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Le financement participatif en vogue

Timothy Condon a lancé avec trois de ses amis un restaurant vegan à Fribourg © La Liberté / Alain Wicht
Timothy Condon a lancé avec trois de ses amis un restaurant vegan à Fribourg © La Liberté / Alain Wicht
Laura Gamboni a quant à elle ouvert une boutique pour enfants à Bulle © La Liberté / Alain Wicht
Laura Gamboni a quant à elle ouvert une boutique pour enfants à Bulle © La Liberté / Alain Wicht
24.01.2019

Après l’associatif et le culturel, les entrepreneurs fribourgeois recourent aussi au crowdfunding

Anne Rey-Mermet

Idées >> D’abord plutôt concentré sur les projets culturels et associatifs, le financement participatif est aujourd’hui aussi un moyen de contribuer à créer sa petite entreprise. Magasin de fleurs, épicerie en vrac, restaurant vegan ou encore boutique pour enfants: tout est possible quand vous avez en face de vous des centaines de contributeurs potentiels, plutôt qu’un banquier frileux.

Pour se lancer ou pour se développer, de nombreux Fribourgeois optent pour cette méthode qui consiste à proposer à qui le souhaite d’investir dans un projet, en échange d’une contrepartie. L’initiateur fixe différentes rétributions en fonction du montant versé. Dernier en date en ville de Fribourg, l’équipe du Point Commun qui a récolté plus de 33 000 fr. pour ouvrir un bar à café dans le théâtre Equilibre. «J’avais déjà ma propre marque de vêtements pour enfants, et j’ai décidé d’ouvrir une boutique. J’avais des fonds propres, mais ça m’embêtait de tout investir dans mon projet, parce qu’après je n’avais plus aucune réserve de sécurité», explique Laura Gamboni, qui a ouvert La Petite Tribu à Bulle en 2017. Sa campagne de financement participatif s’est terminée le 20 septembre, et la jeune femme a inauguré sa boutique le 28. «J’aurais de toute façon ouvert, les travaux auraient été faits, mais j’aurais certainement eu moins de marchandises à proposer», estime Laura Gamboni.

Campagne faite maison

La Bulloise est passée par la plateforme WeMakeIt, un des sites internet qui brassent les plus gros volumes de projets de toutes sortes en Suisse. Cette plateforme a été créée par des Alémaniques en 2012. «Lors de la création, nous étions principalement axés sur le culturel. Une des raisons pour lesquelles c’est notre axe le plus fort. Puis, après environ 3 ans d’activité, nous avons ouvert la plateforme à toutes sortes de projets. C’est depuis là que la partie communauté a grandi aussi fortement», estime Emile Joudié, responsable pour la Suisse romande de WeMakeIt.

Aujourd’hui, il existe plus d’une trentaine de sites dédiés, dont certains se limitent à un domaine. L’Institut of Financial Services Zug (IFZ) analyse régulièrement les données fournies par ces entités. Il ressort du rapport 2018 que 374,5 millions ont été investis en Suisse en 2017 par le biais de financements participatifs.

Mais le passage par un site internet dédié n’est pas obligatoire. Pour ouvrir leur restaurant vegan dans le quartier du Bourg à Fribourg, baptisé Bliss, quatre amis ont décidé de lancer une campagne par leurs propres moyens. «Un de nous est programmeur, alors il a créé lui-même les outils. Ça nous permettait notamment d’être plus flexibles sur la durée de la campagne et de ne pas avoir à donner une commission au site qui l’héberge», souligne Cristina Bürgi, qui a ouvert Bliss en septembre avec Lisa Bischofberger, Timothy Condon et Prospero Filipe. Après 45 jours de campagne, les quatre compères ont obtenu 45 000 francs, en échange de quoi ils proposaient à leurs donateurs un brunch ou encore un repas de Noël. «Dans la gastronomie, c’est très difficile d’obtenir un crédit bancaire. Nous connaissons des gens qui ont procédé ainsi et ça a bien marché», explique Cristina Bürgi.

Aussi un outil marketing

Comme Laura Gamboni, les quatre amis auraient pu se passer du financement participatif, mais cette façon de faire n’a pas que des avantages financiers. «C’est aussi un outil marketing, ça donne une certaine visibilité avant l’ouverture», souligne la jeune restauratrice.
Jean-Yves Pauchard était déjà à la tête de Propaysages quand il a décidé de développer un nouveau projet, baptisé Les jardins du paysage: proposer des produits naturels et sans traitements sur abonnement. Il a rassemblé 20 000 francs via WeMakeIt, «plutôt pour épanouir ma passion que pour le business». Sa campagne s’est terminée en janvier 2016. «Recourir au financement participatif permet aussi de sonder l’intérêt de la population pour votre projet. Et puis, ça fait aussi du bouche-à-oreille dès le départ», relève le paysagiste, qui compte aujourd’hui une cinquantaine de familles inscrites à son programme de récolte.

Aspect de proximité

Jean-Yves Pauchard évalue à 20% la part des personnes ayant investi dans son projet sans le connaître. «Compte tenu du concept, il y a peut-être un aspect de proximité plus important», suppute l’architecte paysagiste. Idem pour Laura Gamboni, qui pouvait compter sur le réseau acquis grâce à sa marque de vêtements. «Les gens apprécient de soutenir un petit commerce local», note-t-elle. Pour le restaurant vegan, la majorité des investisseurs était des inconnus, une surprise pour les amis. Quelques mois après l’ouverture, ceux-ci réfléchissent déjà aux futurs développements, mais pas forcément par le biais d’une campagne.

«Lancer une nouvelle campagne serait une possibilité, mais c’est beaucoup de travail pour réaliser la vidéo, rappeler aux gens que c’est en cours… Peut-être pour une somme moins élevée», imagine Cristina Bürgi. «J’ai beaucoup apprécié cette expérience, je me suis sentie supersoutenue. C’était très touchant», sourit Laura Gamboni.


 

Un phénomène ancien remis au goût du jour

Le financement participatif n’a pas attendu internet pour voir le jour. «La statue de la Liberté, offerte par la France aux Etats-Unis pour célébrer le centenaire de la Déclaration d’indépendance, a été financée ainsi. Le phénomène auquel nous assistons aujourd’hui est une conjonction de ce qui existait déjà et de nouvelles technologies», note Jean-Marie Ayer, professeur à la Haute Ecole de gestion (HEG) de Fribourg, responsable de l’Institut petites et moyennes entreprises. Avec les nouvelles possibilités technologiques, mettre en contact ceux qui cherchent à lever des fonds avec les potentiels investisseurs est bien plus simple et rapide. «Mais, en ce qui concerne le financement des entreprises, le phénomène reste encore marginal. Il se répand surtout depuis la dernière crise financière», indique le professeur. «Si vous lancez un projet risqué et sans garantie, c’est très difficile d’obtenir un prêt. Ce qui explique aussi l’émergence de nouvelles solutions.»

Recourir à cette méthode pour mettre en route son entreprise a également le mérite de sonder l’intérêt de la clientèle et de se donner une certaine visibilité avant même la naissance de l’entreprise. «Certaines s’en servent même davantage comme test que dans le but de lever des fonds», relève Jean-Marie Ayer. Avec la technologie de la blockchain, les possibilités augmentent encore. «Il existe aujourd’hui ce que nous appelons Initial Coin Offering ou ICO, une méthode de levée de fonds pour les entreprises à partir de cryptomonnaies. L’entreprise suisse Lake Diamond est en train de réunir des fonds ainsi, en utilisant des jetons. Cette façon de faire permet de travailler à un niveau bien plus important», souligne Jean-Marie Ayer. Le financement participatif à une tout autre échelle. ARM

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