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Un dictionnaire pour ne pas oublier le dialecte de Bellegarde

Six ans de travail auront été nécessaires à Leo Buchs pour compiler une véritable bible du «Jaundeutsch», sa langue maternelle. © Charles Ellena
Six ans de travail auront été nécessaires à Leo Buchs pour compiler une véritable bible du «Jaundeutsch», sa langue maternelle. © Charles Ellena
Un dictionnaire pour ne pas oublier le dialecte de Bellegarde © Charles Ellena
Un dictionnaire pour ne pas oublier le dialecte de Bellegarde © Charles Ellena
Un dictionnaire pour ne pas oublier le dialecte de Bellegarde © Charles Ellena
Un dictionnaire pour ne pas oublier le dialecte de Bellegarde © Charles Ellena
Un dictionnaire pour ne pas oublier le dialecte de Bellegarde © Charles Ellena
Un dictionnaire pour ne pas oublier le dialecte de Bellegarde © Charles Ellena
21.08.2014

Patrimoine • Idiome caractéristique de la seule commune germanophone du district de la Gruyère, le «Jùutütsch» a désormais son livre de référence.

Marc-Roland Zoellig

«Jùu isch dì enzìgì tütschspraachìgì Gmìi ìm Grüerschbìzìrk.» Autrement dit, Bellegarde (Jaun) est la seule commune germanophone du district de la Gruyère. Encore que germanophone soit un qualificatif un peu réducteur pour décrire le dialecte très particulier qui s’est épanoui dans ce village de moins de 700 âmes, longtemps coupé des régions avoisinantes par une géographie capricieuse. Le parler local est même si spécifique qu’un dictionnaire Jaundeutsch-allemand lui est désormais consacré. L’ouvrage a été officiellement présenté hier au Cantorama de Bellegarde, en présence de nombreux habitants de la commune - dont son syndic Jean-Claude Schuwey - et du préfet de la Gruyère Patrice Borcard.

Son auteur Leo Buchs, âgé de 74 ans, a consacré six longues années à compiler cette véritable bible du Jaundeutsch («Jùutütsch» en version originale), riche de près de 12 000 mots distribués sur 700 pages généreusement illustrées par le photographe Aldo Ellena. Enfant de Bellegarde, Leo Buchs a quitté son village en 1952 pour aller étudier au Collège Saint-Michel à Fribourg. Aujourd’hui établi dans le canton de Zoug, il n’en a pas moins conservé un profond attachement pour sa langue maternelle, pas toujours comprise à l’époque par ses camarades de Saint-Michel.

Créer une orthographe

Le véritable déclic s’est toutefois produit en 1982. Cette année-là, l’économiste et expert en assurances remporte un concours littéraire dont le thème était le dialecte de Bellegarde. Leo Buchs redécouvre alors les nombreux particularismes de son idiome maternel et décide de leur porter un regard plus scientifique. Il s’astreint notamment à une formation en dialectologie, phonétique, lexicologie et lexicographie à l’Université de Zurich.

Fruit d’un exigeant travail de collecte et de mise en perspective de données linguistiques, réalisé avec l’appui du dialectologue zurichois Heinz Gallmann, son dictionnaire n’en est pas moins destiné à un public profane, tient-il à préciser. On y trouve un répertoire compilant tous les mots encore utilisés actuellement par les locuteurs - au nombre de 700 à 1000 - du Jaundeutsch. Mais aussi des expressions plus anciennes, avec leur étymologie. L’auteur a poussé le souci du détail jusqu’à mentionner les différences de prononciation existant entre les villages de Bellegarde et d’Im Fang (La Villette).

Afin de donner corps à son travail, Leo Buchs a dû développer une orthographe spécifique. Le Jaundeutsch, langue orale, se caractérise en effet par un usage immodéré des diphtongues - voyelles dont les points d’articulation varient entre deux sons de base -, ce qui engendre une très grande variété de phonèmes. Un marque-page fourni avec le dictionnaire récapitule utilement le code orthographique développé par l’auteur.

Modeste, Leo Buchs estime que son travail est inachevé. «Un dictionnaire n’est jamais terminé. J’espère que la publication de celui-ci suscitera des réactions et des témoignages qui me permettront de le compléter pour une prochaine édition», anticipe le chercheur, déjà engagé dans d’autres projets scientifiques centrés sur la dialectologie.

Un état des lieux

Tiré à 2600 exemplaires, le «Jaundeutsches Wörterbuch» n’a pas pour ambition de «sauver» un dialecte. Le Jùutütsch, encore bien vivant, n’en a de toute manière pas vraiment besoin pour le moment. «Il s’agit plutôt de dresser un état des lieux», explique l’auteur. Qui souhaite avant tout éveiller l’intérêt pour cet idiome local et contribuer à faire mieux connaître un pan du patrimoine culturel du canton de Fribourg.

=> Leo Buchs, «Jaundeutsches Wörterbuch», Deutschfreiburger Heimatkundeverein, Förderverein Jùutütsch, 700 pages
=> Infos sur www.jaundeutsch.ch

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