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David Aebischer construit sa nouvelle vie

Après une dernière saison en ligue A qui s’est terminée dans la douleur à Rapperswil, David Aebischer a pris le temps de réfléchir. Il raccroche. © McFreddy-a
Après une dernière saison en ligue A qui s’est terminée dans la douleur à Rapperswil, David Aebischer a pris le temps de réfléchir. Il raccroche. © McFreddy-a
24.01.2015

Hockey sur glace • Le Fribourgeois, premier Suisse à avoir soulevé la Coupe Stanley, met un terme à sa carrière à la veille de ses 37 ans. Il se destine à entraîner les portiers. «J’ai besoin de rester dans ce monde-là», dit «Abby».

Patricia Morand

David Aebischer (37 ans dans deux semaines) a passé toute la semaine à Fribourg, dans l’ombre de Sylvain Rodrigue, l’entraîneur des gardiens de Gottéron. «Quand je suis arrivé à la patinoire, lundi, j’ai revu ces couloirs identiques à ceux que j’avais découverts lorsque j’avais 8 ans… Rien n’a changé. C’est la seule pensée qui m’a traversé l’esprit. Sinon, j’observe. Je me prépare à ma nouvelle carrière. Je n’ai jamais regardé trop en arrière. J’ai arrêté. La coupure est nette, propre.»

Monteur en chauffage de formation, le Fribourgeois ne va pas dépoussiérer ses salopettes. «Sylvain Rodrigue m’a invité à le suivre. Je m’informe. J’irai le rejoindre en mars en Amérique du Nord, pour voir d’autres équipes et d’autres personnes. Je mets en route ma reconversion dans le hockey. Ce sport dont je suis passionné fait partie de ma vie. J’ai besoin de rester dans ce monde-là. J’adore regarder des matches, travailler avec les autres sur la glace.»

> La carrière de David Aebischer en images à voir dans la galerie photos <

 

Une blessure malvenue

Victime d’une rupture des ligaments croisés du genou droit lors de l’acte III de la finale des play-out 2014 entre Bienne et Rapperswil, le gardien fribourgeois a tenté un baroud d’honneur en effectuant sa rééducation avec application puis en cherchant un club. Sans succès. Il a juste pu effectuer une pige à Thurgovie à compter du 22 octobre. «J’ai joué cinq matches. C’était comme un camp d’entraînement. Cela m’a permis d’aller sur la glace tous les jours, de retrouver le rythme d’un gardien professionnel», raconte-t-il.

«Abby» a griffé la glace une dernière fois le 25 novembre à Martigny. Le temps de la réflexion était venu. «Je n’ai pas trouvé ce que je recherchais. Je ne voulais pas aller de club en club. J’ai toujours préféré une équipe à laquelle je pouvais m’identifier. En décembre, j’avais des opportunités qui sont tombées à l’eau. J’ai pris la décision d’arrêter. Il y a toujours une incertitude liée à un tel changement. Mais cela s’est bien passé jusque-là. J’ai pris du temps pour ma famille, pour voyager un peu et revoir des gens que j’avais perdus de vue. Après 18 ans d’activité professionnelle, c’est agréable de faire quelque chose de différent. Mais je n’ai jamais quitté le monde du hockey. J’ai continué à regarder des matches… Le matin, je n’avais simplement plus besoin de me lever pour aller à la patinoire. Après autant de sacrifices concédés par toute ma famille, c’était normal de donner quelque chose en retour.»

Utilisé comme paravent

De retour en Suisse à la fin novembre 2007, Aebischer n’a jamais retrouvé le statut qui était le sien. Il a parfois donné l’impression de s’accrocher à un rêve évaporé. «Ce n’est pas mon caractère, réplique-t-il. La victoire ou la défaite de l’équipe a toujours été au centre de tout. Et quand mes performances n’étaient pas à la hauteur, je m’entraînais plus fort. J’ai toujours pris mes responsabilités. Avec le recul, j’ai le sen- timent que d’autres personnes m’ont utilisé comme paravent. Je peux m’en accommoder. Je n’ai pas peur de reconnaître mes erreurs.»

Le Fribourgeois a-t-il parfois fait les mauvais choix? «J’ai toujours pris mes décisions par rapport aux informations dont je disposais sur le moment. Compte tenu de cela, je pense avoir toujours fait le bon choix. Ce serait trop facile de prétendre le contraire après coup.»

Un seul regret

Formé à Gottéron, le gardien a traversé l’Atlantique à 19 ans, en 1997. Il n’a cessé de gravir les échelons pour soulever la Coupe Stanley avec Colorado en 2001 avant de succéder au légendaire Patrick Roy devant la cage du club de Denver (2003). Un parcours exceptionnel. Le Fribourgeois évoque un seul regret: «En 2004, lors du lock-out, je pensais pouvoir jouer ici. Pour moi tout était clair. Nous nous sommes serré la main (avec Roland von Mentlen, le directeur sportif des Dragons, ndlr) et il a changé d’avis le lendemain. C’était ma meilleure chance de rejouer à Fribourg. Dommage…»

 

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Bio express

David Aebischer

> Né le 7 février 1978.

> Profession: hockeyeur professionnel (gardien) de 1997 à 2014, détenteur d’un CFC de monteur en chauffage.

> Marié à Alexandra; le couple a deux enfants.

> A joué jusqu’en 1997 avec Gottéron, son club formateur, avant de partir en Amérique du Nord.

> A disputé 312 matchs de ligue A (Gottéron, Lugano, Rapperswil), 7 matches de ligue B (Coire, Thurgovie), 227 parties de NHL (Colorado Avalanche, Montréal Canadiens, Arizona Coyotes), play-off compris, 163 matches d’AHL (Hershey Bears, San Antonio Rampage, St. John’s IceCaps) et 27 rencontres d’ECHL (Chesapeake Icebreakers, Wheeling Nailers).

> Equipe de Suisse: médaillé de bronze des mondiaux M20 1998 et meilleur gardien du tournoi, cinq mondiaux et deux Jeux olympiques (Salt Lake City 2002, Turin 2006) avec l’équipe A (65 sélections).

 

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Une carrière et cinq tournants

1

«A 15 ou 16 ans, j’ai participé à mon premier camp de gardiens à Verbier, sous la houlette de François Allaire. Devant ma cage, j’y allais plutôt à l’instinct et je ne savais pas pour quelle raison je jouais bien ou mal. François Allaire m’a donné une base me permettant d’analyser mon jeu. J’évoluais différemment des autres gardiens de l’époque. J’ai dû me battre pour défendre mon style. François m’a persuadé que c’était la bonne façon de jouer. Aujourd’hui, le 95% des gardiens jouent plus ou moins de la même façon.»

2

«J’ai eu un coup de chance. Le journaliste de Montréal Bertrand Raymond a joué un rôle décisif dans ma carrière sans que je le sache sur le moment. Je l’ai appris cinq ans plus tard. Il était en vacances de ski en Suisse et m’avait repéré en regardant un match. Il a permis que je sois drafté par Colorado (6e tour, 161e position en 1997, ndlr). C’était vraiment l’équipe idéale pour moi.»

3

«Durant les mondiaux 1998 à Zurich et Bâle, j’ai pu montrer que j’étais capable de jouer avec des «hommes». C’était important pour ma confiance personnelle, pour franchir un palier.»

4

«En 2000, Minnesota et Columbus intégraient la NHL. Colorado devait céder l’un de ses gardiens. C’était Marc Denis ou moi… Denis est parti à Columbus et je suis devenu deuxième gardien de Colorado. La porte de la NHL s’est ouverte plus vite que prévu. Et nous avons gagné la Coupe Stanley (2001)!»

5

«En 2003, Patrick Roy a arrêté et j’ai repris le flambeau. Durant ma première saison de titulaire, j’ai joué le meilleur hockey de ma carrière. La suivante, celle du lock-out, j’ai encore bien joué. Après, j’ai mal recommencé à Colorado. Mais dès le mois de novembre, c’était mieux. On a gagné 70 à 80% des matches. J’ai ensuite été échangé à Montréal. J’étais d’abord numéro un au début de la saison 2005-2006, puis numéro deux (derrière Huet, ndlr). Je jouais moins. Ce n’était pas facile. Ma confiance a diminué.» Pam

 

*****

L’influence d’Audriaz

Depuis sa plus tendre enfance, David Aebischer a croisé quantité de gens qui ont influencé plus ou moins son parcours. «Hubert Audriaz est la première personnalité qui m’a marqué, entonne le désormais ex-gardien. C’est tellement facile d’aimer ce jeu avec un tel entraîneur. Il a une joie de vivre communicative. Pour un petit gamin, c’est toujours un plaisir.»

Avant de devenir «Abby» outre-Atlantique, l’ado a éclos grâce à François Allaire, mais aussi André Peloffy, entraîneur éphémère de Gottéron. «J’étais le gardien numéro 3. Le titulaire, östlund, était blessé et Peloffy m’a fait jouer en ligue A. C’était un choix risqué, mais il a eu du courage. Il faut aussi avoir de la chance et tomber sur les bonnes personnes au bon moment pour aller plus rapidement de l’avant. Dans ma carrière, le sélectionneur national Ralph Krueger a aussi beaucoup compté. A l’instar de tous les entraîneurs que j’ai eus là-bas, en Amérique du Nord. Je pense à Chris Nilan (à Chesapeake), Peter Laviolette (Wheeling) ou Bob Hartley (Hershey, puis Colorado). Ils m’ont poussé.»

Le Fribourgeois pourrait en vouloir à Larry Huras qui n’avait guère fait cas de lui durant le lock-out 2004-2005 et son premier séjour à Lugano. Ce n’est pas le cas. «Je pensais jouer plus souvent, mais j’ai compris son raisonnement, explique Aebischer. Si la compétition repre- nait en NHL, je partais. Ce n’est pas évident de satisfaire deux portiers. Et c’était plus indiqué de contenter Ronnie Rüeger que moi…» PAM

 

*****

Du meilleur au pire en Amérique

«Mes meilleurs moments, je les ai vécus en NHL, souffle David Aebischer. Il s’agit de la plus haute catégorie de jeu pour un hockeyeur. C’est le point fort de ma carrière et c’est ce qu’il me restera.»

Le pire est paradoxalement aussi survenu outre-Atlantique. «On m’a appelé dans les bureaux de Phoenix (automne 2007, ndlr) pour m’envoyer en ligue américaine.» Placé en ballottage, «Abby» n’a pas trouvé grâce auprès d’un autre club. Il s’est engagé avec Lugano.

Le Fribourgeois a tenté une nouvelle aventure en Amérique du Nord en 2011-2012 après trois saisons complètes à Lugano. «Au Tessin, mes deux premières années se sont bien déroulées. Après, j’ai connu des moments difficiles. La constance n’était pas toujours au rendez-vous, admet-il. En 2011, j’ai été envoyé à St. John’s après avoir été engagé à l’essai par Winnipeg. C’était une bonne expérience. Le camp d’entraînement s’était bien passé, mais j’ai ensuite eu un peu de peine. Je me suis blessé à la hanche au moment où je revenais en forme.» De retour en Suisse en 2012, «Abby» s’est installé avec sa famille à Rapperswil où il a évolué deux dernières saisons en ligue A. Fin de l’histoire sur le devant de la scène. Pam

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