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«L’écologie est une vision de société»

La verte Béatrice Métraux quitte le gouvernement. Bilan de dix ans d’engagement

De ses dix ans de conseillère d’Etat, Béatrice Métraux retient son engagement en faveur de la préservation de la qualité de vie et la sécurité de la population. © Keystone
De ses dix ans de conseillère d’Etat, Béatrice Métraux retient son engagement en faveur de la préservation de la qualité de vie et la sécurité de la population. © Keystone

ACHILLE KARANGWA

Publié le 30.06.2022

Temps de lecture estimé : 6 minutes

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Conseil d’Etat vaudois »   Aux manettes depuis janvier 2012, la cheffe du Département de l’environnement et de la sécurité Béatrice Métraux passe le témoin à son collègue vert Vassilis Venizelos ce 1er juillet. A l’heure de la retraite politique, entretien sur l’exercice d’une décennie de pouvoir.

Avec la perte du siège UDC et votre arrivée, la gauche obtient la majorité gouvernementale

en 2012. C’est loin!

Béatrice Métraux: Il y avait beaucoup d’attentes, avec ce basculement. Il nous a permis d’avancer sur le plan social avec les prestations complémentaires cantonales pour familles ou l’accueil de jour de la petite enfance qu’ont portés mes collègues socialistes. Ou encore la loi pour davantage de logements abordables, qui a été adoptée en votation populaire en 2017. Pour l’écologie, il a fallu attendre. Après avoir eu brièvement le Département de l’intérieur, j’ai été principalement (2014-2020) en charge des institutions et de la sécurité, avant que ne me soit rattaché l’environnement en mars 2020.

Y a-t-il une façon verte d’exercer le pouvoir, avec des dicastères régaliens?

L’écologie politique ce n’est pas que la protection de la nature, mais aussi la préservation de la qualité de vie et la sécurité de la population, au centre desquelles, la dignité de la personne humaine et le respect des minorités. J’ai tenu à ce que le règlement de la loi sur la reconnaissance des communautés religieuses respecte le caractère multiculturel de notre canton. Je pense aussi à l’abandon de la curatelle imposée, qui ne respectait pas la volonté des citoyens à qui on imposait cette charge.

J’ai aussi insufflé une autre dynamique à la relation police-population, avec une nouvelle division «médiation, doléances et remerciements». Au Service pénitentiaire, j’ai œuvré à de meilleures conditions, pour les détenus, comme pour les agents. Il ne faut pas oublier qu’à mon arrivée en 2012, j’ai été confrontée à des évasions et le meurtre de Marie l’année suivante, une expérience douloureuse. J’ai dû gérer bien des crises, et j’ai essayé de le faire de la manière la plus humaine.

Ce climat n’a-t-il pas favorisé un tournant sécuritaire? Le nombre de jours de détention a bondi durant vos mandats…

L’Office d’exécution des peines peut désormais influer sur les modalités d’exécution des mesures, et nous avons multiplié les alternatives à la privation de liberté. Avec des travaux d’intérêt général, de la semi-détention ou des bracelets électroniques. Un projet pilote de justice restaurative pour les jeunes a été initié. Mais le service pénitentiaire se situe au bout de la chaîne pénale. La politique criminelle définie par le cadre légal est, elle, menée par le Ministère public. J’ai eu l’occasion tout au long de mon mandat d’exprimer au sein de réunions multipartites les difficultés qu’éprouve le service face au nombre croissant d’arrestations ou détentions provisoires – celles-ci étant parfois même prolongées. Le procureur général connaît ces préoccupations, mais, séparation des pouvoirs oblige, je m’en suis tenu à mon rôle.

Sur ce dossier comme sur les accusations de violences ou profilage raciste de la police, votre électorat n’attendait-il pas un positionnement plus marqué?

Quand on est ministre, de quel camp que ce soit, notre avis personnel passe au deuxième plan, après les délibérations collégiales. Je suis quelqu’un de très institutionnelle. Le Conseil cantonal de sécurité est responsable de la politique policière. Cet organe a jugé défavorablement les récépissés de contrôle d’identité ou l’interdiction du plaquage ventral. Afin de répondre aux critiques, j’ai aussi soumis la question à la Conférence romande des directeurs de justice et police et à celles des commandants de police, qui ont donné un avis similaire.

Côté environnement, vous avez porté le Plan climat, mais également évacué la ZAD du Mormont…

Les médias ont beaucoup fait leur beurre là-dessus, et on ne retient que cela. C’est regrettable. Car, en deux ans, nous avons beaucoup fait. J’ai proposé une loi sur la protection du patrimoine naturel et paysager, qui a d’ailleurs été acceptée à l’unanimité en commission parlementaire, alors qu’on la disait trop ambitieuse. On a poursuivi un plan d’action pour la biodiversité, développé une stratégie vaudoise pour l’avenir des forêts et défini une conception cantonale de l’énergie.

Concernant l’évacuation de la ZAD, il y avait une décision du Tribunal civil que le Conseil d’Etat était dans l’obligation d’assumer. J’ai dialogué avec les zadistes et leur ai proposé de partir dignement, sans intervention de la police. Ils n’ont pas voulu. Quand j’ai été élue, l’écologie politique n’était pas celle des manifestations de ces dernières années. J’entends les critiques des Jeunes Verts, mais être dans un exécutif demande un respect total des lois.

Donc pas de changement de cap avec Vassilis Venizelos?

Au Grand Conseil, il a suivi tous les projets environnementaux que j’ai portés. En matière sécuritaire, je crois qu’il partage ma vision institutionnelle. Avec la jeunesse comme nouveau portefeuille rattaché aujourd’hui au Département de la formation, il aura un troisième thème pour lequel il faut beaucoup faire après cette pandémie – et il le fera très bien.

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