La Suisse photographiée depuis le ciel


De la Gruyère aux Grisons, le Fribourgeois Thomas Dutilleul immortalise les paysages avec son drone.

 

Texte: Nicolas Maradan  Images: Thomas Dutilleul  Réalisation: Aurélie Yuste

Comme les anges, les pilotes de ligne et les basketteurs, Thomas Dutilleul admire le monde depuis en haut. «J’adore l’art abstrait. Et un jour, par hasard, j’en ai retrouvé les caractéristiques dans la nature, simplement en abaissant la caméra de mon drone», indique le Fribourgeois, qui jette un regard vertical sur les paysages helvétiques, révélant des mélanges de couleurs presque féeriques qui échappent bien souvent à l’œil humain.

Etabli à Magnedens, le photographe de 35 ans est originaire du nord de la France. Il y a onze ans, il quitte le pays du pain pour venir exercer son métier, boulanger, dans la patrie de la fondue. Mais, il y a trois ans, une allergie à la farine le pousse à envisager une reconversion professionnelle. Aujourd’hui, il suit une formation d’employé de commerce. Et commence en parallèle à se faire un nom dans le monde de l’image.

Aujourd’hui, tout le monde prend les mêmes photos

Thomas Dutilleul

Des trésors inattendus

Passionné, il traque sur internet – grâce à Google Maps ou à des webcams – les décors les plus extraordinaires. Comme la région du Piz Sardona, entre les cantons de Saint-Gall et de Glaris, où les roches témoignent d’un phénomène de chevauchement des plaques tectoniques. «Juste à côté de l’endroit où j’ai pris mon cliché, il y a un chemin. Mais les gens qui l’empruntent ne voient pas forcément la beauté du lieu, ils voient seulement un ruisseau», explique-t-il. Heureux de révéler ainsi des trésors inattendus, il revendique un regard nouveau. «Aujourd’hui, tout le monde prend les mêmes photos. Il y en a partout sur les réseaux sociaux».

Son drone évolue généralement à une altitude d’environ 150 à 300 mètres, même s’il peut techniquement atteindre les 500 mètres. Une fois, juste une fois, Thomas Dutilleul a tenté d’utiliser l’hélicoptère afin de survoler la Gruyère. C’était l’année passée pour photographier le sommet de la Dent de Folliéran au coucher du soleil. «J’étais pendu dans le vide, accroché à un harnais. J’avais les mains gelées», se souvient-il. Une expérience qu’il ne souhaite pas rééditer. «Voler en hélicoptère, ça pollue, ça dérange la nature et ça coûte cher», estime-t-il.

Pour atteindre les sites parfois reculés qu’il convoite, le Sarinois, amateur de montagne, préfère marcher. «Parfois, le cliché est pris à 10 minutes du parking. Par exemple à côté du barrage de Moiry, en Valais. D’autres fois, cela demande plusieurs heures de marche», relate-t-il. En tout cas, il ne ménage pas ses efforts. Notamment pour capturer les flots azur du Caumasee, près de Flims. «Pour cette photo, j’ai fait un aller-retour dans les Grisons. Afin de capter le dégel du lac, je le surveillais grâce à une webcam. Un samedi à midi, j’ai remarqué que la glace commençait à fondre. Je suis parti immédiatement. Heureusement, car le lendemain, ça aurait été trop tard», raconte-t-il.

Ses clichés, le photographe les imprime en grand format, les proposant à la vente ou à la location, par exemple pour des hôtels ou des restaurants. «L’impression se fait sur de la toile en coton», relève-t-il. Avec son drone, il réalise également quelques vidéos, vendues parfois à de grandes chaînes de télévision comme France 3 ou Canal+. Il a d’ailleurs créé sa propre société, Aeroalps.

Son prochain rêve: immortaliser le glacier de la Plaine Morte, dans l'Oberland bernois

Le Fribourgeois est conscient toutefois que le temps presse. «La législation évolue. De plus en plus de zones risquent d’être interdites de survol», précise-t-il.

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