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Nadal sur les talons de Federer

Rafael Nadal: «Bien évidemment, je serais volontiers celui qui a le plus de victoires en grand chelem.» © Keystone
Rafael Nadal: «Bien évidemment, je serais volontiers celui qui a le plus de victoires en grand chelem.» © Keystone
10.09.2019

En remportant l’US Open, l’Espagnol déroche son 19e titre du grand chelem et se rapproche du Bâlois

US Open » Rafael Nadal arrive sur les talons de Roger Federer. La lutte pour déterminer qui est le plus grand champion de l’histoire continue. L’Espagnol, qui gagne à nouveau sur surfaces dures, n’est plus qu’à un titre des 20 sacres du Bâlois en grand chelem. Il peut envisager de passer devant.

Détenir le record constitue aussi l’objectif de Novak Djokovic. Le Serbe est cependant loin des deux «monstres» en matière de popularité. Il a été copieusement sifflé à Flushing Meadows quand son épaule meurtrie l’a forcé à abandonner en huitièmes de finale contre Stan Wawrinka. Dans des circonstances similaires, Federer ou Nadal n’auraient jamais reçu pareil traitement de la part du public...

La chasse au record

Les deux balles de match manquées par Roger Federer à Wimbledon en finale contre Djokovic restent en travers de la gorge du Bâlois et de ses fans. Un succès du Suisse à Londres aurait relégué le Serbe à six longueurs (21-15), alors qu’il est revenu à quatre (20-16). Mais le plus grand danger pour le recordman reste Nadal, après son premier succès sur dur en grand chelem depuis deux ans. Le Majorquin n’est plus qu’à une victoire de Federer. Et surtout, à 33 ans, il accuse cinq ans de moins que son éternel rival.

Nadal avoue toutefois que cette chasse au record ne hante pas ses nuits. Tout comme Federer, il se dit relâché. «Bien évidemment, je serais volontiers celui qui a le plus de victoires en grand chelem», a-t-il dit après sa victoire à l’US Open contre Daniil Medvedev. «Mais je suis aussi certain qu’à la fin je ne serai pas plus heureux ou malheureux si un autre a plus gagné», a dit l’Espagnol. La certitude d’avoir fait de son mieux suffit à le rendre heureux. «Et dans ce domaine, je suis très tranquille et très content de moi.»

Pas seulement défendre

Nadal a toutes les raisons de l’être. Parmi les trois stars, il est peut-être celui qui a dû travailler le plus dur sur lui. Pas parce qu’il est celui qui doit courir le plus pour faire les points, mais surtout parce qu’il a dû apprendre à ne pas se reposer uniquement sur sa force en défense. Il a ainsi dû se forcer à prendre plus souvent l’initiative.

Avec l’âge, Nadal est conscient que ses jambes n’iront pas plus vite. Il a également été contraint de modifier son jeu afin de ménager – un peu – un corps qui a beaucoup souffert. Prendre davantage de plages de repos a aussi payé pour lui.

Lors de l’US Open, Nadal a été le seul membre du top 3 à ne pas connaître de soucis physiques. Dans le passé, c’était plutôt l’inverse. Après son titre à New York en 2010, peu auraient pensé possible qu’il puisse encore être au sommet ou le tutoyer neuf ans plus tard.

Au classement annuel, l’Espagnol compte presque 2000 points d’avance sur Djokovic et plus de 3700 sur Federer. Il possède donc une grande chance de finir l’année en tête, comme en 2008, 2010, 2013 et 2017. Il rejoindrait alors le Suisse et le Serbe avec cinq succès. Seul un homme a fait mieux: l’Américain Pete Sampras a fini six fois l’année au sommet. ats

Résultat

New York. US Open. Quatrième tournoi du grand chelem (57,24 millions de dollars, dur). Finale du simple messieurs: Rafael Nadal (Esp/2) bat Daniil Medvedev (Rus/5) 7-5 6-3 5-7 4-6 6-4.


COMMENTAIRE

Courir moins pour gagner plus

Pour les supporters de Roger Federer, Rafael Nadal était l’homme de trop, quand il n’était pas l’homme des «trop». Trop puissant, trop fort, trop endurant. Trop gentil et trop humble pour être honnête également. Arrivé avec ses gros sabots, le sulfureux taureau de Manacor, transpirant jusqu’aux naseaux, devait finir embroché ou en tournedos, tué par sa propre démesure. En 2005 déjà, André Agassi lui-même était allé de sa prémonition: «Rafa tire des chèques sur sa santé que son corps ne pourra pas payer.»

Les augures avaient vu juste, mais à moitié seulement. Car si le Majorquin de 33 ans n’a pas manqué de se retrouver sur le flanc (combien de forfaits en raison de tendinites chroniques aux genoux?), celui qui a remporté son 19e titre du grand chelem a toujours trouvé les ressources pour se relever. Mieux: le grand public l’a découvert câlin et attentionné, capable de faire mijoter son meilleur ennemi pendant cinq heures avant de le consoler en le prenant dans ses bras. Il a découvert un homme attachant et plein d’humour doublé d’un joueur de tennis complet, qui rate rarement une volée. Preuve qu’aussi grand soit-il, tour de biceps peut aussi rimer avec adresse. Moqué à ses débuts pour ses rudiments d’anglais qui l’obligeaient à tenir des propos souvent dénués d’intérêt, Rafael Nadal est aujourd’hui encensé pour l’intelligence avec laquelle il a fait évoluer son jeu, lui qui, comme les autres, ne va pas en rajeunissant.

Courir moins pour gagner plus. Mais comment? En s’offrant d’abord des points gratuits au service, mais aussi en revers, qui ne fut pas toujours aussi mordant. Quinze ans séparent le Rafael Nadal sauvage et chien fou, qui avait marché sur Roger Federer au 3e tour du tournoi de Miami, du Rafael Nadal de l’US Open qui, dimanche à New York, a disputé la finale sans le moindre bandage ni autre strapping. Signe qu’au contraire de son jeune adversaire, «scotché» de partout, l’homme qui en faisait trop n’a plus besoin d’artifices, sinon d’ordre capillaire et sous la forme d’implants.Pierre Salinas

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