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Des objets de récupération pour des œuvres tout en mouvement

Le module «Agroalimentaire» (ci-dessus) est l’une des six sculptures qui composent le Chablais Scope, la dernière création de Pascal Bettex (en médaillon). © DR/Alain Wicht
Le module «Agroalimentaire» (ci-dessus) est l’une des six sculptures qui composent le Chablais Scope, la dernière création de Pascal Bettex (en médaillon). © DR/Alain Wicht
12.10.2014

Art Dans son atelier de Vuadens, Pascal Bettex crée des sculptures mobiles. Sa dernière création, le Chablais Scope, fait sensation à la Foire du Valais.

Sylvie Dervey

«Il n’est pas obligatoire d’être fou pour travailler ici… Mais ça aide.» Cette petite phrase, affichée sur une pancarte dans un coin de son atelier à Vuadens, Pascal Bettex ne l’a pas choisie par hasard. C’est de sa douce folie créatrice que l’artiste de 61 ans fait naître des sculptures en mouvement fabriquées à partir d’objets de récupération. Dans l’ancienne usine Guigoz, où il a posé ses outils il y a dix ans, de vieilles machines à coudre, des isolateurs géants en céramique ou encore des roues de charrue attendent patiemment que Pascal Bettex leur donne une seconde vie. Jamais à court d’imagination, l’habitant de Clarens s’est spécialisé en art cinétique qui se caractérise par des œuvres en mouvement.

«Lorsque je construis un mobile, tout part du mouvement. Je choisis ceux que je souhaite voir dans l’œuvre. Ils en constituent la colonne vertébrale. Ensuite seulement j’intègre des éléments qui vont les habiller», explique-t-il. Née entre les murs de son atelier vuadensois, sa dernière création, le Chablais Scope, ne passe pas inaperçue à la Foire du Valais.

Sculpture ferroviaire

Il a fallu à Pascal Bettex huit mois, soit près de 3000 heures de travail, pour mettre sur pied cette sculpture gigantesque de 35 mètres de long. Confinée à l’intérieur d’une rame de chemin de fer, l’œuvre se visite un peu à la manière d’un train fantôme. L’artiste l’a réalisée à la demande des Transports publics du Chablais (TPC) dans le cadre des 100 ans de la ligne Aigle-Sépey-Diablerets. La sculpture se décline en six modules thématiques, chacun mettant en scène une facette du Chablais afin de faire découvrir différemment cette région à cheval sur les cantons de Vaud et du Valais.

Avant de se mettre au travail, Pascal Bettex a visité les entreprises et rencontré des personnes emblématiques de la région. L’artiste repart à chaque fois avec des objets symbolisant leur activité qu’il a ensuite intégrés dans son œuvre. Ainsi retrouve-t-on dans le module «Sport et vedettes» des skis de Didier Défago, une guitare de Bastien Baker ou encore le casque audio de Vincent Veillon. Objet de curiosité à la Foire du Valais, cette sculpture a pourtant failli ne jamais voir le jour. «Au départ, les TPC voulaient que je décore avec quelques sculptures temporaires un wagon dans lequel seraient aménagés des canapés», se remémore l’artiste. Pas totalement convaincu par l’idée, Pascal Bettex leur propose le concept du Chablais Scope. «C’est un projet que j’avais en tête depuis longtemps», raconte-t-il.

L’idée séduit finalement les TPC. Reste un problème de taille, le financement du projet qui s’élève à 300 000 francs. Avec Grégoire Montangero, responsable marketing et communication aux TPC, ils mettent sur pied des dossiers de demande de financement à destination des entreprises de la région mais aussi de l’Etat de Vaud et du Valais. «En seulement deux semaines et demie, nous avons réuni les fonds!», s’étonne Pascal Bettex.

Amoureux du métal

Après la Foire du Valais, qui se termine demain, la rame prendra la direction des Diablerets pour trois mois. La suite de son itinéraire n’est pas encore définie. «J’espère que l’exposition puisse un jour venir dans le canton de Fribourg, car après tout c’est le canton de Jean Tinguely.»

Si Pascal Bettex fait référence au célèbre artiste fribourgeois, c’est que celui-ci a eu une grande influence dans sa vie et sur son œuvre. Il s’en distingue toutefois. «Tinguely était un anarchiste qui voulait dénoncer la société de consommation. Ma démarche n’est pas revendicatrice. Je souhaite révéler le génie de nos prédécesseurs, mettre en avant le côté esthétique des machines construites au début du XXe siècle», explique-t-il.

C’est dans les bennes des entreprises que le sexagénaire trouve sa matière première. Il affectionne particulièrement les pièces anciennes et métalliques. «Je n’aime pas le plastique. Je ne l’utilise jamais». Son amour du métal se retrouve jusque sur sa carte de visite où il se présente comme métallicien. «On emploie souvent le terme de plasticien pour désigner un sculpteur. Comme je déteste le plastique, je trouvais que ce n’était pas très approprié. J’ai donc inventé ce terme», précise-t-il. Pascal Bettex, qui vit actuellement de sa passion, s’est mis à l’art cinétique sur le tard après avoir exercé différents métiers. Dans le canton, les curieux peuvent admirer ses œuvres au Restoroute de la Gruyère et au café du Gothard à Fribourg. Avec Maud Tornare

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