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Boucher dans la fosse aux Ours

CP Berne • Le Québécois de 43 ans a pu bénéficier d’une vraie préparation durant l’été. Bardé de diplômes et considéré comme un surdoué, parviendra-t-il à imposer ses idées?

Publié le 12.09.2014

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Hockey sur glace

Depuis la fin du mois de janvier, le CP Berne est conduit par Guy Boucher. Arrivé pour éteindre l’incendie qui se propageait dans la PostFinance Arena, le Québécois de 43 ans n’a pas pu «sauver les meubles» et le champion en titre a dû se résoudre à un tour de classement indigne de son statut. Mais avec une vraie préparation, l’homme est prêt à dompter les Ours et à les mener au titre. Bardé de diplômes, considéré comme un surdoué, ce père de trois enfants a eu du succès partout où il est passé. Stakhanoviste, perfectionniste et humaniste, l’ancien coach de Tampa Bay en NHL souhaite instiller sa philosophie sans fouler aux pieds ce qui a été fait avant lui.

Un leitmotiv qui prend peut-être sa source lors de ses neuf années d’études universitaires. «J’ai étudié l’histoire, la biologie de l’environnement comme ingénieur et j’ai terminé par une maîtrise en psychologie sportive, glisse-t-il. Je n’avais pas prévu d’être entraîneur, je voulais être ingénieur puis on m’a demandé d’être assistant-entraîneur à l’université McGill à Montréal où j’avais joué. J’aime apprendre, j’apprends tous les jours, j’ai plusieurs champs d’intérêt. J’ai pris histoire pour devenir journaliste. La biologie environnementale c’était pour faire de la pisciculture avec mes deux lacs, après je me suis dit que je pouvais être ingénieur en environnement et dans les biosystèmes.»

Un choix qui a surpris

C’est à McGill qu’il rencontre celle qui deviendra son épouse. «Première de sa promotion», précise-t-il avec fierté. L’homme est un fonceur. «Je déteste ne pas oser, lâche-t-il de cet air décidé qui le caractérise. Je préfère oser et échouer plutôt que de ne pas oser et rester une âme pâle en attendant que les choses se passent.» Congédié par Tampa Bay en mars 2013, Guy Boucher a attendu que l’on revienne frapper à sa porte. Et c’est Berne qui s’est dressé sur le perron. «Venir ici, c’est clair que cela sort des sentiers battus, sourit-il. Cela va à l’encontre de tout ce que pouvaient penser les gens chez nous, vu les possibilités en Amérique. Pas parce que le niveau en Suisse n’est pas bon, mais parce que les gens qui ont des opportunités en NHL ne regardent généralement pas ailleurs. Mais j’ai décidé qu’il y avait des priorités pour moi et pour ma famille. Je ne m’embarque jamais aveuglément dans quelque chose, j’avais pris beaucoup d’informations au cours de l’année, donc je savais dans quoi je m’embarquais.»

Dans la capitale fédérale, Guy Boucher a dû s’adapter: «Le plus dur, c’est que si j’ai 25 joueurs, j’ai besoin de 25 façons de coacher, donc cela prend du temps. Et je n’avais pas ce temps quand je suis arrivé. Je me considère comme un bâtisseur, je n’avais jamais vraiment vécu le rôle d’entraîneur-pansement. Ce n’est pas la même approche. J’ai dû couper dans plusieurs choses que je voulais faire. On avait huit blessés importants. Et éteindre un feu quand on ne connaît pas les joueurs, c’es difficile.»

Coacher des individus

Sa maîtrise en psychologie sportive a permis au Québécois d’être rapidement considéré dans les hautes sphères du hockey au Canada: «Pour moi, on ne coache pas des systèmes, mais des individus. Ces individus vont faire que le système va être bien appliqué ou non et pas l’inverse. Comme entraîneur je suis extrêmement exigeant, je suis très féroce dans mes demandes, par contre c’est axé sur la personne avant tout. La personne a des émotions, des états d’âme, des circonstances à gérer et cela a davantage d’impact que tout ce que je peux enseigner côté hockey. Mon approche est très personnelle, très individuelle. Comme groupe c’est très dur, mais humainement c’est très personnel alors j’essaie de balancer entre les deux.»

A Tampa Bay, Guy Boucher a souvent été considéré comme le pape du 1-3-1, une tactique que certains n’ont pas hésité à définir comme une évolution de la trappe imaginée à Sierre par Jacques Lemaire et popularisée avec les New Jersey Devils dans les années 90. «Ce sont des inventions de journalistes, pouffe Guy Boucher. C’est un média qui part sur une histoire et ça fait boule de neige. Je n’ai jamais changé d’approche. Il y avait eu une histoire avec les Flyers mais je n’avais rien fait de différent par rapport aux huit années précédentes. Je change des petites choses, mais rien de fondamental. Je suis un entraîneur offensif. Tous mes systèmes défensifs sont imaginés pour que j’aie moins à faire avec la défense justement. C’est une défense en zone et pas en individuel. Tout est axé sur le support, l’aide immédiate. En anglais on appelle ça «pack mentality», une mentalité de meute.» SI

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