parlant des hommes», explique une des militantes présentes ce mardi sur le boulevard de Pérolles. «Un corps est juste un corps, pas un objet d’excitation. Mais on a tellement l’habitude de le considérer comme tel lorsqu’il s’agit de celui d’une femme…»

«Tous les hommes ne doivent pas se sentir visés, nous ciblons le patriarcat en tant que système organisé qui opprime les femmes»
Catherine Friedli

Cette autre manifestante trouve «magnifique que la tendance soit en train de s’inverser, qu’on ne puisse plus dire de telles choses en toute impunité». Pour elle, les propos qui ont été imprimés dans la page Forum de notre édition de lundi n’ont plus leur place dans un média. «Liberté d’expression n’est pas égale à liberté d’oppression. Le fait de sexualiser de très jeunes filles provoque un sentiment d’insécurité dans l’espace public, du harcèlement», dénonce-t-elle.

«Lassitude et dégoût»

Quatre groupes militants avaient répondu à l’appel de mardi: outre la Grève féministe fribourgeoise et Mille Sept Sans (collectif luttant contre le harcèlement de rue), il y avait aussi LAGO (une association LGBTQIA+ fribourgeoise) et les militants climatiques d’Extinction Rebellion. «Nous sommes dans une dynamique de convergence des luttes», justifie Catherine Friedli, représentante du collectif Grève féministe Fribourg.

«Cette lettre a provoqué chez moi de la lassitude, du dégoût et de la colère», explique-t-elle. «Nous ne tolérons plus ce type de discours envers les femmes ou toute autre minorité socialement opprimée.» Elle estime que La Liberté a «rendu ces propos légitimes» en les publiant. «La presse doit communiquer des informations de manière non sexiste, afin de protéger les personnes socialement minorisées.»

Des propos à la limite de l’incitation à la violence ont parfois été tenus sur les réseaux sociaux, notamment à l’encontre de l’auteur de la lettre incriminée. Comment se positionne-t-elle par rapport à cela? «Chaque personne est libre de dire ce qu’elle veut. Mais si des propos tels que ceux-ci ont été tenus, ce que je ne cautionne pas, c’est en réaction aux violences que nous vivons au quotidien dans cette société et que manifestement tout le monde ne voit pas», rétorque Catherine Friedli.

Cette violence serait également présente, à l’entendre, dans la lettre de lecteur publiée lundi. Et la militante de demander «une réelle prise de conscience» ainsi que l’organisation de cours de sensibilisation au sein de la rédaction. «Tous les hommes ne doivent pas se sentir visés, nous ciblons le patriarcat en tant que système organisé qui opprime les femmes», conclut-elle.

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