La Liberté

Au classement du racisme en Suisse, les actes anti-Noirs remportent la palme

Dans le cadre d’un cours de formation continue dans le domaine de la communication, une intervenante avait affirmé, à titre d’exemple pratique, que les Noirs puaient... © Alain Wicht/La Liberté
Dans le cadre d’un cours de formation continue dans le domaine de la communication, une intervenante avait affirmé, à titre d’exemple pratique, que les Noirs puaient... © Alain Wicht/La Liberté
Partager cet article sur:
23.06.2014

Suisse • Si le nombre d'actes racistes dénoncés auprès du Réseau de consultations pour les victimes est resté stable en 2013, les discriminations à l'encontre des personnes de couleur sont en hausse et elles restent particulièrement nombreuses.

ATS/GC

Le rapport «Incidents racistes traités dans le cadre de consultations en 2013» est la sixième analyse suprarégionale de cas de discrimination raciale traités en consultation en Suisse. Il se fonde sur 192 cas recensés par onze centres. Les membres du réseau de consultations desservent les régions de Zurich, Berne, Bâle, Saint-Gall, Schaffhouse, Vaud, Lausanne et Bienne.

L’an passé, les 11 centres de consultation couvrant toute la Suisse ont recensé 192 cas. Le total des cas enregistrés n’a ainsi pas connu d’évolution significative par rapport à 2012 (196 cas). A titre de comparaison, en 2011, 156 cas avaient été enregistrés, 178 en 2010, 162 en 2009 et 87 en 2008.

Les propos racistes, avec 81 cas rapportés, constituent les incidents les plus nombreux. Suivent les menaces (22 cas), les inégalités de traitement dans le monde du travail (22) et les refus de prestations publiques (22).

Seules les inégalités de traitement sur le marché du logement ont clairement diminué, écrivent lundi la Commission fédérale contre le racisme (CFR) et l'association humanrights.ch à l'occasion de la publication de leur rapport de monitorage des actes racistes en 2013.

Une cinquantaine de cas anti-Noirs

Selon ce rapport, les discriminations à l'encontre des personnes de couleur restent particulièrement nombreuses avec une cinquantaine de cas recensés en 2013. «Plusieurs cas graves de racisme anti-Noirs» ont retenu l’attention de la Commission fédérale contre le racisme (CFR). Et celle-ci de détailler: «Notre intervention a ainsi abouti à la suppression immédiate, dans un parc d’attractions, d’images choquantes représentant des Africains en pagne. Dans un cours de formation continue, un participant de couleur a dû supporter les propos de la formatrice selon laquelle les «Noirs puaient». La CFR a reçu plusieurs demandes de consultation sur l’affaire Oprah Winfrey qui a défrayé la chronique. Une personne a dénoncé à la CFR l’image d’un serviteur noir peinte sur un manège, l’estimant choquante et y voyant une réminiscence de l’esclavage».

«La CFR conseille d’adopter une attitude prudente lorsque la plainte concerne des biens culturels, car il ne faut pas les modifier ou les supprimer de façon précipitée. Elle préconise plutôt de chercher une solution permettant de publier une brève interprétation en un lieu approprié et de prendre ses distances d’avec le racisme. Dans le cas qui nous a occupés, le propriétaire du manège a proposé de peindre en or la figure du serviteur, de sorte à éliminer le problème posé par la couleur de la peau. D’autres cas signalés à la CFR concernaient le profilage racial pratiqué par la police, un phénomène qui bouleverse la vie de personnes innocentes. Par ailleurs, un journal politique d’extrême-droite a vilipendé de façon globale les rapporteurs spéciaux de l’ONU provenant de pays africains.»

Peu de cas déclarés d’antisémitisme

Durant l’année 2013 et concernant le motif de la discrimination ressentie, les victimes ont été très nombreuses à se sentir discriminées par des actes xénophobes (118 cas). Les conseillers ont eux aussi enregistré plus fréquemment qu’en 2012 des cas de xénophobie sans lien avec une ethnie (106).

Les cas d’islamophobie ont concerné une vingtaine de personnes. Ceux d'antibalkanisme une demi-douzaine. L’antisémitisme a été le motif de la discrimination dans seulement trois cas en 2013, selon le rapport. Quant à la discrimination contre les personnes ayant un mode de vie nomade (antigitanisme), elle a nettement diminué (2 cas, soit un recul de 11), à l’instar des cas relevant du populisme de droite ou en lien avec l’extrême droite.

Des actes racistes fréquents dans de nombreux milieux

Les actes racistes sont fréquents dans de nombreux milieux, indiquent les auteurs. Le monde du travail reste toutefois surreprésenté, alors que le marché du logement et les rapports avec l’administration publique, la police et la justice font également partie des milieux les plus concernés.

La grande majorité des cas sont signalés par les victimes elles-mêmes, ce qui n’avait plus été le cas depuis longtemps, écrivent les auteurs. En 2013, seuls huit cas ont ainsi été rapportés par des témoins.

Après six rapports annuels, la lutte contre la discrimination est désormais mieux connue du grand public, soulignent-ils. La demande en conseils juridiques a par conséquent fortement augmenté. Lors des consultations, les centres de soins soutiennent les personnes discriminées par des entretiens de soutien psychosocial, des informations et des consultations juridiques.

Médiation

Ils interviennent également parfois en leur faveur lors d'actions de médiation. Le rapport cite ainsi le cas d'un infirmier allemand, victime de propos racistes de la part d’un médecin-chef suisse. Après s'être adressé à un centre de consultation pour s'informer des chances de voir une action en justice aboutir, la victime a, sur les conseils du centre, organisé un entretien sur son lieu de travail. A la suite de cette rencontre, le médecin-chef lui a présenté ses excuses.

Seule une petite minorité des cas aboutit à une action en justice, et cela pour de nombreuses raisons, expliquent encore les auteurs: longueur et désagréments des procédures judiciaires, craintes des coûts ou encore absence de témoins.

La pointe de l’iceberg?

Bien que le nombre de cas analysés soit sensiblement égal à 2012, la réalité est certainement beaucoup plus sombre, car les centres de consultation ne peuvent documenter qu'une partie des faits survenus, note Jürg Schertenleib, président de humanrights.ch. «La lutte contre le racisme est une mission de longue haleine» explique, pour sa part, Martine Brunschwig Graf, présidente de la CRF.

Et la Genevoise de relever: «Le présent rapport ne peut pas être exhaustif puisqu’il ne recense que ce qui est porté à la connaissance du réseau. Les chiffres absolus doivent être considérés comme des indicateurs et sont à aborder avec précaution. Mais derrière les chiffres se dissimulent les situations d’êtres humains qui peuvent se sentir rejetés et discriminés. Il s’agit parfois de malentendus, souvent de discriminations bien réelles qu’il s’agit de prendre au sérieux.»

Articles les plus lus
Dans la même rubrique
La Liberté - Bd de Pérolles 42 / 1700 Fribourg
Tél: +41 26 426 44 11 / Fax: +41 26 426 44 00