La Liberté

Moléson veut un télésiège 4 saisons

La société des remontées mécaniques souhaite se doter d’un télésiège débrayable, pour remplacer le téleski des Joux et proposer du VTT, de la randonnée et de la luge. DR
La société des remontées mécaniques souhaite se doter d’un télésiège débrayable, pour remplacer le téleski des Joux et proposer du VTT, de la randonnée et de la luge. DR
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03.10.2020

Les remontées misent sur un télésiège débrayable pour doper l’offre. Les canons à neige attendront

Stephane Sanchez

Stratégie » O.K., les remontées de Moléson peuvent remplacer leur téléski Les Joux-Plan-Francey par un télésiège (La Liberté du 20 juin dernier). Mais quel type de télésiège choisir? La société des remontées mécaniques GMV SA a dévoilé hier sa réponse à ses actionnaires, ainsi qu’à la presse. Une réponse hautement stratégique. Car le choix de l’installation aura une influence sur l’essor même de la station, suggère le directeur Antoine Micheloud.

Le conseil d’administation de GMV a décidé d’opter pour un télésiège «débrayable», estimé à 6 millions de francs. L’option est si séduisante que la société renonce carrément à sa première idée – un télésiège à «pinces fixes» estimé à 3,7 millions de francs, lié à un enneigement mécanique à 3,5 millions de francs. La neige artificielle passe en deuxième priorité.

En quoi le «débrayage» est-il si intéressant? Un télésiège débrayable, contrairement au télésiège à «pinces fixes» qui casse les mollets, démarre en douceur et arrive délicatement en gare. Ce confort n’est pas un détail: il facilite la prise en charge des randonneurs – vers l’amont comme vers l’aval – ainsi que l’embarquement fluide des VTT et des luges. La mixité des usagers (skieurs compris) devient facile, sans tapis roulant et à cadence régulière.

Qu’il soit à pinces fixes ou débrayable, le télésiège permettra de créer une deuxième piste de ski (250 000 fr. d’investissement) qui traversera l’axe de la remontée, moyennant un défrichement en cours de demande. Mais un télésiège débrayable ouvrirait aussi la voie à davantage de randonnées estivales ainsi qu’au VTT (950 000 fr.). Des offres «climat-compatibles», relève Antoine Micheloud. Le télésiège mettrait aussi le fond des Joux à portée des skieurs débutants et des adeptes de luge (lire ci-dessous).

Les pinces, c’est mince

La société des remontées a traduit ces intuitions en chiffres. Le débrayable apporterait 32 410 nouveaux premiers passages par an. Le revenu net progresserait ainsi de 342 000 francs par an pour GMV, sans tenir compte des retombées dans la station. Cette hausse n’est pas négligeable: les remontées ont enregistré 136 000 premiers passages durant l’exercice écoulé. Le «pinces fixes», difficilement exploitable en été, ne générerait que 14 830 nouveaux premiers passages et un revenu net de 40 000 francs. Presque dix fois moins.

Même topo en matière de retour sur investissement. Depuis le crédit d’aide débloqué en 2008 par le Grand Conseil, la station peut compter sur un soutien pour financer une partie de l’installation. Il s’élève à 3,15 millions de francs, promis par l’Etat, l’Association régionale de la Gruyère et les 4 piliers de l’économie fribourgeoise.

Pour s’offrir le télésiège, la 2e piste et l’infrastructure de VTT, GMV devrait débloquer tous ses fonds propres (2,95 millions de francs) et trouver 1,1 million de francs. Elle pourrait alors espérer un retour sur investissement de 3,52% et un retour sur capitaux propres de 8,6%. Ces taux respectifs tomberaient à 0,09% et 0,33% avec un «pinces fixes».

Maître d’œuvre du télésiège, la société mixte RMF SA est ouverte à l’option «débrayable», qui n’était pas envisageable en 2008, assure Antoine Micheloud. Le directeur estime que le télésiège et les activités connexes pourraient être mis à l’enquête en avril 2021. «L’objectif, c’est une mise en service vers décembre 2022.»

Le hic? En juin dernier, la Direction de l’aménagement a autorisé la création d’un périmètre à prescriptions particulières, qui ouvre la voie à la mise à l’enquête du télésiège des Joux. «Mais le canton veut en savoir davantage sur les mesures de compensation du défrichement», note Antoine Micheloud, qui invite Fribourg et Berne, appelés à statuer sur le télésiège lui-même, à «se coordonner». «Si le canton nous dit qu’on ne peut pas défricher pour créer une deuxième piste de ski, par exemple, ça n’ira pas.» Idem pour le VTT.

Pour trouver l’équilibre

Le directeur insiste: «Nous n’avons pas d’appétit gargantuesque. Nous visons l’équilibre. Nous voulons que la partie touristique fonctionne sans apport de notre société immobilière Gratisa SA.» Et d’expliquer que cette société, propriétaire d’actions de GMV, des restaurants et de la société qui les exploite, a versé en moyenne ces dix dernières années «entre 300 000 et 400 000 francs», pour rémunérer du personnel et des heures de travail liées au tourisme à Moléson.

Pour GMV, le projet de village de vacances à Moléson est censé apporter cet équilibre. Il figure dans le plan de zone de la commune et fait l’objet d’une fiche du Plan directeur cantonal. Objectif: 350 unités de logement de 6 lits, soit près de 150 000 nuitées par an, en parahôtellerie. La classe moyenne inférieure, en quête de vacances bon marché, est la cible.

«Aujourd’hui, grâce à la Lex Weber, on trouve des financements», note Antoine Micheloud. Mais, pour concrétiser ce projet d’ici à 2030, avec ou sans hébergeur spécialisé, «il faut les loisirs, en priorité». D’où l’importance du débrayable et de l’offre. Moléson, qui entend se positionner comme station d’apprentissage du ski, ne négligera pas pour autant l’enneigement mécanique: «Nous le mettrons en priorité au village, au jardin des neiges.»


Du VTT «hyperfamilial», «sans freiner ni pédaler»

VTT, randonnées estivales et hivernales, luge: le télésiège débrayable ouvre des possibilités que Moléson a estimées.

Le télésiège débrayable devrait doper le VTT à Moléson. En 2015, la station avait mandaté une étude qui faisait du funiculaire la colonne vertébrale de l’offre: «Mais on n’avait plus assez de capacité pour transporter tout le monde», explique Antoine Micheloud, directeur des remontées. D’où l’utilisation du télésiège débrayable. Le secteur des Joux pourrait accueillir un Bike Park et 1 à 3 «flow-trails», pour «des descentes hyperfamiliales, où il ne faut ni freiner ni pédaler». Le tout serait agrémenté d’une piste de descente vers Moléson village, «un peu plus difficile», de façon à limiter le transport en funiculaire. Avec un télésiège débrayable, 12 730 premiers passages seraient ainsi créés, pour 165 000 francs de recettes nettes, contre 5790 premiers passages et… 5000 francs de recettes nettes avec un télésiège à pinces fixes.

Côté randonnées, Moléson pourrait proposer des itinéraires «de courte durée avec un petit dénivelé». «Nous mettrions en valeur les sentiers au départ de Plan-Francey via le fond des Joux, vers Moléson Village, ou vers le Gros-Plané.» En hiver, cette dernière destination (ou même Rathvel) deviendrait également accessible de Plan-Francey, sans se risquer sous le couloir d’avalanche. La formule devrait générer 6970 premiers passages et 157 000 fr. de revenus nets en mode débrayable. Mais seulement 2700 premiers passages et 62 000 fr. en mode «pinces fixes».

Au passage, le déploiement de cette randonnée «mécanisée» permettra de tirer profit du parking de la station. «A nombre de voitures équivalent, nous réalisons 30% de chiffre d’affaires de moins qu’il y a dix ans. Cela tient aux promeneurs qui utilisent le parking mais pas les remontées.»

Côté luge, une descente devrait rejoindre le parking de Clés et s’achever (à pied) au fond des Joux, au bas du télésiège débrayable. Gain: 4990 premiers passages, pour un revenu net supplémentaire de 87 000 francs par an. Avec un «pinces fixes», l’offre n’existerait pas. SZ


Bel été, mauvais hiver

Les remontées de Moléson présentaient hier leur 57e exercice, qui couvre l’été 2019 et l’hiver 2019-2020: «C’est le deuxième meilleur de l’histoire: un été top et un hiver comme on ne les aime pas», résume Antoine Micheloud, directeur des remontées mécaniques de Moléson. L’été a apporté 2,76 millions de francs de recettes (+3,3% par rapport à l’été 2018), dont 1,1 million de francs grâce au Magic Pass. L’hiver, avec 44 jours skiables, a permis d’encaisser 640 000 francs, dont 260 000 francs via le Magic Pass. Ce dernier confirme son effet, complété par une promotion ciblée en dehors de ce bassin d’abonnés. Ce 57e exercice boucle sur un bénéfice de 12 000 francs, après amortissement (516 000 fr.) et provision (500 000 fr.). SZ

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