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Papa Loeffel, Genevois un peu malgré lui

Philippe et Christine Loeffel, les parents de Romain, à la patinoire des Vernets avant le match GE Servette-Davos. © Laura Javet/DR
Philippe et Christine Loeffel, les parents de Romain, à la patinoire des Vernets avant le match GE Servette-Davos. © Laura Javet/DR
Le défenseur a quitté Gottéron en cours de saison l'année dernière. Le 28 janvier 2014, il portait encore les couleurs des Dragons. © Alain Wicht/La Liberté
Le défenseur a quitté Gottéron en cours de saison l'année dernière. Le 28 janvier 2014, il portait encore les couleurs des Dragons. © Alain Wicht/La Liberté
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Publié le 19.02.2015

«Bienvenue au club!» • Vu cette semaine, ô joie, un GE Servette-Davos étincelant. Et par surcroît en très bonne compagnie, celle des parents de Romain Loeffel...

PASCAL BERTSCHY

Il y a des soirs où le hockey est une fête. Genève-Servette contre Davos (5-4 après tirs aux but), mardi aux Vernets: match supersonique entre deux équipes éblouissantes. Si je n’en suis pas remis, c’est aussi parce que j’y suis allé avec les parents de Romain Loeffel, l’ex-arrière de Gottéron devenu le patron de la défense genevoise.

Philippe et Christine Loeffel, de La Chaux-de-Fonds: lui boulanger pâtissier, elle bibliothécaire. La cinquantaine, ils sont aussi les parents du bon Colin, qui joue à Franches-Montagnes, et de Florine, talentueuse patineuse. 

Manie de Philippe, que j'appelle le Grand: emmener des amis aux matches de LNA. «Nous n’avons jamais été riches et quand Romain était gamin, tu comprends, des gens nous ont aidés. L’un offrait des cannes, l’autre payait ceci, etc. Si on invite ces amis aux matches, aujourd’hui, c’est pour les remercier.» Hum. Moi, à part de bonnes salutations, je n’ai jamais rien donné à Romain... 

«Eh bien c’est déjà ça!», tranche Christine. Elle a un bel esprit et il vaut mieux quand on vit avec un type aussi agité, bavard, passionné, tendre, râleur, excentrique et bosseur que le Grand. Ce suractif fait du vélo, du ski de fond et mille choses, y compris assister le légendaire Jimmy Gaillard à la tête du HC Le Locle.

Des sandwiches pleins d'amour

Aux Vernets, avant le début du match, Philippe m’offre un des délicieux sandwiches qu’il a préparés. Arrête, Grand, tu me gâtes trop! Soupir de madame: «Laisse, il est comme ça. Pour que les autres l’aiment, il leur donnerait tout!» 

Nous sommes assis dans le coin des compagnes des joueurs. Défilent de longues jeunes femmes fraîches aux formes douces à qui la vie sourit. Le Grand, lui, passe en mode Paris Match: «Regarde, elle c’est la copine du 14 et elle c’est la fiancée du 18...» 

En hommage à Sandy Jeannin

Laura, enfant du Vully et compagne de Romain, est venue nous rejoindre. Tout comme Jacqueline, la marraine genevoise du «58» des Grenat. 

«Au fait, tu sais pourquoi Romain porte ce numéro à Genève? Eh bien comme le «55» était pris, il a choisi le «58» pour rendre hommage à son ami Sandy Jeannin», m’apprend papa Loeffel. Cinq minutes avant, il était formel: l’univers impitoyable du hockey ne laisse aucune place à l’amitié. 

Place au jeu. Philippe est tendu comme un arc. Avec lui, pas besoin d’ouvrir le programme de match. Il sait tout sur tous les joueurs de toutes les équipes. Parfois, il hurle. Allez, allez! Crier «Allez Genève!», il n’y arrive pas encore. C’est bien beau, Genève, mais problème: ce n’est pas Fribourg. 

Une partie de lui est restée à Fribourg

Philippe est descendu de La Chaux-de-Fonds pendant plus de trente ans pour suivre Gottéron. Romain n’était pas né que son père fonçait déjà aux Augustins, ce qui crée des liens. «Genève n'est pas en cause, c’est juste une question de racines. Une partie de moi est restée à Fribourg.»

Pour aller voir le derby de ce vendredi, à Saint-Léonard, il mettra d’ailleurs une veste de Gottéron. «La noire!» M’enfin, Philippe! Pas content de voir que ton fils jouera les play-offs, lui, qu’il s’épanouit aux Vernets et est devenu au contact de Chris McSorley un des meilleurs arrières du pays? «Si, bien sûr.»

Hockeyeurs, restez un peu dans la réalité!

Ben alors? «Ben ce que je regrette, maintenant, c’est que Romain ne fait plus que du hockey. A Fribourg, au moins, il avait un boulot dans une banque. Les joueurs qui restent dans leur bulle ou passent leur temps sur la Playstation, comme certains, ce n’est pas sain.» 

Non, mais écoutez ce rabat-joie! En attendant, Romain vient de marquer. Et à la fin, après avoir été menés 1-4, les Aigles égalisent à 4-4. Le Grand bondit de son siège, saute sur une balustrade, hurle, fait des triples axels. Un gars de la sécurité le prie d’aller se rasseoir. 

Papa Loeffel engueule ce malheureux et revient, ivre d'une joie furibarde. «Bordel! Si tu ne te bouges pas le cul dans un match pareil, c’est que tu n’as rien compris au hockey et à la vie!» Le jour où il soutiendra GE Servette à fond, qu’est-ce ça va être! 

Prière, s'il vous plaît, de ne pas critiquer!

La partie finie, nous allons saluer Loeffel fils. Bravo Romain! Au fait, c’est vrai ce qu’on dit? McSorley, chaque Grenat l'a sur le dos? «Sans arrêt! Avec lui, impossible de tomber dans la facilité», dit Romain, avec le sourire de celui qui a l'habitude des chefs de famille éreintants.

Dans la voiture, sur la route du retour, j’ai dit à ses parents combien j’étais heureux pour lui. Content de le voir briller, content de le voir jouer dans un club sérieux. 

Philippe le magnifique, aussitôt, m’a jeté un regard noir: «Ne critique pas Gottéron, hein, pas avec moi!»

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