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Il concrétise les visions des designers

Peter Fink a ouvert son atelier en 1985 à Lausanne, avant de s’installer à Montet (Vully) en 1991 puis à Ependes en 1995. © Charly Rappo
Peter Fink a ouvert son atelier en 1985 à Lausanne, avant de s’installer à Montet (Vully) en 1991 puis à Ependes en 1995. © Charly Rappo
24.01.2018

Peter Fink collabore avec le designer Mathieu Lehanneur, exposé à Paris ces jours. Retour sur l’aventure

Igor Cardellini

Ependes »   A voir le calme de l’atelier de Peter Fink, difficile de croire que c’est bien là que viennent d’être réalisées dans l’urgence cinquante pièces pour l’un des designers français stars du moment. Le céramiste d’Ependes collabore avec Mathieu Lehanneur dans le cadre de son dernier projet intitulé 50 seas. Cinquante plats au relief aquatique reproduisant les nuances colorées des mers du globe exposées chez Christie’s à Paris jusqu’au 2 février (lire ci-après).

Si la réputation de ce Fribourgeois d’adoption installé depuis plus de vingt ans en Sarine n’est plus à faire, elle dépasse de plus en plus les frontières helvétiques. A la fin de l’année dernière, le designer français le contacte pour son expérience. «A l’origine, je devais réaliser dix pièces de cinquante centimètres de diamètre et deux autres dans un format plus grand. Mais la commande a vite été revue à la hausse», raconte Peter Fink.

Course contre le temps

Et pour cause, entre-temps l’opportunité d’un accrochage chez Christie’s Paris s’est présentée. Il fallait faire vite car le timing de l’exposition doit être calqué à l’agenda de l’importante foire bisannuelle de design d’intérieur Maison & Objet qui draine des professionnels du monde entier.

L’artisan a donc dû produire en un temps record cinquante plats en faïence restituant chacun un coloris différent de la mer, le concept étant de proposer une «cartographie chromatique» des océans du monde. «Six semaines, c’est très peu pour un projet de cette envergure. Une fois le moule en plâtre réalisé sur la base du modèle reçu et la presse mise au point, le plus dur restait à faire: trouver les nuances de bleu définies par l’artiste sur la base des photos satellites sélectionnées», explique l’artisan.

Cinq bases d’émail sont choisies, bases dans lesquelles sont mélangés une dizaine de colorants selon des combinaisons différentes en fonction de la teinte de bleu à obtenir. Une phase de recherche de deux à trois semaines. «Tout ça bien sûr à l’aveugle. La gestion du temps, c’était assez chaud sur ce projet», note Peter Fink qui au prix de nuits d’efforts et de travail durant les fêtes rend les pièces en temps voulu. Soit le 12 janvier, quatre jours avant le vernissage pour que les organisateurs aient le temps de réaliser l’accrochage, finaliser la signalétique et recontacter la presse.

Pratique éclectique

«Les artistes ont des visions qui ont pour but de nous toucher. Ce qui m’intéresse en tant qu’artisan, c’est de réaliser ces visions, les rendre vraies», relève Peter Fink. Mais le potier souligne que s’il aime cette partie «bling bling» du travail avec des «têtes d’affiche» comme Mathieu Lehanneur ou Alfredo Häberli, sa pratique personnelle, avec ses élèves ou d’autres designers n’est pas moins passionnante: «J’aime cet équilibre qui me permet de réaliser des caquelons pour un fromager du cru un jour et une pièce conceptuelle qui se retrouvera à Milan ou à Londres.»

Car l’artisan favorise un certain éclectisme dans sa pratique. Il forme des apprentis céramistes et a notamment reçu le prix 2016 de la Fondation Jumelles pour la transmission de son savoir-faire. Peter Fink crée aussi ses propres collections écoulées dans divers magasins.

Collaborations multiples

Avec le regain d’intérêt pour la terre cuite dans le design et l’art contemporain, ses collaborations avec nombre de designers suisses se sont multipliées au cours des dernières années. Notamment avec Nicolas Le Moigne, responsable du Master Luxe à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne, Dimitri Bähler, Adrien Rovero ou des artistes comme Vanessa Safavi, Claudia Comte et Albin Christen sans oublier le Fribourgeois Frédéric Aebi.


 

Mathieu Lehanneur, un designer sur la vague

L’exposition du Français Mathieu Lehanneur 50 seas présente cinquante pièces en céramique accrochées jusqu’au 2 février chez Christie’s Paris, aux coloris repris de photographies satellites haute définition de la mer. L’idée: proposer «une cartographie chromatique» des eaux salées du globe, indique la maison de vente. Le designer surfe depuis plusieurs années sur la vague, au sens littéral du terme. Nombre de ses œuvres reproduisent en effet les formes liquides avec des matériaux inattendus. Comme l’installation Petite Loire liquide réalisée en 2016 et placée dans le jardin du château de Chaumont-sur-Loire: une plaque rectangulaire en marbre vert de 7,5 mètres sur 2,5 ressemblant à s’y méprendre à une petite piscine emplie d’eau fraîche. Ou encore la série de sculptures en marbre et en bronze intitulée Ocean memories exposée lors d’une rétrospective qui lui était consacrée à la Carpenters Workshop Gallery à New York l’année dernière. Mathieu Lehanneur a été classé par la revue Wallpaper parmi les cent designers qui comptent dans le monde. IC

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