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Les billets de loterie ne seront plus imprimés en Suisse dès 2016

Les presses de Game Print (photographiées ici en 2007) ont produit des centaines de millions de billets pour la Loterie romande. © Charles Ellena
Les presses de Game Print (photographiées ici en 2007) ont produit des centaines de millions de billets pour la Loterie romande. © Charles Ellena
15.06.2015

Economie • Dès l'année prochaine, la Loterie romande ne fera plus imprimer ses billets à Fribourg auprès de l'entreprise Game Print. En raison de normes sécuritaires toujours plus importantes, tous les tickets de jeux seront désormais fabriqués à l'étranger. Game Print envisage une cessation d’activité pour la fin de l’année.

 

François Mauron

La société fribourgeoise fabrique depuis 1986 la plupart des billets de la Loterie romande. Mais, dès 2016, cette dernière fera imprimer tous ses billets à l’étranger, en raison d’exigences sécuritaires accrues.

Peu de monde le sait, mais la plupart des billets mis en vente par la Loterie romande (LoRo) sont imprimés depuis près de trente ans à Fribourg, par les soins de l’entreprise Game Print SA. Cette époque est toutefois bientôt révolue. Selon les informations de «La Liberté», le contrat qui lie les deux parties jusqu’à la fin de l’année ne sera pas renouvelé. Dès le 1er janvier prochain, tous les jeux de chance de la LoRo seront fabriqués à l’étranger, vraisemblablement outre-Atlantique (Etats-Unis ou Canada). Quant à la société fribourgeoise, sauf miracle, elle va devoir mettre la clef sous le paillasson. Conséquence: 18 emplois passent à la trappe.

«Effectivement, l’accord que la Loterie romande a conclu avec Game Print arrive à échéance au 31 décembre. Et il ne sera pas reconduit», confirme Jean-Luc Moner-Banet, directeur général de la LoRo. Chez Game Print, c’est la soupe à la grimace: «Nous avons de gros soucis. Nous perdons non seulement le mandat que nous a confié la LoRo mais également celui de Swisslos, la loterie alémanique. Ces deux clients représentent 80% de notre chiffre d’affaires (qui n’est pas communiqué, ndlr). Dans ces conditions, nous envisageons une cessation d’activité pour la fin de l’année», note Benoît Fragnière, administrateur délégué de la maison fribourgeoise.

Société créée en 1986

C’est une longue histoire qui prend fin de façon abrupte. Game Print SA est une société familiale fondée en 1986 par Henri Fragnière. Dans la cité des Zaehringen, derrière les façades anonymes d’un bâtiment de deux étages du quartier de Beaumont, l’entreprise est durant bien des années à la pointe de la technologie. Ses presses crachent jusqu’à seize heures par jour des billets de loterie pour plus de dix pays du monde entier. La sécurité est poussée: contrôle d’accès, portes sécurisées, caméras de surveillance, alarmes feu et infraction, ainsi que système de clés à puce font partie du quotidien des employés.

Seulement voilà: le corset réglementaire devient de plus en plus étouffant dans l’univers du jeu. «Depuis 2000, le contrat liant la LoRo à Game Print est rediscuté tous les cinq ans. Au terme d’une phase de réévaluation, nous sommes parvenus à la conclusion que cette société n’est plus en mesure de répondre de manière satisfaisante aux critères exigés en termes de sécurité, d’intégrité et de qualité des produits fournis», souligne Jean-Luc Moner-Banet.

34 millions de billets

En 2014, Game Print a imprimé 34 millions de billets pour le compte de la LoRo. «Cette enseigne fournit les deux tiers de nos tickets. Le tiers restant est déjà produit à l’étranger», poursuit le patron de la LoRo. Ce nombre semble pharaonique mais, en fait, l’entreprise fribourgeoise fait figure de Petit Poucet au plan mondial. Trois géants se partagent en effet l’essentiel du marché planétaire: l’américain Scientific Games International, l’anglais International Game Technology et le canadien Pollard. «Excepté Game Print, il n’existe pas d’autres fournisseurs sur le marché», assure Jean-Luc Moner-Banet.

Pour le duelliste fribourgeois, face à de tels rivaux, le combat paraît bien inégal. «Les nouvelles exigences sécuritaires demandent des moyens considérables, que nous n’avons pas, contrairement à nos concurrents», déplore Benoît Fragnière. Qui, au passage, condamne l’abandon du taux plancher de 1,20 franc pour un euro, décidé par la Banque nationale suisse à la mi-janvier. «La cherté du franc plombe notre compétitivité», lâche-t-il.

En l’occurrence, toutefois, ce dernier facteur n’a joué aucun rôle dans la décision de la LoRo, selon Jean-Luc Moner-Banet. «Simplement, nous avons besoin de billets conformes à nos attentes.» Dès lors, où seront-ils produits dès l’an prochain? «Soit aux Etats-Unis, soit au Canada, soit en Inde. Nous sommes en train d’évaluer toutes les solutions», répond-il.

Arrêt de mort

Pour Game Print, la décision de la LoRo, à laquelle s’ajoute celle de Swisslos, équivaut sans l’ombre d’un doute à un arrêt de mort. D’autant plus que la société doit quitter ses locaux de Beaumont en raison d’un projet immobilier. «Nous voulions déménager au Marly Innovation Center, mais tout a été évidemment bloqué», confie Benoît Fragnière. Quelque dix-huit collaborateurs travaillent actuellement au sein de son entreprise. «Certains ont presque atteint la limite d’âge mais la plupart devront sans doute trouver un autre travail», fait-il remarquer. A-t-il prévu un plan social? «C’est en discussion.»

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