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Théo Gmür ou le combat permanent

Théo Gmür: «Après PyeongChang, j’ai découvert la crainte de décevoir les gens, de ne pas être à la hauteur.» © Keystone
Théo Gmür: «Après PyeongChang, j’ai découvert la crainte de décevoir les gens, de ne pas être à la hauteur.» © Keystone
16.04.2019

Le Valaisan est un guerrier solaire à l’optimisme cathartique. Il tire sa force des épreuves qu’il a vécues

Julien Pralong

Handisport » Passer plus de trois heures avec Théo Gmür, invité de la rédaction de Keystone-ATS, a des vertus thérapeutiques. Parce qu’il émane du triple champion paralympique et double champion du monde de ski alpin un rayonnement, une promesse, un art de sourire à cette vie qui, bien souvent, ne fait aucun cadeau. Rencontre avec un guerrier solaire à l’optimisme cathartique.

L’histoire de Théo Gmür est celle d’un combat, permanent. Ou plutôt de plusieurs combats, menés de front. Pour être le meilleur de la meute, dans la jungle de la compétition. Pour se relever après chaque chute, sur un parcours jonché de tant d’obstacles a priori infranchissables qu’il en est effrayant. Combat aussi contre la peur, tenace. Combat, finalement, pour que sa différence n’en soit plus une.

Un nouveau monde

Théo Gmür, 22 ans, est un sportif d’élite. Champion paralympique 2018 de descente, super-G et géant, le Valaisan investit toute son énergie dans cette quête de la victoire. Ses triomphes de PyeongChang ont propulsé en deux semaines le gamin de Haute-Nendaz dans l’âge adulte, l’arrachant, sans préparation préalable, de l’anonymat pour l’installer dans la vertigineuse sphère des personnalités publiques sollicitées de toutes parts.

«J’ai basculé dans un nouveau monde et j’ai eu peur. Peur de faire faux, peur de ne plus pouvoir revenir en arrière. J’ai dû apprendre tout seul, comme quand je me suis retrouvé face à Darius (Rochebin, ndlr) à la RTS.» Alors Théo Gmür a douté, perdant jusqu’au plus élémentaire de ses plaisirs: celui de skier. Le tout sous les yeux d’une maman inquiète, elle aussi, devant l’emballement et le défilé de courtisans pas toujours bien intentionnés. «Après PyeongChang, j’ai découvert la crainte de décevoir les gens, de ne pas être à la hauteur. Je me suis même demandé, quand j’ai repris la préparation physique et quand j’ai rechaussé les skis, si c’était vraiment ce que je voulais faire de ma vie.»

Des leçons de vie

Cette vie tout sauf tendre avec le Nendard, mais que celui-ci continue de conter avec légèreté. Sans jamais se départir d’un profond sourire. De cet AVC qui l’a laissé hémiplégique à 2 ans, à ce car qui lui a roulé sur les jambes en 2011, en passant par les nombreuses opérations visant à remettre d’aplomb un corps en complet déséquilibre et aux muscles s’atrophiant avec le temps – sans avoir encore, aujourd’hui, la garantie que le plus dur est passé. Théo Gmür énumère chaque étape comme autant de leçons dont il a tiré sa force. Par exemple, ces deux opérations subies en 2015, au bras et à la cheville droits. «Ces interventions m’ont offert un deuxième souffle sur le plan sportif», se réjouit celui qui, depuis, peut poser son pied à plat au sol et marcher normalement.

Si le visage devient plus grave en évoquant l’année 2011, la conclusion demeure imbibée d’espoir. Cette année, en plus de son accident – «J’ai eu de la chance, le haut de mon corps n’a pas fait de rotation et le chauffeur ne s’est pas arrêté», explique le Valaisan l’air presque amusé –, Théo Gmür perd son oncle et, peu après, son père. Ce père qui représentait «le modèle, l’exemple à suivre», ce paternel qui l’avait mis sur des skis à trois ans, nonobstant le handicap. «Papa aimait le ski et les challenges. Et comme mon frère était déjà sur les skis, il fallait que j’y sois aussi. Papa a toujours tout fait pour que l’un n’ait pas plus que l’autre.» Ce père pour lequel le Nendard skie aujourd’hui encore. ats

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