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Un combat très loin d’être terminé

Champion olympique du 1500 m en 2008, Asbel Kiprop fait partie des nombreux athlètes kényans pris dans les filets du dopage. © Keystone
Champion olympique du 1500 m en 2008, Asbel Kiprop fait partie des nombreux athlètes kényans pris dans les filets du dopage. © Keystone
30.07.2019

Avec 138 cas enregistrés par l’Agence mondiale antidopage, l’athlétisme kenyan se remet en question

Athlétisme » Après avoir frôlé l’exclusion des Jeux olympiques 2016 pour une succession de cas de dopage, le Kenya a introduit des mesures qui commencent à porter leurs fruits. Mais ce pays regorgeant de coureurs talentueux est encore loin d’être débarrassé de ce fléau.

Le Kenya, ce sont plus de 100 médailles olympiques en athlétisme pour une bonne trentaine de titres, depuis ses débuts en 1956. Ce sont les exploits de Kipchoge Keino à Mexico en 1968 (or sur 1500 m) puis à Munich (or sur 300 m steeple), de David Rudisha sur 800 m à Londres et Rio, et d’armadas de coureurs de fond sur les plus grands marathons du monde.

Pourtant, il y a trois ans, le pays a échappé de peu à l’humiliation, n’obtenant qu’in extremis le droit de participer aux Jeux de Rio, après avoir adopté une loi antidopage qui prévoit des sanctions pénales contre les athlètes dopés et les fournisseurs de produits interdits.

«C’était une époque où le Kenya faisait face à un défi énorme en termes d’intégrité», remarque Japhter Rugut, chef de l’Agence antidopage kényane (Adak), créée durant cette période. Si l’année 2016 a marqué un tournant dans l’approche des autorités, elle n’a pour autant pas totalement réglé le problème.

Athlètes suspendus

Quelques grands noms sont tombés récemment, comme en 2017 Jemima Sumgong, championne olympique du marathon à Rio, ou l’année suivante Asbel Kiprop, champion olympique du 1500 m en 2008 et triple champion du monde. Abraham Kiptum, recordman du monde du semi-marathon, a lui été suspendu à titre provisoire en avril dernier pour des irrégularités sur son passeport biologique. Trente-six athlètes sont actuellement suspendus, d’après l’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU).

Mais les efforts de l’Adak commencent à payer. Et ils étaient nécessaires au vu des 138 cas dans l’athlétisme kényan enregistrés par l’Agence mondiale antidopage entre 2004 et août 2018. L’AMA précise que la nandrolone, un stéroïde anabolisant, les corticostéroïdes et l’érythropoïétine (EPO) sont les substances les plus utilisées par les athlètes d’un pays où il n’existe pour autant «pas de preuve d’un système (de dopage) institutionnalisé».

Multiplication des tests

Depuis 2016, l’Adak a multiplié par dix le nombre de tests antidopage pour atteindre 1150 en 2018. L’agence vise le chiffre de 1500 pour 2019, dont 1200 déjà réalisés à la mi-mai. En 2018, un laboratoire d’analyses sanguines approuvé par l’AMA a ouvert à Nairobi et le passeport biologique permet à l’Adak d’analyser sur la durée les données d’une quarantaine d’athlètes de l’élite.

Conformément aux exigences de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), les Kényans retenus pour les mondiaux 2019 à Doha (27 septembre-6 octobre) seront soumis d’ici là à un minimum de quatre tests sanguins et urinaires. «La qualification se fera par les temps et les tests, explique Jackson Tuwei, président de la fédération kényane (AK). Ceux qui veulent aller aux mondiaux doivent aussi se qualifier en étant testés.»

Mais au-delà de l’élite, le défi reste immense en raison du nombre d’individus à surveiller. Quelque 4000 athlètes de haut niveau sont enregistrés auprès de l’AK, soit quatre fois plus qu’en France par exemple. «Il y a facilement plus de 500 top marathoniens (…), alors il est difficile pour la fédération, étant donné ses ressources limitées, de surveiller et contrôler chaque athlète, souligne le journaliste Elias Makori. Chaque week-end, des dizaines de Kényans gagnent des marathons dans le monde entier.» Il souligne que nombre d’athlètes de second plan voient dans le dopage le seul moyen de sortir d’une vie de misère.

«En Afrique de l’Est, contrairement à partout ailleurs dans le monde, des centaines et des centaines d’athlètes professionnels vivent très bien de la course sur route, approuve Brett Clothier, le directeur de l’AIU. Beaucoup de ces athlètes ne sont jamais testés hors-compétition. Ils ont la motivation, l’opportunité et les moyens financiers de se doper, et donc il y a une forte demande en produits dopants.»

Culture de l’honnêteté

Pour le Frère Colm O’Connell, missionnaire irlandais légendaire entraîneur du double champion olympique du 800 m David Rudisha, l’éducation des athlètes est à la base de tout. «Nous devons inculquer à nos jeunes, au fur et à mesure qu’ils percent, une culture de l’honnêteté, du fair-play, et que vous pouvez gagner sans vous doper», insiste-t-il.

Bien d’autres problèmes subsistent: la traçabilité inexistante des substances dopantes fournies par des pharmacies ou des hôpitaux; le laxisme dans le contrôle des agents d’athlètes, parfois peu scrupuleux; l’identification difficile des athlètes, dont les noms diffèrent parfois selon leurs papiers d’identité, etc. La corruption est aussi souvent présentée comme un frein à la lutte antidopage. Et le soutien des politiques n’est pas complètement acquis. Le parlement a ainsi décidé cette année de réduire de plus de 10% le budget de l’Adak, passé à 2,5 millions de dollars. Mais à un an des Jeux de Tokyo, le Kenya pense en avoir assez fait pour mériter sa participation, même si l’équilibre reste précaire. ATs

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