La Liberté

Gérald Rigolet, le plus titré des Fribourgeois

En 1966, une équipe de la TSR assiste à l'entraînement de Gérald Rigolet à la Chaux-de-Fonds. © Capture d'écran/RTS Archives
En 1966, une équipe de la TSR assiste à l'entraînement de Gérald Rigolet à la Chaux-de-Fonds. © Capture d'écran/RTS Archives
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Publié le 03.04.2013

«Bienvenue au club!» •  Alors que Gottéron part à la conquête de son premier titre, hommage à un enfant de Fribourg qui a été sept fois champion.

Pascal Bertschy

Du calme, les enfants! Vous verrez la finale entre Gottéron et Berne comme tout le monde, mais avant cela, je vous rappelle que nous avons une heure d’histoire. D’ailleurs, puisque vous n’avez plus que ça dans la tête, nous parlerons aujourd’hui de hockey.

Pour commencer, chers élèves, une colle: bien avant Patrice Brasey (avec Lugano en 1990) ou Lukas Gerber (Lugano 2006 puis Davos 2009), quel sont les premiers hockeyeurs fribourgeois à avoir été champions? Mmmh? Oui, les lecteurs assis au fond de la classe, cette question s’adresse aussi à vous.

Alors? Alors ouvrez vos cahiers et notez: les premiers enfants de Fribourg à entrer dans l’histoire ont été Gérald Rigolet, Jo Piller et son fils Daniel, sacrés avec Villars en 1963. Il y a pile cinquante ans, c’est cela, et tous trois ont remis ça en 1964. Sous la direction de Gaston Pelletier qui, en 1980, mènera Gottéron en LNA.

Comment, Kevin? Tu demandes si Rigolet était rigolo? Au lieu de rire, les enfants, écrivez: Gérald Rigolet reste avec Michel Türler et Jörg Eberle le hockeyeur suisse le plus titré de ces cinquante dernières années. Ils ont été chacun sept fois champions. Surtout, aucun gardien n’a été idolâtré dans notre pays comme Rigolet.

Le fils du chiffonnier

Titi Rigolet naît en 1941 et grandit en Basse-Ville de Fribourg, à deux pas de la patinoire des Augustins. Issu d’une famille humble, où le papa est chiffonnier, il s’entraîne beaucoup et n’impressionne personne. Gottéron, de toute façon, tient déjà son grand gardien: Sepp Boschung.

Rigolet file donc à Lugano, puis rejoint Villars. Décollage immédiat! Il prend ses quartiers en équipe nationale et rejoint Gaston Pelletier à La Chaux-de-Fonds, où le gardien à gueule d’ange fête de 1968 à 1972 cinq des six titres chaux-de-fonniers.

Sacré héros national

La grande classe, il l’a. Avec ça, quel estomac! En mars 1971 à Berne, dans un Allmend bondé, la Suisse affronte l’Allemagne de l’Est. Ce jour-là, dans le choc des mondiaux du groupe B, Rigolet aurait même arrêté un train de marchandises. En dernière période, la Suisse mène 2-1. Rigolet, bombardé de tirs, se prend la lame d’un patin est-allemand dans la figure. Le gardien, visage en sang, continue à tout repousser. Devant la télévision, le pays entier est debout. Titi est en état de grâce. Avec lui, la Suisse tient bon. Elle tient son héros national qui la propulse dans le groupe A. Wouah!

Cette année-là, Gérald Rigolet reçoit le Mérite sportif fribourgeois cher à «La Liberté». Oui, Kevin, tu as raison: comme Julien Sprunger en 2012. Et pour répondre à ta question de tout à l’heure, non, malgré son nom rigolo, Rigolet n’était pas un marrant. Il a traversé le ciel du hockey suisse en laissant l’image d’un champion sérieux, bosseur, sympa et adulé. Mais il était surtout comme ça, Rigolet: secret, solitaire, imprévisible, entier, à fleur de peau.                                                

L'âme d'un écorché

Il termine sa carrière à Zoug, en première ligue, et disparaît de la circulation dès 1974. Ne veut plus entendre parler de hockey, refuse toute interview.  Qu’est-ce qui a bien pu l’écorcher? Quels idiots ont-ils bien pu le blesser? Mystère.

Tout ce qu’on sait, c’est qu’il devient ensuite bijoutier. Et globe-trotter. Après avoir vécu aux Etats-Unis, au Costa Rica et aux Philippines, il habite aujourd’hui en Thaïlande. Dans un coin tout sauf touristique, à l’écart du monde. Ben oui, forcément: le grand écart, ça connaît les gardiens. 

Gérald Rigolet restera à jamais unique. Vrai personnage de roman qui, après le hockey, a eu plusieurs existences. Du reste, chers élèves, méditez cela: si Bykov, Birbaum et ses autres petits-neveux en hockey devenaient à leur tour champions, demain, ils vivront leur titre comme un aboutissement, une apothéose. Sans se douter qu’il s’agira peut-être dans leur vie d’un commencement, du début de quelque chose. Mais si vous le voulez bien, nous verrons cela plutôt dans notre prochain cours de philo. En attendant, chers élèves, bonne finale à tous! Et à la semaine prochaine...

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